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Une nouvelle raffinerie de métaux précieux ouvre un nouveau chapitre dans la valorisation des ressources en Éthiopie
Oct 14, 2026 92
Par la redaction Le 14 octobre, 2026 (ENA) L’inauguration de la Raffinerie nationale de métaux précieux marque une nouvelle étape dans les efforts de l’Éthiopie pour mieux valoriser ses ressources minérales sur son territoire, en renforçant les liens entre l’exploitation minière, la transformation industrielle et le développement des exportations. Inaugurée le 10 octobre par le Premier ministre Abiy Ahmed dans la zone économique spéciale de Bole Lemi, à Addis-Abeba, l’installation est conçue pour traiter plus de 600 tonnes de métaux précieux par an lorsqu’elle fonctionnera à pleine capacité. Créée dans le cadre d’un partenariat entre Ethiopian Investment Holdings (EIH) et Sam Precious Metals, elle vise à renforcer les capacités nationales de raffinage, à améliorer la qualité des exportations de métaux précieux, à favoriser la création d’emplois qualifiés et à développer des activités connexes. Cet investissement intervient alors que l’or occupe une place croissante dans les exportations éthiopiennes. En août, le ministre des Mines, Habtamu Tegegne, a indiqué que le pays avait produit environ 44 tonnes d’or au cours de l’exercice budgétaire éthiopien 2018, qui venait de s’achever, générant 5,65 milliards de dollars américains de recettes d’exportation, selon l’Agence de presse éthiopienne. La nouvelle raffinerie entend s’appuyer sur ces résultats en permettant de réaliser davantage d’opérations de transformation dans le pays, afin que l’Éthiopie conserve une part plus importante de la valeur économique générée par ses ressources minérales. De la richesse minérale à la création de valeur sur le territoire national Pendant des années, le secteur aurifère éthiopien s’est heurté à une contrainte structurelle majeure : le pays ne disposait pas de capacités nationales de raffinage suffisantes pour traiter l’or à l’échelle envisagée par les autorités et conformément aux normes des marchés internationaux. La chaîne de valeur se prolongeait ainsi au-delà des frontières nationales, les producteurs et exportateurs locaux dépendant de services de raffinage à l’étranger. La Banque nationale d’Éthiopie a historiquement acheté de l’or brut auprès des mineurs artisanaux avant de l’exporter après raffinage. Le Fonds monétaire international a relevé que le décalage entre les achats effectués par la Banque et les exportations qui suivent influe sur l’enregistrement des transactions aurifères dans les statistiques extérieures du pays. La mise en place de capacités nationales de raffinage introduit une étape supplémentaire de transformation en Éthiopie. Les autorités espèrent ainsi renforcer le contrôle de la qualité, améliorer la valorisation des métaux précieux et élargir la gamme de services accessibles aux producteurs et aux exportateurs. L’installation est conçue pour analyser et raffiner l’or afin de produire des lingots prêts à l’exportation, ainsi que des lingots et des pièces d’or et d’argent coulés ou frappés, présentant différents degrés de pureté. L’analyse des métaux précieux, qui permet d’en déterminer la composition et la pureté, joue un rôle essentiel dans l’établissement de leur valeur commerciale et dans le respect des spécifications des acheteurs. La raffinerie devrait également permettre de récupérer l’argent et d’autres sous-produits de valeur présents dans les matières traitées pour en extraire l’or. Cette capacité pourrait améliorer la valorisation des ressources et limiter les pertes de matières potentiellement précieuses lorsque les technologies de raffinage nécessaires ne sont pas disponibles localement. Si le raffinage ne garantit pas automatiquement un prix international plus élevé pour l’or, la transformation sur le territoire national permet à l’Éthiopie de réaliser davantage d’opérations nécessaires à la préparation des métaux précieux pour leur commercialisation, tout en développant des compétences et des services qui auraient autrement dû être recherchés à l’étranger. Renforcer les recettes d’exportation et les capacités en devises Lors de l’inauguration, le Premier ministre Abiy Ahmed a déclaré que la raffinerie contribuerait aux efforts de l’Éthiopie pour réduire progressivement ses exportations de matières premières et ses importations de produits finis à plus forte valeur ajoutée. Il a présenté la transformation locale comme un volet important de la stratégie globale de développement industriel du gouvernement. La logique économique repose sur le fait que l’extraction minière, à elle seule, ne permet pas de tirer parti de toutes les possibilités offertes par la chaîne de valeur d’une matière première. Le raffinage, les analyses, la manutention sécurisée et la production de lingots conformes aux exigences des marchés peuvent générer une activité économique supplémentaire avant la commercialisation des ressources auprès des acheteurs internationaux. Pour l’Éthiopie, où l’or est devenu une source majeure de recettes d’exportation, le développement de ces activités sur le territoire national pourrait renforcer la compétitivité des exportations et ouvrir des perspectives de revenus liés aux services de transformation, en complément de la vente des minerais. La raffinerie pourrait également chercher à attirer des entreprises minières et des producteurs de métaux précieux des pays voisins. Si elle parvient à mobiliser des approvisionnements régionaux suffisants, l’Éthiopie pourrait renforcer sa place dans le commerce des métaux précieux, générer des revenus grâce au raffinage et aux services connexes, et consolider ses liens avec les marchés régionaux. Le Premier ministre a présenté le raffinage à l’échelle régionale comme une possibilité pour le pays, en mettant en avant la capacité de l’installation et les liaisons aériennes de l’Éthiopie. Toutefois, l’ampleur de cette activité dépendra de la compétitivité des coûts de traitement, de la fiabilité des approvisionnements, du respect de normes de qualité reconnues à l’échelle internationale et de la demande des clients potentiels. La capacité annoncée, supérieure à 600 tonnes par an, concerne l’ensemble des métaux précieux et suppose un fonctionnement à pleine capacité. Elle ne doit pas être interprétée comme le volume d’or actuellement produit par l’Éthiopie ni comme une prévision du volume annuel que la raffinerie traitera effectivement. La contribution de l’installation aux recettes en devises dépendra également des quantités de métaux traitées, de la valeur des services fournis, de l’origine des matières premières et des conditions dans lesquelles les transactions seront réalisées. La raffinerie offre la possibilité d’accroître la transformation locale, mais sa contribution réelle ne pourra être évaluée qu’à partir de ses résultats opérationnels et de ses performances à l’exportation. Développer une main-d’œuvre qualifiée et une expertise industrielle Au-delà des recettes d’exportation, la raffinerie offre à l’Éthiopie la possibilité de développer des compétences spécialisées dans les secteurs minier et manufacturier. Les opérations modernes de raffinage nécessitent des compétences en métallurgie, en analyse des métaux précieux, en essais de laboratoire, en assurance qualité, en maintenance des équipements et en gestion industrielle. Le développement de ces capacités sur le territoire national pourrait renforcer les compétences techniques de la main-d’œuvre éthiopienne et favoriser l’essor d’activités connexes. Le gouvernement a identifié l’emploi qualifié et le développement de l’expertise locale parmi les retombées attendues du projet. Le Premier ministre a également souligné l’importance de la participation des professionnels éthiopiens à l’exploitation et à la gestion des grandes installations industrielles. Le partenariat avec Sam Precious Metals pourrait servir de cadre au développement, en Éthiopie, de compétences techniques et d’une expérience opérationnelle. À plus long terme, les retombées dépendront de la capacité des professionnels éthiopiens à assumer des responsabilités techniques, à acquérir des compétences avancées et à contribuer à la construction d’une industrie nationale du raffinage durable. Les possibilités d’emploi pourraient dépasser les effectifs directement employés par la raffinerie. Le transport, la maintenance des équipements, les services de laboratoire, la sécurité, la logistique et d’autres activités de soutien pourraient également bénéficier de l’expansion des opérations. Si la fabrication locale de bijoux se développe parallèlement au raffinage, de nouvelles perspectives pourraient apparaître dans le travail des métaux, la conception, la production et la commercialisation. L’installation pourrait également permettre aux entreprises locales de bijouterie d’accéder sur le territoire national à des métaux précieux raffinés et à des services spécialisés. Elle constituerait ainsi une base potentielle pour dépasser le simple commerce de matières premières et évoluer vers la production de biens à plus forte valeur ajoutée. L’ampleur de ces retombées reste à déterminer en fonction des modalités de recrutement, de formation et d’approvisionnement de la raffinerie. Le projet crée néanmoins une plateforme susceptible de développer l’expertise technique et de renforcer les liens entre l’extraction minière, la transformation et la fabrication. Propriété nationale et développement industriel La raffinerie a été créée dans le cadre d’un partenariat entre Ethiopian Investment Holdings et Sam Precious Metals. Selon les déclarations du Premier ministre rapportées par les médias éthiopiens, EIH détient 51 % du capital de la coentreprise, contre 49 % pour Sam Precious Metals. Cette structure associe une participation éthiopienne majoritaire à un partenaire international pour développer les capacités nationales de raffinage. Sa contribution à long terme dépendra non seulement de la répartition du capital, mais également du développement des compétences éthiopiennes, de l’intégration des fournisseurs locaux et de la capacité de l’installation à fonctionner de manière compétitive. Pour l’économie dans son ensemble, une raffinerie nationale peut servir de trait d’union entre la production minière et d’autres activités productives. Son exploitation pourrait stimuler la demande de services spécialisés, renforcer les dispositifs de contrôle de la qualité et créer une base pour de nouveaux investissements dans le traitement et la transformation des métaux précieux. Une supervision efficace, la transparence dans l’approvisionnement et le respect des réglementations applicables aux exportations et aux transactions financières seront essentiels pour maintenir la confiance des producteurs, des clients et des acheteurs internationaux. Ces conditions contribueront également à faire de l’installation un élément d’une chaîne de valeur des métaux précieux plus formalisée et plus compétitive. De l’inauguration à des retombées économiques mesurables L’inauguration de la Raffinerie nationale de métaux précieux constitue un ajout important aux infrastructures industrielles de l’Éthiopie. Elle dote le pays de nouvelles capacités nationales de raffinage et d’analyse des métaux précieux, à un moment où l’or contribue de manière significative aux recettes d’exportation. La prochaine étape consistera à traduire ces capacités en activités durables, en exportations compétitives, en emplois qualifiés et en débouchés pour les entreprises éthiopiennes. L’ampleur de la contribution économique de la raffinerie dépendra des volumes effectivement traités, de la disponibilité de matières premières issues de sources légales, de l’accès aux marchés régionaux et internationaux ainsi que du développement des industries en aval. Pour l’Éthiopie, l’enjeu plus large est de construire une chaîne de valeur des métaux précieux plus complète, allant de l’extraction et de l’analyse au raffinage, à l’exportation et à la fabrication. Le développement de ces liens peut contribuer à maintenir davantage d’activités productives dans le pays et à renforcer la contribution du secteur minier au développement industriel. La portée à long terme de la raffinerie se mesurera donc non seulement aux volumes de métaux précieux qu’elle traitera, mais aussi aux capacités techniques qu’elle développera, aux entreprises qu’elle soutiendra et aux perspectives économiques qu’elle ouvrira aux travailleurs et aux entreprises éthiopiens.
La quête de l’Éthiopie pour un accès maritime à la mer Rouge : une priorité stratégique pour le développement économique, la sécurité nationale et la coopération régionale
Oct 14, 2026 77
Par un rédacteur Le 14 octobre, 2026 (ENA) La quête d’un accès fiable à la mer Rouge s’est imposée comme l’une des principales priorités stratégiques de l’Éthiopie, étroitement liée à son développement économique, à sa sécurité nationale, à l’intégration régionale et à ses intérêts nationaux à long terme. Comptant parmi les pays enclavés les plus peuplés au monde, l’Éthiopie dépend des ports et des corridors de transport de ses pays voisins pour relier son économie aux marchés internationaux. Par conséquent, la garantie d’un accès maritime fiable est devenue un enjeu majeur dans les efforts déployés par le pays pour renforcer ses échanges commerciaux, développer les investissements et soutenir la croissance économique. La mer Rouge occupe une position stratégique importante dans le commerce international, reliant les principaux marchés d’Europe, d’Asie et du Moyen-Orient. Ses voies maritimes sont essentielles à la circulation des marchandises, des ressources énergétiques et d’autres produits de base. Pour l’Éthiopie, un accès fiable à ces voies maritimes pourrait offrir des opportunités de diversification des corridors commerciaux, d’amélioration de l’efficacité logistique et de renforcement de sa participation aux systèmes économiques régionaux et mondiaux. Dans des déclarations récentes, le président Taye Atske Selassie, le Premier ministre Abiy Ahmed et le ministère des Affaires étrangères ont réaffirmé la détermination de l’Éthiopie à obtenir un accès maritime par le biais d’une diplomatie pacifique, du dialogue et d’accords mutuellement avantageux. Leurs déclarations reflètent la position du gouvernement selon laquelle les réalités géographiques et les intérêts de développement de l’Éthiopie doivent être pris en compte dans un cadre de coopération régionale, de respect mutuel et de prospérité partagée. Réalité géographique et intérêts stratégiques de l’Éthiopie Le statut de pays enclavé de l’Éthiopie, suite à l’indépendance de l’Érythrée en 1993, a fondamentalement modifié sa relation avec le commerce maritime. Depuis lors, le pays dépend fortement des États voisins pour accéder aux voies maritimes internationales, le port de Djibouti servant de principale porte d’entrée maritime. Cette dépendance a fait de l’accès portuaire, des infrastructures de transport et des corridors commerciaux transfrontaliers des éléments essentiels de la planification économique de l’Éthiopie. À mesure que la population et l’économie du pays se sont développées, le besoin de liaisons maritimes fiables, efficaces et diversifiées est devenu de plus en plus important. Le président Taye Atske Selassie, s’exprimant lors de la séance d’ouverture conjointe de la Chambre des représentants du peuple et de la Chambre de la Fédération le 6 octobre, a réaffirmé la détermination de l’Éthiopie à obtenir l’accès aux voies navigables de l’Abay (Nil Bleu) et de la mer Rouge. Il a souligné l’importance de faire valoir les intérêts du pays par le dialogue et des partenariats qui tiennent compte des priorités de développement de pays de la région. La position du président met en évidence la volonté du gouvernement de remédier aux contraintes géographiques de l’Éthiopie par le biais d’un engagement diplomatique, tout en renforçant ses relations régionales. Engagement du gouvernement et action diplomatique Le Premier ministre Abiy Ahmed a également réaffirmé l’engagement de l’Éthiopie à obtenir un accès maritime fiable lors de son discours devant le Parlement le 5 octobre, à la suite de sa prestation de serment pour un nouveau mandat. Le Premier ministre a souligné que l’accès à la mer est étroitement lié à la vision nationale à long terme de l’Éthiopie et à ses objectifs de développement économique. Il a mis l’accent sur le dialogue, l’intérêt mutuel et la coopération comme principes essentiels pour faire valoir les intérêts du pays. L’approche diplomatique du gouvernement reflète la prise de conscience que des accords maritimes durables nécessitent un engagement constructif avec les pays voisins. De tels accords pourraient porter sur l’accès aux ports commerciaux, les corridors de transport, les investissements dans les infrastructures et d’autres mécanismes convenus d’un commun accord. Le ministère des Affaires étrangères a également souligné l’importance de reconnaître les réalités géographiques de l’Éthiopie et ses intérêts nationaux légitimes. Parallèlement, il a réaffirmé l’engagement du pays en faveur d’un dialogue pacifique, du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, ainsi que de relations de bon voisinage. Cette approche place la diplomatie au cœur des efforts déployés par l’Éthiopie pour établir des liaisons maritimes fiables tout en minimisant le risque de confrontation régionale. Importance économique de l’accès à la mer Un accès fiable à la mer pourrait avoir des implications importantes pour la transformation économique de l’Éthiopie. Le commerce international dépend de systèmes de transport efficaces, de coûts logistiques compétitifs et d’un accès prévisible aux marchés mondiaux. Pour une grande économie enclavée, les faiblesses des infrastructures portuaires ou les perturbations le long des corridors de transport peuvent affecter les entreprises, les consommateurs et les plans de développement nationaux. La diversification de l’accès maritime pourrait aider l’Éthiopie à améliorer la résilience de ses chaînes d’approvisionnement, à réduire sa dépendance vis-à-vis d’un seul port principal et à créer des opportunités supplémentaires en matière de commerce et d’investissement. Une meilleure connectivité maritime pourrait également soutenir l’exportation de produits agricoles, de biens manufacturés et d’autres matières premières, tout en facilitant les importations de machines, de carburant, d’intrants industriels et de produits de consommation. En outre, des liaisons de transport renforcées pourraient encourager les investissements transfrontaliers dans les routes, les chemins de fer, les installations logistiques, les infrastructures énergétiques et le développement industriel. Ces investissements pourraient créer des emplois, promouvoir le commerce régional et renforcer la coopération économique dans toute la Corne de l’Afrique. Lors de son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre, le président Taye a établi un lien entre un accès fiable à la mer, la transformation économique de l’Éthiopie et son intégration plus poussée dans le commerce international. L’objectif plus large est de renforcer la capacité du pays à participer de manière compétitive aux marchés régionaux et mondiaux. Coopération régionale et sécurité maritime La mer Rouge n’est pas seulement un corridor économique, mais aussi une région d’importance stratégique où se croisent la sécurité maritime, le commerce international et les intérêts géopolitiques. Sa stabilité a des répercussions sur les pays de toute la Corne de l’Afrique et au-delà. Les intérêts maritimes de l’Éthiopie sont donc liés à des enjeux régionaux plus larges, notamment la sécurité des voies maritimes, les infrastructures transfrontalières, la prévention du trafic illicite et la coopération face aux menaces maritimes. Les discussions organisées par l’Académie de leadership d’Addis-Abeba le 18 septembre ont mis en lumière le lien entre l’accès à la mer, la sécurité nationale, le fleuve Abay et l’intégration régionale. Les participants ont souligné l’importance de la diplomatie, du dialogue pacifique et d’accords mutuellement avantageux pour traiter ces enjeux interdépendants. La coopération régionale pourrait offrir des opportunités de développer des infrastructures communes, d’améliorer l’efficacité des transports et de renforcer les relations économiques entre États voisins. Elle pourrait également favoriser des approches coordonnées face aux défis de sécurité communs affectant la mer Rouge et le golfe d’Aden. Pour ces raisons, la quête d’un accès maritime par l’Éthiopie nécessite un engagement qui tienne compte à la fois de ses intérêts nationaux et des préoccupations légitimes des pays voisins. Un cadre régional coopératif contribuerait à créer les conditions dans lesquelles la connectivité économique favoriserait la stabilité plutôt que la concurrence. Cadres juridiques et accords mutuellement avantageux Un aspect important à prendre en compte dans les ambitions maritimes de l’Éthiopie est la distinction entre l’accès à un port et la souveraineté sur le territoire côtier. Les accords portuaires commerciaux, les accords de transit, les baux portuaires et les partenariats en matière d’infrastructures peuvent offrir aux pays enclavés un accès fiable au commerce maritime sans exiger la souveraineté territoriale sur le littoral. Pour l’Éthiopie, l’issue concrète des négociations diplomatiques dépendra des termes de tout accord conclu avec l’État côtier concerné. De tels accords devraient établir des dispositions claires concernant l’exploitation portuaire, le transport, les investissements, la sécurité, ainsi que les droits et responsabilités des parties participantes. Le respect du droit international, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale reste essentiel pour maintenir la confiance régionale et garantir la pérennité de tout accord futur. Un cadre négocié fondé sur des avantages mutuels pourrait offrir à l’Éthiopie des opportunités de renforcer ses liaisons maritimes tout en permettant aux pays partenaires de tirer profit du commerce, des investissements et du développement des infrastructures. Conclusion La volonté de l’Éthiopie d’obtenir un accès fiable à la mer Rouge constitue un objectif stratégique à long terme qui trouve son origine dans sa situation géographique, ses ambitions économiques et ses priorités en matière de développement national. L’importance renouvelée accordée par le gouvernement à l’accès maritime témoigne de sa détermination à relever les défis liés à son statut de pays enclavé et à renforcer l’intégration du pays dans le commerce international. Les déclarations du président Taye Atske Selassie, du Premier ministre Abiy Ahmed et du ministère des Affaires étrangères soulignent l’importance de la diplomatie pacifique, du dialogue et de la coopération pour faire progresser cet objectif. Un accès maritime fiable pourrait contribuer à diversifier les corridors commerciaux de l’Éthiopie, à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement, à améliorer la compétitivité économique et à élargir les opportunités d’investissement régional. Néanmoins, la réalisation de ces objectifs exigera un engagement diplomatique soutenu, des négociations concrètes et des accords respectant le droit international et la souveraineté des pays voisins. Le succès de la stratégie maritime de l’Éthiopie dépendra non seulement de sa capacité à faire valoir ses intérêts nationaux, mais aussi de sa capacité à instaurer la confiance et à identifier des domaines d’intérêt commun avec ses partenaires régionaux. En fin de compte, une approche pacifique et mutuellement bénéfique de l’accès maritime pourrait servir de fondement à une coopération économique renforcée, à l’intégration régionale et à la stabilité à long terme dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge. En associant ses ambitions de développement à des partenariats régionaux constructifs, l’Éthiopie a l’occasion de faire progresser ses priorités nationales tout en contribuant aux objectifs plus larges de paix, de prospérité et de développement durable.
Le Forum de Tana place l'Éthiopie au cœur de la quête de paix et de sécurité en Afrique
Oct 14, 2026 103
Par Temesegen Assefa Le 14 octobre, 2026 (ENA) Alors que l’Afrique est confrontée à des conflits persistants, à des rivalités géopolitiques et à des vulnérabilités économiques, l’Éthiopie s’apprête à accueillir un rassemblement continental de haut niveau visant à promouvoir des solutions africaines aux défis de paix et de sécurité du continent. Le 12e Forum de haut niveau de Tana sur la sécurité en Afrique, prévu du 23 au 25 octobre à Bahir Dar, intervient à un moment crucial où les relations entre stabilité politique, souveraineté économique et concurrence entre les grandes puissances mondiales façonnent de plus en plus l’avenir de l’Afrique. Sous le thème « Les voies vers la paix en Afrique : souveraineté économique et transformation géopolitique », le forum réunira des dirigeants politiques, des décideurs, des chercheurs et des experts en sécurité afin d’explorer les moyens de renforcer la coopération continentale et de traduire les priorités communes en actions concrètes. Pour l’Éthiopie, accueillir ce forum représente bien plus qu’une simple occasion de réunir des voix africaines influentes. Cela renforce la contribution du pays à la diplomatie continentale et offre une tribune pour faire avancer le dialogue sur les défis structurels auxquels sont confrontés la Corne de l’Afrique et l’ensemble du continent. Créé en 2012, le Forum de Tana s’est imposé comme une plateforme permettant d’examiner les défis sécuritaires de l’Afrique sous un angle africain, en réunissant divers acteurs afin d’analyser les causes des conflits et d’explorer les voies menant à une paix durable. Sa question centrale reste d’actualité : comment l’Afrique peut-elle passer de la simple gestion des crises récurrentes à la mise en place des fondements politiques, économiques et institutionnels nécessaires à une stabilité durable ? Des solutions africaines aux défis africains Partout en Afrique, les conflits surgissent rarement de manière isolée. L’exclusion politique, la faiblesse des institutions, la concurrence pour les ressources, les inégalités économiques et les griefs non résolus peuvent se conjuguer pour créer des conditions dans lesquelles l’instabilité persiste bien au-delà de la flambée immédiate de la violence. Les conséquences s’étendent bien au-delà des champs de bataille. Les conflits provoquent des déplacements de populations, perturbent le commerce, découragent les investissements, affaiblissent les institutions publiques et détournent les ressources des services essentiels et du développement. Dans les régions déjà confrontées à des pressions liées au climat et à l’incertitude économique, l’insécurité peut fragiliser davantage les moyens de subsistance et aggraver les vulnérabilités. Pour relever ces défis, il faut aller au-delà des réponses militaires ou des interventions d’urgence. Une paix durable repose sur une diplomatie préventive, des processus politiques inclusifs, des institutions responsables et des opportunités économiques permettant aux communautés de participer de manière significative au développement national. C’est là que l’appropriation africaine revêt une importance particulière. Les pays africains et les institutions régionales possèdent une connaissance précieuse des griefs historiques, des dynamiques politiques et des réalités locales qui sous-tendent de nombreux conflits. Renforcer leur capacité à anticiper les crises, à servir de médiateurs dans les différends et à soutenir la consolidation de la paix peut contribuer à élaborer des réponses mieux adaptées aux spécificités du continent. Les solutions menées par l’Afrique n’impliquent toutefois pas que le continent agisse seul. Les partenariats internationaux restent essentiels pour apporter expertise, investissements et soutien diplomatique. Leur efficacité dépend de leur capacité à renforcer les priorités et les capacités institutionnelles africaines, plutôt qu’à se substituer au leadership local. En réunissant des dirigeants politiques, des universitaires et des professionnels de la sécurité, le Forum de Tana offre l’occasion de faire le lien entre les débats politiques et l’expérience pratique, en encourageant des approches qui s’attaquent non seulement aux symptômes de l’insécurité, mais aussi à ses causes profondes. Le rôle stratégique de l’Éthiopie dans la diplomatie continentale L’Éthiopie occupe une position stratégique majeure dans la Corne de l’Afrique, une région où les évolutions politiques, les enjeux sécuritaires et les intérêts économiques sont étroitement liés. Le fait qu’elle accueille le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba a également fait de ce pays un pôle important de la diplomatie continentale. Dans ce contexte, le Forum de Tana vient compléter les engagements diplomatiques officiels en offrant un espace de réflexion approfondie sur les nouvelles tendances en matière de sécurité, les tensions régionales et les conditions structurelles qui façonnent la paix et la stabilité. Le fait d’accueillir cette rencontre à Bahir Dar permet également d’étendre le dialogue continental au-delà de la capitale politique de l’Éthiopie, en associant des discussions de haut niveau à une ville qui offre un cadre unique pour des échanges sur l’avenir de l’Afrique. Pour l’Éthiopie, ce forum offre l’occasion de contribuer à la réflexion continentale sur la prévention des conflits, la coopération régionale et la relation entre sécurité et développement. Il peut également contribuer à renforcer la collaboration entre les décideurs politiques, les chercheurs et les praticiens, dont la coopération est essentielle pour relever les défis régionaux complexes. Pourtant, l’importance d’organiser un forum international ne se mesure pas uniquement à l’envergure de ses participants ou à l’ampleur des débats qui y sont menés. Sa véritable valeur réside dans la capacité des idées qui y naissent à influencer les politiques, à renforcer les partenariats et à contribuer à des progrès concrets. La contribution de l’Éthiopie à la diplomatie continentale dépendra donc d’un engagement soutenu, d’un dialogue constructif et de la capacité à relier les discussions menées dans le cadre de plateformes telles que Tana à des initiatives plus larges de consolidation de la paix. Pourquoi la coopération régionale est-elle essentielle ? La Corne de l’Afrique illustre à quel point la sécurité nationale est étroitement liée à la stabilité régionale. Les tensions politiques, les conflits armés, le terrorisme, les pressions liées au climat et les vulnérabilités économiques peuvent dépasser les frontières, entraînant des conséquences qu’aucun pays ne peut gérer efficacement de manière isolée. L’insécurité dans un pays peut provoquer des déplacements de population vers les États voisins, perturber les voies commerciales et nuire aux investissements régionaux. Les désaccords concernant les ressources partagées et les intérêts stratégiques concurrents peuvent également mettre à rude épreuve les relations, rendant la coopération plus difficile précisément au moment où elle est la plus nécessaire. Pour l’Éthiopie, la stabilité régionale est étroitement liée au développement économique, aux relations diplomatiques et aux perspectives d’une intégration plus poussée dans toute la Corne de l’Afrique. Le renforcement du commerce transfrontalier, de la connectivité des transports, du développement des infrastructures et de la coopération dans la gestion des ressources communes peut générer des opportunités économiques tout en renforçant les intérêts mutuels entre pays voisins. À l’inverse, des tensions prolongées peuvent augmenter les coûts, affaiblir la confiance et limiter le potentiel de développement de la région. Le défi consiste à mettre en place des mécanismes permettant aux pays de gérer pacifiquement leurs désaccords, d’empêcher l’escalade des conflits locaux et d’identifier des domaines d’intérêt commun malgré leurs divergences politiques. Le Forum de Tana offre une tribune permettant d’examiner ces possibilités. Grâce au dialogue et à l’échange d’expériences en matière de politiques publiques, les participants peuvent explorer comment les États voisins et les institutions régionales peuvent renforcer la diplomatie préventive, améliorer la coordination et élaborer des approches qui s’attaquent à la fois aux menaces immédiates pour la sécurité et à leurs causes profondes. Dans une région marquée par des intérêts nationaux qui se chevauchent et par une concurrence géopolitique plus large, un engagement soutenu n’est pas simplement une préférence diplomatique ; c’est un élément essentiel d’une stabilité durable. La souveraineté économique, fondement de la paix L’accent mis par le 12e Forum de Tana sur la souveraineté économique met en lumière une dimension souvent négligée de la sécurité africaine : la capacité des pays à bâtir des économies résilientes et à faire des choix significatifs quant à leurs priorités de développement. Partout sur le continent, les pressions liées à la dette extérieure, les capacités industrielles limitées, la dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières et l’exposition à la volatilité des marchés internationaux peuvent restreindre les options politiques des gouvernements. Ces vulnérabilités peuvent limiter les investissements dans les services publics, les infrastructures et les secteurs productifs, tout en réduisant les ressources disponibles pour relever les défis en matière de sécurité. La dépendance économique peut également réduire la marge de manœuvre d’un pays alors que les puissances mondiales se disputent l’accès aux ressources naturelles, aux marchés, aux infrastructures et aux emplacements stratégiques. Cette concurrence présente à la fois des opportunités et des risques pour l’Afrique. Les investissements étrangers, les transferts de technologie et les partenariats internationaux peuvent soutenir l’industrialisation et la transformation économique. Cependant, lorsque les intérêts extérieurs prennent le pas sur les priorités de développement africaines, ces relations peuvent exacerber les rivalités et limiter les bénéfices dont peuvent bénéficier les économies locales. La souveraineté économique ne doit donc pas être comprise simplement comme une réduction de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Elle implique également de renforcer les capacités de production nationales, de mobiliser des ressources, de mettre en place des institutions efficaces, d’élargir les marchés régionaux et de négocier des partenariats internationaux qui favorisent la réalisation des objectifs de développement à long terme. Ces priorités ont des implications directes pour la paix et la sécurité. Lorsque les opportunités économiques sont limitées et que les inégalités persistent, les mécontentements sociaux peuvent s’aggraver et les tensions politiques devenir plus difficiles à résoudre. À l’inverse, une croissance économique inclusive, des institutions plus solides et un meilleur accès aux moyens de subsistance peuvent contribuer à créer des conditions plus propices à la stabilité. Pour l’Éthiopie et ses voisins, une coopération accrue dans les domaines du commerce, des infrastructures, de l’énergie et de la gestion des ressources peut renforcer la résilience économique et consolider les intérêts communs en matière de paix. L’intégration économique régionale peut également encourager le dialogue en démontrant les avantages concrets de la stabilité. Le thème du forum met donc en lumière une réalité stratégique plus large : la capacité de l’Afrique à préserver la paix est étroitement liée à sa capacité à façonner son avenir économique et à s’adapter à un environnement international de plus en plus concurrentiel. Du dialogue à l’action concrète Malgré toute l’importance du dialogue continental, le programme africain en matière de paix et de sécurité reste confronté à un défi fondamental : traduire les engagements politiques en résultats concrets sur le terrain. Les réunions de haut niveau peuvent instaurer la confiance, susciter des idées et définir des priorités communes. Mais leur impact dépend en fin de compte de la mise en œuvre, de la coordination institutionnelle et d’un engagement politique durable. Les gouvernements, l’Union africaine, les organisations régionales, les instituts de recherche et les autres parties prenantes ont tous un rôle à jouer pour faire le lien entre les discussions politiques et les réponses concrètes. Une coopération renforcée peut améliorer les systèmes d’alerte précoce, soutenir les efforts de médiation, renforcer la prévention des conflits et encourager des approches de consolidation de la paix fondées sur des données factuelles. Les instituts de recherche peuvent aider à identifier les facteurs d’instabilité et à évaluer l’efficacité des interventions. Les expériences des communautés touchées par les conflits peuvent également éclairer l’élaboration de politiques qui répondent aux réalités locales plutôt que de s’appuyer exclusivement sur des évaluations de haut niveau. La continuité revêt une importance tout aussi grande. Les recommandations issues de forums tels que celui de Tana doivent éclairer les discussions politiques ultérieures, les partenariats institutionnels et les initiatives concrètes. Les progrès doivent être évalués non seulement à l’aune des déclarations et des engagements, mais aussi à travers les améliorations apportées à la coopération, à la prévention des conflits et à la capacité des institutions à répondre aux menaces émergentes. Pour l’Éthiopie, contribuer à renforcer ces liens permettrait d’accroître la contribution du forum à la diplomatie continentale et de soutenir les efforts africains plus larges visant à instaurer une paix durable. Le succès de la réunion de Bahir Dar se mesurera en fin de compte à la capacité de ses discussions à rapprocher le continent de solutions pouvant être mises en œuvre, pérennisées et adaptées à l’évolution des circonstances. Renforcer la voie de l’Afrique vers la paix Les défis liés à la paix et à la sécurité en Afrique sont indissociables de ses perspectives économiques, de ses institutions politiques et de sa place dans un ordre mondial en mutation. Y répondre nécessite une approche globale alliant diplomatie préventive, gouvernance inclusive, coopération régionale et développement durable. Le 12e Forum de haut niveau de Tana est très attendu, car il offre l’occasion de faire progresser cette approche en plaçant les perspectives africaines au cœur des discussions sur l’avenir du continent. Pour l’Éthiopie, l’organisation de ce forum renforce son engagement dans les affaires continentales et crée un espace propice à la promotion de la coopération entre les partenaires africains. Pour l’ensemble du continent, ce rassemblement offre l’occasion d’examiner comment la souveraineté économique, les partenariats stratégiques et des institutions régionales plus solides peuvent contribuer à un avenir plus stable et plus résilient. En fin de compte, la quête de paix de l’Afrique ne peut reposer uniquement sur le dialogue. Elle nécessite une volonté politique, des capacités institutionnelles, des opportunités économiques et un engagement durable à résoudre les différends par des moyens pacifiques. Alors que les participants se réunissent à Bahir Dar, le défi consistera à traduire en actions concrètes cet engagement commun en faveur de l’appropriation africaine : renforcer les institutions, approfondir la coopération régionale et s’attaquer aux conditions structurelles qui permettent aux conflits de perdurer. L’importance durable du Forum de Tana ne résidera pas simplement dans les discussions qu’il suscitera, mais dans les progrès que ces discussions contribueront à rendre possibles : une Afrique mieux armée pour gérer ses propres défis en matière de sécurité, façonner son avenir géopolitique et veiller à ce que la paix et le développement aillent de pair.
Les manœuvres de déstabilisation et les complots de l’Égypte contre l’Éthiopie et l’ensemble de la Corne de l’Afrique
Oct 9, 2026 257
L’instabilité politique prolongée de l’Éthiopie et la récurrence des conflits ne peuvent être entièrement comprises sous le seul angle des divisions politiques internes. Ces vulnérabilités internes ont été exploitées et aggravées par des acteurs locaux et extérieurs poursuivant des intérêts stratégiques en Éthiopie et dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique. Parmi les acteurs extérieurs régulièrement cités par les analystes géopolitiques figure l’Égypte. L’argument éthiopien ne se limite pas au fait que l’Égypte s’oppose au Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Il consiste à soutenir que, depuis plusieurs décennies, la politique égyptienne à l’égard de l’Éthiopie s’inscrit dans une stratégie politique et diplomatique plus vaste visant à freiner l’essor stratégique de ce pays, à affaiblir son influence régionale et à l’empêcher d’exercer un contrôle accru sur les ressources naturelles et économiques indispensables à son développement national. Dans cette perspective, les activités de l’Égypte concernant le Nil, les conflits politiques internes de l’Éthiopie, la question érythréenne, le Soudan, la Somalie, la mer Rouge et le GERD s’inscrivent dans un ensemble plus large de pressions stratégiques. La principale préoccupation éthiopienne est qu’une Éthiopie divisée, instable et économiquement affaiblie soit plus facile à contenir qu’une Éthiopie pacifique, prospère et stratégiquement autonome. Les pressions exercées sur l’Éthiopie La source la plus persistante des pressions égyptiennes sur l’Éthiopie est le Nil. Le Nil Bleu prend sa source en Éthiopie et fournit une part importante des eaux qui s’écoulent en aval vers le Soudan et l’Égypte. Pour l’Éthiopie, ce fleuve représente une formidable opportunité de développement. Ses eaux peuvent produire de l’électricité, favoriser l’irrigation, accroître la production agricole, renforcer la sécurité alimentaire, soutenir l’industrialisation et contribuer à la réduction de la pauvreté. Pendant des décennies, l’Éthiopie a toutefois été confrontée à un ordre régional de gestion des eaux largement façonné par des accords conclus sans sa participation. L’accord anglo-égyptien de 1929 sur les eaux du Nil et l’accord égypto-soudanais de 1959 sont devenus des éléments centraux d’un système que l’Éthiopie a constamment rejeté, estimant qu’ils ne sauraient déterminer les droits d’un État souverain situé en amont et n’ayant pas participé à leur conclusion. L’objection éthiopienne est fondamentale. Selon Addis-Abeba, des accords historiques conclus entre des pays riverains situés en aval ne peuvent empêcher indéfiniment un pays en amont d’utiliser ses propres ressources naturelles à des fins de développement. La position éthiopienne repose sur le principe de l’utilisation équitable et raisonnable des cours d’eau internationaux. Dans cette perspective, les tentatives visant à préserver des arrangements historiques relatifs aux eaux au détriment de l’Éthiopie dépassent le simple désaccord sur le partage de l’eau. Elles représenteraient un effort destiné à maintenir un ordre politique dans lequel le développement éthiopien demeure limité. Une remise en cause de l’ordre régional existant La construction du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) est devenue l’expression la plus manifeste de la détermination de l’Éthiopie à rompre avec cette dynamique historique. Le projet a transformé la relation du pays avec le Nil, en faisant passer l’Éthiopie d’une utilisation limitée de ses eaux à une stratégie de développement national d’envergure. Le barrage a démontré que l’Éthiopie était capable de mobiliser ses ressources nationales, le soutien de sa population et des compétences techniques internationales pour réaliser un projet d’importance continentale. Pour les Éthiopiens, le GERD représente bien davantage qu’une infrastructure hydroélectrique. Il symbolise la souveraineté nationale, le droit au développement et la détermination de l’Éthiopie à exploiter ses ressources naturelles pour produire de l’électricité, développer l’industrie, améliorer la productivité agricole et créer des perspectives pour des millions de citoyens. La campagne persistante de l’Égypte contre le projet est ainsi interprétée en Éthiopie non pas simplement comme une opposition à un barrage, mais comme une opposition à une transformation fondamentale de la position économique et stratégique du pays. La préoccupation éthiopienne est que, si le pays est empêché de développer ses ressources hydriques, il risque de rester prisonnier de la pauvreté et de l’insécurité énergétique, tandis que son immense potentiel naturel demeure sous-exploité. Les pressions diplomatiques Selon les critiques éthiopiens, l’un des principaux instruments utilisés contre l’Éthiopie est la pression diplomatique. Plutôt que de limiter le différend sur le Nil à des négociations bilatérales directes, l’Égypte a régulièrement porté la question sur la scène internationale et recherché des soutiens politiques auprès d’institutions régionales et internationales. Du point de vue éthiopien, cette démarche a contribué à faire considérer les projets de développement du pays comme des questions de sécurité internationale. La crainte est que les campagnes diplomatiques puissent influencer les institutions internationales, les partenaires au développement, les institutions financières et les gouvernements qui, autrement, pourraient soutenir les ambitions éthiopiennes en matière d’infrastructures. Selon les critiques éthiopiens, il en résulte une forme de pression indirecte. Sans interrompre physiquement un projet, des pressions politiques extérieures peuvent compliquer son financement, entraver les partenariats internationaux, créer une incertitude diplomatique et présenter les initiatives de développement éthiopiennes comme des sources potentielles d’instabilité régionale. Cette situation est particulièrement importante pour un pays en développement dont la transformation repose sur des investissements considérables dans l’énergie, les transports, l’agriculture, l’industrie manufacturière et les infrastructures. L’exploitation des vulnérabilités internes Les préoccupations les plus sérieuses en Éthiopie concernent l’interaction entre les pressions extérieures et les divisions politiques internes. Le pays a connu des crises politiques répétées, des insurrections armées et des conflits impliquant des forces politiques et ethniques rivales. Selon l’argument éthiopien, les puissances étrangères n’ont pas nécessairement besoin de créer elles-mêmes ces divisions. Elles peuvent exploiter, encourager ou amplifier politiquement des griefs existants lorsque cela sert leurs intérêts stratégiques. C’est dans ce contexte que la notion de sabotage politique prend toute son importance. Le sabotage politique ne consiste pas nécessairement à créer ouvertement une organisation armée. Il peut également prendre la forme d’un soutien diplomatique à des forces politiques opposées, d’alliances stratégiques avec des gouvernements voisins, d’activités de lobbying politique, de campagnes d’information, de coopération militaire et de pressions internationales. Lorsque de telles activités se déroulent parallèlement à un conflit interne, elles peuvent prolonger l’instabilité et compliquer la recherche d’un règlement politique. Pour l’Éthiopie, le danger est particulièrement grave, car les conflits internes prolongés absorbent des ressources qui pourraient autrement être consacrées au développement. Un gouvernement confronté à une insurrection dispose de moins de moyens pour financer les écoles, les hôpitaux, l’électricité, les routes, l’irrigation, l’industrialisation et la création d’emplois. Un pays absorbé par les impératifs de sécurité intérieure dispose également de capacités diplomatiques et économiques réduites pour poursuivre de grandes initiatives régionales. La perte de l’accès à la mer La question érythréenne constitue l’un des développements historiques les plus déterminants de l’histoire contemporaine de l’Éthiopie. La position stratégique de l’Érythrée a également fait de ce conflit un enjeu de rivalités régionales. L’Érythrée abritait les principaux ports éthiopiens de la mer Rouge, notamment Massaoua et Assab. La séparation de l’Érythrée a finalement transformé l’Éthiopie, qui disposait d’un accès maritime direct, en un pays enclavé. Les conséquences ont été considérables. L’Éthiopie est devenue dépendante des pays voisins pour accéder au commerce maritime international. Les coûts de transport des importations et des exportations ont augmenté. La dépendance stratégique à l’égard des États voisins est devenue une caractéristique durable de la situation économique éthiopienne. Pour les stratèges éthiopiens, la perte de l’accès maritime ne peut être dissociée de l’histoire géopolitique plus large de la Corne de l’Afrique. Des archives diplomatiques américaines déclassifiées datant des années 1970 montrent que des États arabes ont joué un rôle important dans les dynamiques politiques régionales entourant l’insurrection érythréenne. Toutefois, les éléments historiques disponibles ne démontrent pas que l’Égypte ait, à elle seule, créé le mouvement érythréen. Certaines évaluations américaines distinguaient même l’Égypte d’autres soutiens plus actifs aux insurgés érythréens, notamment la Libye, l’Irak et la Syrie. L’Égypte demeurait néanmoins un acteur régional important dans l’environnement politique plus large entourant la question érythréenne. Pour l’Éthiopie, le résultat stratégique reste considérable : le pays a perdu son accès direct à la mer Rouge. Cette perte continue d’influencer sa politique étrangère plusieurs décennies plus tard. L’enclavement est devenu l’une des principales vulnérabilités économiques et stratégiques du pays. L’Éthiopie réalise l’écrasante majorité de son commerce maritime international par l’intermédiaire des ports des pays voisins. Cette situation la rend dépendante des infrastructures étrangères, de la stabilité politique de ses voisins et de leur volonté de maintenir une coopération constructive. Pour un pays de la taille démographique et du potentiel économique de l’Éthiopie, l’absence d’un accès maritime souverain et fiable entraîne des coûts stratégiques importants. Les frais de transport influencent les prix des marchandises importées. La compétitivité des exportations peut être réduite. L’industrialisation devient plus coûteuse. Les projets énergétiques et d’infrastructure dépendent davantage des corridors régionaux. La recherche d’un accès à la mer ne constitue donc pas uniquement une ambition géopolitique pour l’Éthiopie. Elle est directement liée à son développement économique. Du point de vue éthiopien, toute tentative extérieure visant à empêcher le pays de développer des partenariats maritimes fiables peut être interprétée comme un effort destiné à maintenir sa vulnérabilité stratégique. Les alliances régionales Les préoccupations éthiopiennes se sont intensifiées à mesure que l’Égypte a développé ses relations politiques et sécuritaires avec les pays entourant l’Éthiopie. La coopération militaire entre l’Égypte et la Somalie a particulièrement retenu l’attention. En 2024, l’Égypte a envoyé du matériel militaire en Somalie à la suite d’un accord de sécurité conclu entre les deux pays. Cette évolution est intervenue dans un contexte de tensions accrues, après la signature par l’Éthiopie d’un protocole d’accord avec le Somaliland concernant l’accès maritime. Du point de vue éthiopien, le calendrier et les implications stratégiques de ce rapprochement sont significatifs. L’Éthiopie considère son initiative d’accès maritime comme une nécessité économique et stratégique. Parallèlement, le renforcement de la coopération sécuritaire entre l’Égypte et la Somalie fait craindre l’émergence d’un environnement politique régional plus coordonné, susceptible de limiter les marges de manœuvre éthiopiennes. La même préoccupation concerne le Soudan. L’Égypte entretient des relations étroites avec les institutions étatiques soudanaises, notamment avec l’appareil militaire soudanais. Le conflit qui ravage le Soudan est ainsi devenu un autre terrain sur lequel les intérêts sécuritaires de l’Éthiopie croisent les intérêts régionaux de l’Égypte. Pour l’Éthiopie, l’accumulation de ces relations soulève une question fondamentale : les pays voisins sont-ils progressivement intégrés à un réseau stratégique régional susceptible de limiter la liberté d’action de l’Éthiopie ? L’Érythrée L’Érythrée demeure un autre élément essentiel des calculs stratégiques de l’Éthiopie. Les relations entre les deux pays ont connu des périodes de guerre, de réconciliation et de nouvelles tensions. La guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée, de 1998 à 2000, a entraîné d’immenses pertes humaines et économiques. Elle a affaibli les deux pays et accentué la militarisation de la partie septentrionale de la Corne de l’Afrique. Les évolutions politiques ultérieures ont ajouté une nouvelle dimension à la rivalité régionale. Pour les analystes éthiopiens, la possibilité que des acteurs extérieurs encouragent une confrontation entre l’Éthiopie et l’Érythrée est particulièrement dangereuse. Des informations récentes faisant état de nouvelles tensions au Tigré ont de nouveau mis en lumière des accusations d’ingérence extérieure dans les conflits internes de l’Éthiopie. Des allégations de soutien égyptien et soudanais à des forces susceptibles d’affaiblir la souveraineté éthiopienne ont été rapportées. Un conflit interne en Éthiopie peut rapidement prendre une dimension régionale. L’internationalisation des conflits Le conflit du Tigray a démontré à quelle vitesse une crise interne en Éthiopie peut acquérir une dimension internationale. Il a impliqué l’Érythrée, le Soudan et plusieurs acteurs diplomatiques internationaux, tout en suscitant une vive concurrence autour des récits du conflit, de l’accès humanitaire et de la légitimité politique. Pour l’Éthiopie, cette expérience a renforcé la perception selon laquelle les conflits internes peuvent devenir des instruments de rivalité géopolitique plus large. Les désaccords politiques nationaux peuvent ainsi être internationalisés. C’est l’un des principaux arguments avancés par les critiques qui accusent l’Égypte d’exploiter les vulnérabilités internes de l’Éthiopie. Leur argument ne consiste pas nécessairement à affirmer que chaque insurrection éthiopienne a été créée au Caire. Il consiste plutôt à soutenir que les acteurs extérieurs peuvent identifier les faiblesses existantes et les exploiter afin de restreindre la liberté stratégique de l’Éthiopie. La politique d’isolement Une Éthiopie forte, entretenant des relations stables avec ses voisins, développant sa puissance économique, augmentant sa production d’électricité et disposant d’un accès maritime fiable, exercerait une influence considérable dans la Corne de l’Afrique. Une Éthiopie divisée politiquement disposerait d’une influence bien moindre. Par conséquent, les critiques éthiopiens estiment que les tentatives visant à affaiblir les relations diplomatiques du pays ou à exercer des pressions sur ses partenariats régionaux doivent être comprises comme les éléments d’une stratégie plus vaste d’endiguement. Un tel endiguement ne nécessite pas nécessairement une confrontation militaire. Il peut prendre la forme de démarches diplomatiques, d’alliances régionales, d’accords de sécurité, de pressions politiques et de campagnes internationales. Pourquoi une Éthiopie forte est-elle importante ? L’émergence de l’Éthiopie en tant que puissance économique et politique plus importante transformerait fondamentalement la Corne de l’Afrique. Le pays dispose d’un immense potentiel hydroélectrique, de vastes terres agricoles, de ressources en énergies renouvelables et d’un marché intérieur considérable. Le GERD a déjà démontré la capacité de l’Éthiopie à mobiliser ses ressources nationales pour réaliser de grands projets d’infrastructure. Des investissements supplémentaires dans la production d’électricité, l’irrigation, l’industrie manufacturière, l’agriculture, les corridors de transport et les infrastructures numériques pourraient transformer le pays en l’un des principaux pôles économiques du continent africain. Un accès maritime fiable renforcerait davantage cette transformation. Une Éthiopie plus forte serait également mieux placée pour contribuer à l’intégration régionale. Elle pourrait exporter de l’électricité, développer le commerce transfrontalier, soutenir les infrastructures régionales et devenir un maillon économique majeur entre la Corne de l’Afrique et le reste du continent. Du point de vue éthiopien, c’est précisément pour cette raison que les tentatives extérieures visant à limiter le potentiel de développement du pays revêtent une importance stratégique. L’argument éthiopien peut donc être formulé clairement. L’influence de l’Égypte ne devrait pas être examinée uniquement à travers les négociations sur le GERD. Elle devrait également être étudiée à la lumière de l’environnement politique global dans lequel évolue l’Éthiopie. Le différend sur le Nil a généré des pressions diplomatiques persistantes. Le GERD est devenu le symbole central de la lutte de l’Éthiopie pour son autonomie économique et stratégique. Pris ensemble, ces développements constituent le fondement de la perception éthiopienne selon laquelle l’Égypte mène une politique d’endiguement stratégique. Conclusion Affirmer que l’Égypte constitue un facteur extérieur majeur dans l’instabilité de l’Éthiopie ne signifie pas nécessairement qu’elle a créé chacun des conflits qui secouent le pays. L’argument éthiopien est toutefois que les faiblesses internes ont été à plusieurs reprises exposées à des pressions stratégiques extérieures. La préoccupation est que l’Égypte ait utilisé son influence diplomatique, ses relations régionales et ses alliances politiques pour restreindre l’espace stratégique de l’Éthiopie, particulièrement lorsque celle-ci a cherché à accroître l’utilisation de ses ressources en eau du Nil, à renforcer son économie, à développer de grandes infrastructures ou à retrouver un accès fiable à la mer. Le GERD est devenu l’exemple le plus manifeste de cette confrontation. La détermination de l’Éthiopie à développer ses ressources hydriques s’est heurtée à un ordre régional établi que les responsables éthiopiens considèrent comme injuste et incompatible avec le droit du pays au développement. La question maritime représente une autre dimension de cette même lutte. Un pays enclavé comme l’Éthiopie est confronté à des désavantages économiques structurels. Une Éthiopie disposant d’un accès maritime fiable, d’une production électrique abondante, d’une agriculture en expansion, d’une industrie manufacturière en croissance et d’échanges régionaux renforcés bénéficierait d’une autonomie économique et politique nettement supérieure. C’est pourquoi les analystes éthiopiens considèrent de plus en plus le différend sur le Nil, le GERD, la mer Rouge, l’accès maritime, le Soudan, la Somalie, l’Érythrée et les conflits internes de l’Éthiopie comme des composantes interconnectées d’une lutte géopolitique plus vaste.
Le nouveau gouvernement éthiopien confie des postes clés à des femmes
Oct 8, 2026 387
Par Meseret T. Le 8 octobre, 2026 (ENA) Le nouveau gouvernement fédéral éthiopien a placé les femmes au cœur de la prochaine phase de transformation économique du pays : neuf femmes sont désormais à la tête de ministères clés, allant des Finances et du Commerce à la Justice, en passant par la Technologie, les Mines, la Santé, le Tourisme et les Affaires sociales. La Chambre des représentants des peuples a approuvé aujourd’hui le gouvernement proposé par le Premier ministre Abiy Ahmed, les femmes occupant neuf des 22 portefeuilles ministériels, soit près de 41 % du gouvernement. Ces nominations renforcent le rôle croissant des femmes dans la prise de décision nationale en Éthiopie et placent des femmes dirigeantes à la tête de certaines des institutions économiques et sociales les plus importantes du gouvernement. L’importance de ces nominations va au-delà du simple nombre de femmes au sein du gouvernement. Les portefeuilles qui leur sont confiés se situent au cœur des ambitions fondamentales de l’Éthiopie : maintenir la stabilité macroéconomique, développer le commerce et les exportations, renforcer l’État de droit, mobiliser les recettes intérieures, exploiter les ressources naturelles, accélérer la transformation numérique, améliorer les services de santé, développer le tourisme et protéger les catégories vulnérables de la société. Il s’agit donc d’un gouvernement dans lequel la représentation est étroitement liée à la responsabilité. Ces nominations interviennent à un moment particulièrement important du parcours de développement de l’Éthiopie. Selon le ministère des Finances, l’économie éthiopienne a progressé de 9,2 % au cours de l’exercice 2024/25, contre 8,1 % l’année précédente, après avoir affiché un taux de croissance annuel moyen de 6,8 % entre 2018/19 et 2023/24. Le ministère prévoit une croissance économique de 10,2 % en 2025/26, ce qui reflète la volonté du gouvernement de maintenir la dynamique observée ces dernières années et de faire entrer l’économie dans une phase de croissance à deux chiffres. Le gouvernement s’efforce désormais de renforcer encore cette dynamique et d’atteindre une croissance économique à deux chiffres, tout en poursuivant des réformes macroéconomiques visant à rendre cette croissance plus durable, plus productive et plus généralisée. Un responsable de la Commission de l’Union africaine a récemment décrit la transformation de l’Éthiopie comme se déroulant à un rythme très rapide et a noté que le pays devrait s’approcher d’une croissance à deux chiffres. Cette trajectoire confère une lourde responsabilité aux ministres nouvellement nommés. Leur tâche ne consiste pas simplement à administrer les ministères, mais à traduire les politiques de réforme en améliorations mesurables en matière de production, d’investissement, d’exportations, de services publics, d’emploi et de niveau de vie. Gérer l’économie à un moment décisif Parmi les nominations les plus importantes figure celle de Fitsum Assefa (titulaire d’un doctorat) au poste de ministre des Finances. Ayant précédemment occupé les fonctions de ministre de la Planification et du Développement, Fitsum apporte son expérience en matière de politique et de planification dans le cadre du programme de réforme du gouvernement à une institution chargée de la gestion budgétaire et de la coopération économique du pays. Le ministère des Finances est chargé de préparer et de mettre en œuvre le budget fédéral, de gérer les finances publiques, d’élaborer les politiques budgétaires, de mobiliser des ressources extérieures, de gérer la dette publique et de développer des cadres pour les partenariats public-privé. Son mandat place donc le ministre au cœur des efforts visant à préserver la stabilité macroéconomique tout en veillant à ce que les ressources publiques limitées soient orientées vers les priorités nationales. À l’heure où l’Éthiopie cherche à accroître sa capacité de production tout en gérant sa dette, les pressions sur les devises et les besoins de financement liés au développement, cette nomination revêt une importance considérable. Le défi de Fitsum consistera à contribuer à traduire la croissance économique en une capacité budgétaire renforcée et en investissements productifs — en veillant à ce que l’expansion de l’économie s’appuie sur des finances publiques saines et que les réformes produisent des résultats tangibles. Poursuivre l’ouverture des marchés et orienter la production vers l’exportation Yasmin Wahabrebbi, nommée ministre du Commerce et de l’Intégration régionale, prend la tête d’une autre institution essentielle aux ambitions économiques de l’Éthiopie. Les responsabilités du ministère vont bien au-delà de la simple gestion des échanges commerciaux. Il est chargé d’élaborer des politiques en matière de commerce intérieur et extérieur ainsi que d’intégration économique régionale, de moderniser le commerce intérieur, de créer les conditions propices à l’expansion des exportations et de soutenir les producteurs éthiopiens qui cherchent à accéder aux marchés étrangers. Il joue également un rôle dans la négociation et la mise en œuvre des accords commerciaux. Ce portefeuille revêt donc une importance particulière alors que l’Éthiopie cherche à renforcer sa présence sur les marchés continentaux et mondiaux. Pour un pays doté d’un vaste marché intérieur et d’un potentiel considérable dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie manufacturière, des ressources minérales et du tourisme, le défi consiste de plus en plus à transformer la production en exportations compétitives, à approfondir les échanges commerciaux régionaux et à tirer davantage parti de la Zone de libre-échange continentale africaine. Yasmin évoluera donc à l’un des carrefours où la production nationale rejoint l’ambition de l’Éthiopie de devenir un acteur plus compétitif dans le commerce régional et international. Les recettes d’une économie en pleine croissance Aynalem Nigussie, le nouveau ministre des Recettes, prend la tête d’une institution dont les performances influenceront directement la capacité du gouvernement à financer le développement à partir de ressources nationales. Le ministère des Recettes a pour mission de mettre en place une administration fiscale et douanière moderne, d’encourager l’adhésion volontaire à la législation fiscale et de lutter contre la fraude fiscale. Sa vision déclarée est de construire une administration fiscale moderne et, à terme, de parvenir à ce que les dépenses nationales soient couvertes par les recettes fiscales. Pour une économie en quête d’une croissance plus rapide, il s’agit là d’une mission cruciale. L’expansion économique nécessite des routes, des écoles, des établissements de santé, des infrastructures productives et des institutions publiques. Le financement durable de ces priorités passe par une assiette fiscale nationale plus solide. La responsabilité d’Aynalem s’étendra donc au-delà de la simple perception des impôts. Elle consistera à élargir l’assiette fiscale, à améliorer le respect des obligations fiscales, à moderniser l’administration et à renforcer le lien entre l’activité économique et les ressources dont dispose l’État. Justice et confiance dans l’économie Au ministère de la Justice, Hanna Araya-Selassie prend la tête d’une institution essentielle à la réforme juridique et institutionnelle du pays. L’importance du portefeuille de la justice s’étend à pratiquement tous les domaines de l’économie et de la société. Des institutions juridiques efficaces fournissent le cadre dans lequel évoluent les citoyens, les entreprises et les investisseurs. Elles contribuent à définir les droits et les obligations, à faire respecter les contrats, à renforcer la responsabilité et à instaurer une plus grande prévisibilité dans l’administration publique. Alors que l’Éthiopie s’efforce d’attirer les investissements et d’accroître la participation du secteur privé, le renforcement de la sécurité juridique devient indissociable de la réforme économique. La mission d’Hanna la place donc au carrefour de la réforme de l’État de droit, du renforcement institutionnel et de la création d’un environnement plus prévisible pour les citoyens et les entreprises. La technologie, moteur de la prochaine économie Peu de portefeuilles reflètent aussi clairement l’ambition de l’Éthiopie de franchir une nouvelle étape de développement que celui du ministère de l’Innovation et de la Technologie, désormais dirigé par Frehiwot Tamiru. Forte de son expérience à la tête d’Ethio Telecom, notamment dans le développement des services financiers numériques via Telebirr, Frehiwot apporte son expertise à un ministère dont le mandat couvre les technologies émergentes et numériques, les technologies géospatiales et spatiales, l’innovation et le développement de l’économie numérique. Le ministère est également chargé de coordonner les efforts nationaux en matière de recherche et développement et de soutenir la transformation d’idées innovantes en contributions à la prospérité nationale. Sa nomination intervient alors que l’Éthiopie cherche à faire de la numérisation un pilier de la transformation économique plutôt qu’un simple exercice de modernisation technologique. Le défi consiste à relier la technologie à la productivité — de la finance numérique et des services publics à l’intelligence artificielle, en passant par l’innovation, la recherche, l’industrie manufacturière et les nouvelles entreprises capables de créer des emplois et de générer des devises étrangères. Les minéraux et la recherche de nouvelles sources de richesse Au sein du ministère des Mines, Alemtsahay Paulos est à la tête d’un secteur que l’Éthiopie considère de plus en plus comme une source importante d’investissements, d’exportations et de développement industriel. Le mandat du ministère couvre le développement minier, l’exploration, les informations géologiques et géophysiques, la facilitation des investissements, la réglementation, la qualité des minéraux, la recherche et la formation, ainsi que la mise en place des conditions nécessaires à la participation du secteur privé. Il est également chargé de veiller à ce que les communautés tirent profit des activités minières et à ce que les exigences en matière de protection de l’environnement soient respectées. Alemtsahay se voit ainsi confier une mission de grande envergure à un moment où l’Éthiopie cherche à exploiter le potentiel économique de ses ressources naturelles. Il ne s’agit pas simplement d’augmenter l’extraction. Il s’agit de développer une industrie minière mieux gérée, capable d’attirer des investissements responsables, d’accroître la production et les exportations, de soutenir les communautés locales et de contribuer à l’industrialisation. La santé, un investissement dans le capital humain Le Dr Mekdes Daba, nommée ministre de la Santé, prend la tête de l’un des portefeuilles gouvernementaux les plus directement axés sur les personnes. Son parcours professionnel en médecine et en santé publique la place à la tête d’un ministère dont la mission englobe le développement et la réglementation des services de santé, la protection de la santé publique, la prévention des maladies, la nutrition, les infrastructures sanitaires, les médicaments et le matériel médical, la formation professionnelle et le système national d’information sur la santé. Cette mission revêt une importance particulière, car la transformation économique dépend en fin de compte du capital humain. Une économie en pleine croissance a besoin d’une population en bonne santé et productive. L’amélioration de la santé maternelle et infantile, le renforcement des soins de santé primaires, la prévention des maladies et l’élargissement de l’accès à des services médicaux de qualité ne sont donc pas des enjeux distincts du programme de développement ; ils en font partie intégrante. Le Dr Mekdes sera chargée de contribuer à transformer les progrès réalisés par l’Éthiopie en matière de santé en systèmes de santé plus solides et plus résilients, capables de soutenir une population et une économie en pleine croissance. La culture et le tourisme, des atouts économiques Selamawit Kassa, qui reprend les rênes du ministère de la Culture et du Tourisme, se voit confier un portefeuille revêtant une importance tant économique que nationale. La mission du ministère consiste notamment à préserver l’histoire et le patrimoine culturel de l’Éthiopie, à promouvoir les langues et les valeurs culturelles du pays, à développer les institutions culturelles et à encourager la créativité et la production artistique. Pour l’Éthiopie, cependant, la culture ne se résume pas à la préservation. C’est également un atout économique. Les civilisations anciennes du pays, ses sites historiques, la diversité de ses cultures, ses paysages, sa gastronomie, ses festivals et ses traditions vivantes constituent une ressource touristique considérable. Le développement de ce potentiel peut générer des devises étrangères, créer des emplois et stimuler l’activité économique bien au-delà du secteur touristique lui-même. Selamawit devra donc contribuer à transformer la richesse culturelle et le potentiel touristique de l’Éthiopie en un moteur plus puissant du développement national. Les femmes, les familles et la protection sociale Au sein du ministère de la Condition féminine et des Affaires sociales, Shewit Shanka dirige une institution dont la mission s’étend à certains des groupes les plus vulnérables de la société. Le ministère est chargé des politiques et stratégies concernant les femmes, les enfants, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées et d’autres catégories vulnérables de la société. Sa mission revêt une importance particulière alors que l’Éthiopie connaît actuellement de rapides changements économiques et structurels. La réforme économique ne peut se mesurer uniquement à l’aune de la croissance du PIB, des investissements ou des exportations. Son succès doit également se traduire par une amélioration des opportunités économiques pour les femmes, par la protection des citoyens vulnérables et par la capacité des familles à résister aux chocs économiques et sociaux. Le ministère joue donc un rôle essentiel pour veiller à ce que les bénéfices du développement profitent à des segments plus larges de la société. Neuf nominations, une responsabilité accrue Prises dans leur ensemble, ces neuf nominations montrent que les femmes ne sont plus cantonnées à un ensemble restreint de portefeuilles traditionnellement dits « sociaux » au sein du gouvernement fédéral éthiopien. Les femmes se voient désormais confier la gestion du budget national, du commerce et de l’intégration régionale, de la justice, des recettes publiques, de la technologie, des mines, de la santé, de la culture et du tourisme, ainsi que des questions relatives aux femmes et aux affaires sociales — autant de secteurs qui, ensemble, déterminent l’orientation économique et la capacité institutionnelle du pays. C’est peut-être là la caractéristique la plus marquante du nouveau gouvernement. Ces nominations interviennent également à un moment où le programme de développement de l’Éthiopie devient de plus en plus exigeant. Le pays s’efforce simultanément de maintenir une expansion économique rapide, de tendre vers une croissance à deux chiffres, de renforcer les recettes intérieures, d’accroître les exportations, d’attirer les investissements, d’exploiter ses ressources naturelles, d’approfondir la transformation numérique et d’améliorer les services publics. Un tel programme exige plus que des politiques ambitieuses. Il exige une mise en œuvre concrète. Pour les neuf femmes qui occupent ces postes, comme pour chaque membre du nouveau gouvernement, cette nomination représente donc une immense responsabilité. On leur confie des institutions qui ont un impact sur des millions de vies et des secteurs susceptibles soit d’accélérer, soit de freiner la transformation de l’Éthiopie. C’est à l’aune des résultats qu’il produira que l’on jugera en fin de compte ce nouveau gouvernement : des institutions plus solides, une économie plus productive, une augmentation des investissements et des exportations, des services publics améliorés, davantage d’opportunités pour les citoyens et un processus de développement dans lequel les femmes ne sont pas simplement représentées, mais comptent parmi celles qui prennent les décisions qui façonnent l’avenir du pays. Le dernier gouvernement éthiopien envoie ainsi deux messages à la fois : d’une part, la participation des femmes aux plus hauts niveaux de la direction publique s’institutionnalise de plus en plus ; d’autre part, le pays attend de ceux à qui il confie les rênes du pouvoir qu’ils tiennent leurs promesses. Le prochain chapitre ne sera pas jugé simplement en fonction de qui occupe les postes ministériels, mais en fonction de ce que ces postes permettront d’accomplir.
La semaine de la détermination stratégique de l'Éthiopie : intégration, dialogue national et programme ambitieux de compensation concernant le Nil
Oct 5, 2026 482
Par la redaction Le 5 octobre, 2026 (ENA) L'Éthiopie a clôturé la semaine par une série d'événements qui ont mis en évidence son rôle de plus en plus affirmé dans l'orientation de l'avenir politique, économique et stratégique de la Corne de l'Afrique, de la région de la mer Rouge et du bassin du Nil. Qu'il s'agisse de faire progresser l'intégration économique régionale, de mettre en œuvre son « dialogue national » tant attendu ou de lancer une évaluation officielle des pertes économiques liées aux projets sur le Nil bloqués par l'Égypte, l'Éthiopie a fait preuve d'une détermination croissante à poursuivre son développement, à rechercher un consensus national et à défendre ce qu'elle considère comme ses intérêts légitimes en matière de ressources hydriques et au niveau régional. Au cours de cette semaine, l'Éthiopie a également pris des mesures diplomatiques fermes à l'encontre de l'Érythrée et de l'Égypte, tout en continuant à mettre l'accent sur la coexistence pacifique, la stabilité régionale et la coopération. Intégration régionale : l’Éthiopie regarde au-delà de ses frontières La participation du Premier ministre Abiy Ahmed à la cérémonie d’inauguration des travaux de la raffinerie de pétrole de Lamu, au Kenya, un projet de plusieurs milliards de dollars, a mis en évidence la volonté constante de l’Éthiopie de renforcer l’intégration économique régionale.   La raffinerie, soutenue par le groupe Dangote, devrait constituer un atout majeur pour les infrastructures énergétiques de l’Afrique de l’Est. Située le long du corridor stratégique Lamu Port-Soudan du Sud-Éthiopie (LAPSSET), cette installation est conçue pour traiter du pétrole brut et fournir des produits pétroliers raffinés — notamment de l’essence, du diesel et du kérosène — aux marchés régionaux. S'exprimant lors de la cérémonie à laquelle ont assisté des chefs d'État et de gouvernement africains, l'industriel Aliko Dangote, des ministres, des ambassadeurs et d'autres dignitaires, le Premier ministre Abiy a déclaré que ce projet offrirait à l'Éthiopie une source régionale supplémentaire de produits pétroliers raffinés, tout en créant de nouvelles opportunités en matière de commerce et d'investissement. Depuis des années, les économies africaines restent fortement dépendantes des carburants raffinés hors du continent, ce qui les expose aux perturbations des marchés mondiaux et à la volatilité des prix. Alors que les villes africaines s’étendent et que la demande industrielle augmente, Abiy a souligné l’importance de développer des capacités de raffinage plus proches des consommateurs africains et de mettre en place des systèmes d’approvisionnement régionaux plus résilients. « La raffinerie de Lamu offre un moyen de modifier cet équilibre », a-t-il déclaré, soulignant que le projet permettrait de rapprocher les capacités de raffinage des marchés régionaux. L'importance stratégique du projet va au-delà de la production de carburant. Son emplacement le long du corridor LAPSSET pourrait renforcer les liens entre les centres de production, les réseaux de transport et les marchés régionaux, favorisant ainsi l'intégration des économies d'Afrique de l'Est. Selon le groupe Dangote, la raffinerie de pétrole de Lamu au Kenya, d’un coût de 16 milliards de dollars US et d’une capacité prévue de 700 000 barils par jour, représente une avancée majeure dans la dynamique d’industrialisation de l’Afrique. Pour l’Éthiopie, ce projet revêt une portée plus large : les infrastructures régionales sont de plus en plus considérées non seulement comme un atout national, mais aussi comme le fondement d’une croissance économique partagée et d’une plus grande résilience régionale. Le dialogue national entre dans une nouvelle phase Au niveau national, le dialogue national éthiopien est passé de la phase de délibération à celle de mise en œuvre. La Commission éthiopienne du dialogue national (ENDC) a officiellement remis la liste consolidée de ses points à l’ordre du jour et de ses recommandations à la Chambre des représentants du peuple, au gouvernement fédéral et aux gouvernements régionaux, en présence du Premier ministre Abiy Ahmed. Ce transfert marque une transition cruciale : on passe désormais d’une phase de consultation nationale et de recherche de consensus à une phase d’examen institutionnel et de mise en œuvre des recommandations.   Le Premier ministre Abiy a déclaré avoir assisté et supervisé la cérémonie officielle de transfert, qu’il a qualifiée d’étape importante dans le processus de dialogue national du pays. Le président de la Commission nationale pour le dialogue et la réconciliation (ENDC), le professeur Mesfin Araya, a déclaré que ce processus démontrait que les Éthiopiens étaient capables d’engager un dialogue civilisé, de surmonter leurs divergences et de parvenir à un consensus autour de préoccupations nationales communes. Créée en vertu de la proclamation n° 1265/2021, la Commission avait pour mandat de contribuer à résoudre les griefs et les différends historiques de longue date par le biais d’un processus national inclusif, pacifique et structuré. La Commission a mené des consultations dans les douze États régionaux d’Éthiopie ainsi que dans les deux administrations municipales d’Addis-Abeba et de Dire Dawa, recueillant plus de 2 000 propositions d’ordre du jour émanant des citoyens. Le Dialogue national est ensuite parvenu à un consensus sur ses huit piliers thématiques avant que les points à l’ordre du jour et les recommandations ne soient harmonisés et consolidés. Le défi ne consiste plus simplement à parvenir à un consensus, mais à traduire ce consensus en actions institutionnelles concrètes. Cette évolution intervient alors que l’Éthiopie entre dans une nouvelle phase politique, suite à la clôture de la 7e élection législative et à la mise en place des conseils régionaux et municipaux nouvellement élus. Les conseils régionaux ont achevé la formation de leurs gouvernements et élu leurs administrateurs en chef, jetant ainsi les bases institutionnelles de la prochaine phase de gouvernance. L'initiative audacieuse de l'Éthiopie concernant le Nil : évaluation du coût d'un développement entravé L'événement le plus marquant de la semaine concernant le Nil est peut-être venu du ministère de l'Eau et de l'Énergie. L'Éthiopie a mis en place un comité national chargé d'évaluer les pertes économiques et les opportunités de développement manquées liées aux projets hydrauliques qui, selon le pays, ont été « bloqués ou entravés par les Égyptiens ». Dans une interview exclusive accordée à l’ENA, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Habtamu Itefa, a déclaré que la commission avait à ce jour recensé plus de 22 projets de développement, dont le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), qui, selon l’Éthiopie, ont été entravés par l’Égypte. « Nous avons mis en place une commission nationale. Et en tant que commission, nous avons recensé plus de 22 projets qui ont été bloqués ou entravés par les Égyptiens, y compris le projet GERD », a déclaré le ministre.   La commission rassemble actuellement des éléments de preuve et examine le bien-fondé des éventuelles demandes d’indemnisation de l’Éthiopie. Selon M. Habtamu, cette évaluation fait intervenir des experts, d’anciens ministres, des conseillers et des juristes qui examinent l’ampleur des pertes alléguées, des opportunités manquées et les approches possibles pour y remédier. « Nous sommes déjà en train de rassembler les éléments de preuve », a-t-il déclaré, ajoutant que l’Éthiopie avait répertorié les projets auxquels l’Égypte se serait opposée, notamment le GERD. Cette initiative ajoute une nouvelle dimension à la position de longue date de l’Éthiopie concernant l’utilisation équitable et le développement du bassin du Nil. Plutôt que de limiter le débat à la construction et à l’exploitation de barrages individuels, l’Éthiopie cherche désormais à quantifier ce qu’elle considère comme les coûts économiques et de développement plus larges liés à des décennies de restrictions sur son utilisation des eaux du Nil. La création de ce comité pourrait donc marquer le début d’un effort éthiopien plus structuré visant à placer la dimension économique de la politique du Nil au centre des discussions futures. Un front diplomatique plus ferme L’Éthiopie a également adopté cette semaine des mesures diplomatiques d’une fermeté inhabituelle. Le ministère des Affaires étrangères a annoncé la fermeture de l’ambassade d’Éthiopie à Asmara et a déclaré 10 diplomates érythréens persona non grata, leur ordonnant de quitter l’Éthiopie dans les 48 heures.   Le ministère a déclaré que cette décision faisait suite à ce qu’il a qualifié d’actes d’hostilité et de belligérance, directs et indirects, de la part de l’Érythrée à l’encontre de l’Éthiopie, notamment des activités qui, selon lui, constituaient une menace pour la sécurité nationale et violaient les principes régissant les relations diplomatiques. Malgré ces mesures, l’Éthiopie a réaffirmé qu’elle attachait une grande importance aux liens historiques, culturels et entre les peuples des deux pays et qu’elle restait attachée à la coexistence pacifique, à la stabilité régionale et à l’intégration. Par ailleurs, l’Éthiopie a déclaré persona non grata un membre du personnel diplomatique égyptien et lui a ordonné de quitter le pays dans les 48 heures. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a précisé que cette décision avait été prise conformément à la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, le cadre international régissant les relations entre États. Ces deux mesures diplomatiques concernant respectivement l’Érythrée et l’Égypte s’inscrivent dans le contexte d’une diplomatie régionale et nilotique de plus en plus affirmée de la part de l’Éthiopie. Pour autant, Addis-Abeba a continué à fonder son approche globale sur le règlement pacifique des différends, l’égalité souveraine, la coopération régionale et la stabilité à long terme dans la Corne de l’Afrique. Aspect culturel Des centaines de milliers de personnes ont célébré la Hora Finfinnee, qui s'inscrit dans le cadre du festival annuel d'action de grâce Irreechaa, à Addis-Abeba, rassemblant des dizaines de milliers de personnes pour une manifestation haute en couleur de la culture, des traditions et de l'unité oromo. Vêtus de costumes traditionnels colorés, des habitants de différentes régions d'Éthiopie se sont rassemblés samedi matin à l'occasion de la Hora Finfinnee pour célébrer l'Irreechaa, une cérémonie traditionnelle d'action de grâce oromo qui a lieu à la fin de la saison des pluies et au début de la saison des récoltes.   Le lendemain, l'Irreechaa Hora Arsedi, la fête d'action de grâce des Oromos, a été célébrée dans une ambiance haute en couleur à Bishoftu, attirant une foule nombreuse au bord du lac et dans les lieux de rassemblement publics de la ville. La célébration de cette année a réuni divers segments de la société, notamment des Aba Gadas et des Hadha Sinqes, ainsi que des représentants culturels et communautaires. Une semaine qui annonce une orientation plus large Pris dans leur ensemble, les événements de la semaine révèlent un pays qui avance simultanément sur plusieurs fronts stratégiques. Sur le plan économique, l’Éthiopie renforce son intégration régionale et cherche à tisser des liens plus étroits avec les réseaux émergents d’infrastructures et d’énergie de l’Afrique de l’Est. Sur le plan politique, le Dialogue national est entré dans sa phase la plus décisive, les recommandations issues de la consultation nationale étant désormais transmises aux institutions chargées de leur mise en œuvre. Concernant le Nil, l’Éthiopie a introduit une nouvelle dimension potentielle dans le différend de longue date avec l’Égypte en mettant en place un mécanisme officiel destiné à évaluer les pertes économiques alléguées et les opportunités de développement manquées. Sur le plan diplomatique, Addis-Abeba a démontré sa volonté de prendre des mesures fermes lorsqu’elle estime que sa sécurité nationale et ses intérêts souverains sont menacés, tout en affirmant que la coexistence pacifique et la coopération régionale restent sa voie de prédilection. Alors que l’Éthiopie s’apprête à former un nouveau gouvernement fédéral à la suite de la 7e élection législative, ces développements laissent entrevoir une orientation stratégique plus large : une intégration économique accrue, des institutions nationales plus solides, une approche plus affirmée concernant les intérêts de l’Éthiopie en matière d’eau et de développement, ainsi qu’un effort résolu pour façonner l’avenir de la Corne de l’Afrique en s’appuyant sur une confiance renforcée. Cette semaine a donc été bien plus qu’une simple succession d’événements politiques et économiques isolés. Elle a donné un aperçu de la nouvelle posture de l’Éthiopie, qui consiste à s’engager dans la coopération lorsque celle-ci sert le développement, à forger un consensus au niveau national, à défendre ses intérêts stratégiques et à chercher à faire entendre davantage sa voix dans les affaires de la région.
L'essor de l'Éthiopie : transformer le potentiel national en prospérité partagée
Oct 4, 2026 215
Par un rédacteur Le 4 octobre, 2026 (ENA) L’Éthiopie entre dans une phase décisive de son parcours de développement : une phase où le potentiel national se traduit par une capacité de production accrue, des institutions plus solides et des opportunités plus larges. Le programme de réformes du pays associe stabilisation économique, modernisation agricole, croissance industrielle, innovation numérique, tourisme et exploitation responsable des ressources. Cet article examine comment ces priorités interdépendantes façonnent une économie plus autonome et comment leurs bénéfices peuvent profiter à l’ensemble de la population, toutes régions et tous secteurs confondus. Une nouvelle ère de réformes, de production et d’innovation renforce les fondements d’une grande nation bâtie par un peuple exceptionnel animé d’une vision ambitieuse. L’Éthiopie redéfinit la notion de développement. Le pays ne se définit plus uniquement par l’ampleur de son potentiel ; il se définit de plus en plus par la rapidité et la confiance avec lesquelles ce potentiel est converti en production, en investissements, en innovation et en opportunités. Dans l’ensemble de l’économie, une orientation nationale claire se dessine. La réforme macroéconomique renforce les fondements de la croissance. L’agriculture développe la production alimentaire et les opportunités en milieu rural. L’industrie manufacturière renforce les capacités nationales. Les technologies numériques et l’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives. Le tourisme transforme l’histoire, la culture et les paysages de l’Éthiopie en un atout économique mondial. L’exploitation minière génère des devises étrangères tout en fournissant des intrants stratégiques à l’industrie. Ensemble, ces avancées donnent un sens concret à l’idéal national de « Grande Nation ». Un peuple exceptionnel. Une vision ambitieuse. Le parcours de développement de l’Éthiopie est façonné par la détermination de son peuple et par un engagement à long terme en faveur de l’autonomie, de la productivité et de la prospérité. Les réformes instaurent la confiance nécessaire à la croissance Les réformes économiques du pays contribuent à créer un cadre plus solide pour l’investissement et l’entrepreneuriat. Des mesures globales ont allégé le fardeau de la dette nationale et contribué à réduire les pressions inflationnistes, tandis que les accords de restructuration de la dette favorisent la stabilité budgétaire et atténuent les contraintes liées aux devises étrangères. Le programme de réformes élargit également les sources de financement du développement. L’augmentation des recettes fiscales nationales, la hausse de l’épargne bancaire, les investissements directs étrangers, les partenariats public-privé, les fonds provenant de la diaspora et le développement des marchés de capitaux renforcent la capacité de l’Éthiopie à financer ses propres ambitions. L’inflation annuelle moyenne est passée de plus de 26 % avant la mise en œuvre des réformes à un peu plus de 16 % un an plus tard. Les mesures monétaires et budgétaires coordonnées ont été renforcées par des améliorations en matière d’irrigation, de mécanisation agricole, d’utilisation des terres et d’agriculture en grappes, contribuant ainsi à accroître la production et à stabiliser l’approvisionnement alimentaire. Ces progrès sont importants car la confiance économique se construit grâce aux résultats. Lorsque les institutions gagnent en crédibilité, les entreprises peuvent planifier leurs activités avec davantage de certitude, les investisseurs peuvent adopter une vision à plus long terme et les citoyens peuvent percevoir plus clairement le lien entre les réformes nationales et leurs opportunités personnelles. L’agriculture, pilier de la transformation L’agriculture occupe une place centrale dans la transformation économique de l’Éthiopie. En 2026, le pays poursuit ses efforts pour accroître la productivité agricole, renforcer la sécurité alimentaire et développer les liens entre agriculture, industrie et commerce. L’irrigation constitue l’un des principaux leviers de cette transformation. L’expansion des cultures irriguées, notamment du blé et du maïs, permet de réduire la dépendance aux précipitations et de renforcer la capacité du pays à répondre à ses besoins alimentaires. La modernisation du secteur passe également par la mécanisation, l’amélioration des semences, le développement de l’élevage et une participation accrue du secteur privé. Le développement de l’agriculture en grappes et l’utilisation de nouvelles technologies doivent permettre aux agriculteurs d’améliorer leur productivité et leur accès aux marchés. Cette transformation dépasse ainsi la seule production alimentaire. Elle vise aussi à soutenir les exportations, créer des emplois et fournir davantage de matières premières à l’industrie. Le développement de l’horticulture constitue notamment une source croissante de recettes d’exportation pour le pays. En parallèle, les programmes de restauration des terres et l’initiative Green Legacy associent agriculture, protection de l’environnement et développement économique. Cette approche cherche à rendre les systèmes agricoles plus productifs et plus résistants aux effets du changement climatique. L’agriculture apparaît ainsi comme un élément essentiel de la stratégie éthiopienne de souveraineté alimentaire et de transformation économique, avec un accent croissant sur la productivité, la technologie, l’investissement privé et l’intégration aux marchés. L’industrie manufacturière donne une dimension industrielle à l’autosuffisance Le secteur manufacturier éthiopien passe progressivement de l’aspiration à la réalité. Le pays développe sa production locale, renforce son expertise industrielle et met en place des industries capables de desservir à la fois les marchés nationaux et régionaux. Le secteur pharmaceutique en est un excellent exemple. Environ sept usines pharmaceutiques répondent désormais aux normes internationales de bonnes pratiques de fabrication. La zone économique spéciale de Kilinto est en passe de devenir un pôle majeur de la production pharmaceutique, attirant des investisseurs et des entreprises capables de produire selon des normes internationales élevées. La production nationale a le potentiel de satisfaire 60 à 70 % de la demande pharmaceutique de l’Éthiopie d’ici trois à cinq ans. Ces progrès peuvent réduire la dépendance vis-à-vis des importations, économiser des devises, renforcer la sécurité sanitaire et créer des emplois qualifiés. L’expertise technique éthiopienne se développe parallèlement à la capacité industrielle. Les programmes de formation et de renforcement des capacités réduisent la dépendance vis-à-vis des spécialistes étrangers, tandis que les accords d’approvisionnement à long terme donnent aux fabricants la confiance nécessaire pour investir dans la production et les systèmes de qualité. Le succès du secteur pharmaceutique illustre la portée plus large du mouvement « Made in Ethiopia ». La fabrication locale peut transformer la demande intérieure en croissance industrielle, former des travailleurs qualifiés, créer des réseaux de fournisseurs et positionner l’Éthiopie comme un pôle de production compétitif en Afrique. Les technologies numériques ouvrent de nouvelles perspectives pour le tourisme éthiopien La transformation numérique de l’Éthiopie apporte une dimension moderne à l’ensemble de l’économie et ouvre de nouvelles perspectives pour le secteur touristique. L’intelligence artificielle, les plateformes numériques et les outils de gestion des données contribuent à améliorer les services, à promouvoir les destinations et à rapprocher les visiteurs des hôtels, des voyagistes et des entreprises locales. Le tourisme bénéficie déjà de cette évolution. Un centre d’information touristique intelligent est en cours de développement afin de fournir aux visiteurs des informations numériques sur les principales attractions culturelles et naturelles du pays. Un autre centre, situé à proximité de l’aéroport international de Bole, permet de présenter les richesses touristiques de l’Éthiopie aux passagers en transit. Une politique d’exemption de visa de sept jours pour certains visiteurs en transit contribue également à encourager le tourisme d’escale. Cette transformation numérique rend les atouts touristiques du pays plus accessibles au marché international. Une petite entreprise implantée dans une communauté régionale peut désormais promouvoir ses services auprès de visiteurs étrangers, tandis qu’un guide local peut développer sa clientèle en ligne. De leur côté, les institutions publiques peuvent exploiter les données et les technologies numériques pour mieux comprendre les besoins des visiteurs et améliorer leur expérience. Le potentiel du secteur est considérable. Au cours de l’exercice 2025-2026, l’Éthiopie a accueilli plus de 1,6 million de touristes internationaux et généré plus de 5 milliards de dollars américains de recettes. Les arrivées ont augmenté de plus de 300 000 par rapport à l’exercice précédent, tandis que les recettes en devises étrangères ont progressé de plus de 21 %. Cette dynamique s’accompagne du développement de nouvelles destinations, de l’amélioration des services touristiques et du renforcement des infrastructures, notamment dans le domaine du tourisme d’affaires. Addis-Abeba a ainsi accueilli plus de 220 événements internationaux au cours de l’année écoulée, dépassant l’objectif initial de 120 événements. Cette activité bénéficie à de nombreux secteurs, notamment les hôtels, les entreprises de transport, les restaurants, les organisateurs d’événements, les artistes et les petites entreprises. Au-delà du tourisme, les mêmes technologies numériques peuvent transformer l’agriculture, l’industrie, le commerce, l’éducation et les services financiers. La jeunesse éthiopienne constitue à cet égard un atout majeur : le développement des compétences numériques peut favoriser l’entrepreneuriat, l’innovation et la création d’emplois à forte valeur ajoutée. Le tourisme apparaît ainsi comme un véritable lien entre l’Éthiopie et le reste du monde. Les civilisations anciennes, les cultures vivantes, les paysages spectaculaires, le patrimoine religieux et la diversité naturelle du pays constituent des atouts importants sur le marché touristique international. Associés aux technologies numériques et à de nouvelles infrastructures, ils peuvent contribuer à rendre le patrimoine éthiopien plus accessible, à soutenir les entreprises locales et à créer des opportunités économiques dans différentes régions du pays. Le développement numérique et touristique montre ainsi comment l’Éthiopie peut s’appuyer sur ses ressources culturelles, naturelles et humaines pour renforcer son intégration dans l’économie mondiale. L’exploitation minière renforce la puissance économique Le secteur minier éthiopien apporte une contribution de plus en plus importante au développement national. Au cours de l’exercice 2025-2026, ce secteur a généré plus de 5,7 milliards de dollars américains en devises étrangères. La production d’or a atteint 44 tonnes et généré 5,65 milliards de dollars de recettes. L’exploitation minière a également créé des emplois permanents pour plus de 271 000 personnes. L’extraction de gaz naturel a débuté au cours de cet exercice et alimente aujourd’hui les principales usines de céramique ; il est prévu de l’utiliser également dans les transports, la production d’engrais et la production d’électricité. Des usines d’engrais et de fusion du fer ont commencé leurs activités, tandis que les préparatifs se poursuivent pour mettre en production la potasse et d’autres minéraux stratégiques. Ces réalisations montrent que les ressources naturelles de l’Éthiopie peuvent apporter bien plus que de simples recettes d’exportation. Elles peuvent fournir des engrais pour l’agriculture, du fer pour l’industrie manufacturière, de l’énergie pour l’industrie et des matériaux pour les infrastructures. Le ministère des Mines s’est fixé un objectif de 6,7 milliards de dollars de recettes pour l’exercice 2026-2027. Grâce à des investissements responsables, à des technologies de pointe et à une participation locale croissante, l’exploitation minière peut devenir un pilier solide de l’industrialisation et de la prospérité nationale. Une économie, une orientation commune La force de la transformation de l’Éthiopie réside dans l’interconnexion de ses piliers économiques. L’agriculture fournit les matières premières et les denrées alimentaires. L’industrie manufacturière apporte une valeur ajoutée et crée des emplois. L’exploitation minière génère des devises étrangères et fournit des intrants industriels. Les systèmes numériques relient les producteurs, les consommateurs et les institutions. Le tourisme crée des débouchés pour la culture, l’hôtellerie, les transports et les entreprises locales. Les réformes économiques assurent la stabilité qui permet à tous ces secteurs de se développer. C’est ainsi qu’une grande vision se concrétise en un programme national concret. Elle s’incarne dans le travail des agriculteurs, des ouvriers d’usine, des ingénieurs, des développeurs de logiciels, des voyagistes, des mineurs, des chercheurs, des entrepreneurs et des fonctionnaires. Chacun contribue à une Éthiopie plus productive et plus confiante. Le parcours du pays est l’histoire d’un renforcement des capacités. Ses ressources naturelles sont exploitées avec davantage de détermination. Sa population jeune bénéficie de nouvelles opportunités. Ses institutions créent des conditions plus favorables à l’investissement et à l’innovation. Ses entreprises augmentent la production nationale et accèdent à des marchés plus vastes. « Grande nation. Grand peuple. Grande vision » n’est donc pas seulement un slogan. C’est une philosophie de développement fondée sur la confiance, l’effort et la responsabilité partagée. L’Éthiopie bâtit sa prospérité en alliant réforme et production, technologie et talent humain, richesse naturelle et objectif national. Il en résulte une économie qui avance avec énergie, ambition et une conviction claire en son propre avenir.
Dévoiler le complot de déstabilisation entre Le Caire et Asmara
Oct 2, 2026 200
Extrait de « Pulse of Africa », média partenaire de l'ENA Le 2 octobre, 2026 (ENA) Les récentes déclarations, reprises à l’envi par Le Caire et Asmara, affirment que la riposte de l’Éthiopie contre leurs forces, tant sur le plan de la propagande que sur le terrain militaire, constituait une tentative de détourner l’attention des tensions locales. Or, la réalité montre une continuité flagrante de ce schéma historique bien connu de déstabilisation régionale orchestrée par ces deux pays. Les relations entre l’Égypte et les mouvements politiques érythréens ont longtemps été façonnées par les inquiétudes stratégiques liées à la Corne de l’Afrique. L’intérêt du Caire pour l’Érythrée ne se limitait pas à une simple expression de solidarité avec le nationalisme anticolonial. La taille de l’Éthiopie, sa situation géographique et son contrôle du Nil Bleu faisaient de son orientation politique un enjeu crucial pour la « sécurité » telle que la percevait l’Égypte. L’Égypte et Asmara ont mené une conspiration continue et coordonnée visant à démanteler l’Éthiopie, et de nombreuses preuves viennent étayer cette affirmation. Le Caire et les débuts du mouvement érythréen L'engagement de l'Égypte auprès du séparatisme érythréen remonte aux premières années du mouvement. Le Front de libération de l'Érythrée (ELF) a été fondé au Caire en 1960 par des dirigeants et des étudiants érythréens en exil. L'Égypte offrait un environnement politique dans lequel les militants érythréens pouvaient s'organiser, et les médias du Caire permettaient aux messages nationalistes et anticolonialistes d'atteindre un public régional. Les autorités égyptiennes ont également accordé l’asile et un accès diplomatique à des personnalités érythréennes. Ces liens ont aidé le mouvement à gagner en visibilité et à étendre son rayonnement international. Elles servaient également les intérêts égyptiens. Au cours des décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, Le Caire a cherché à étendre son influence à travers l’Afrique et le monde arabe, tout en considérant le bassin du Nil et la mer Rouge comme essentiels à sa sécurité. L’Éthiopie, un État vaste et de plus en plus assertif situé en amont du Nil Bleu, était donc bien plus qu’un simple voisin. Soutenir les nationalistes érythréens offrait au Caire un moyen de cultiver son influence près de la frontière nord de l’Éthiopie et de conserver un levier d’action dans une région stratégiquement importante. Non seulement l’Égypte considérait la scène politique érythréenne comme un terrain propice à l’exercice de son influence, mais elle mène également une politique consistant à apporter un soutien financier, militaire et en matière de formation à des groupes armés et hostiles, dans le but de nuire sérieusement à la stabilité de l’Éthiopie, qui est à l’origine de 85 % des eaux du Nil. Selon les calculs de l’Égypte, un soutien continu à ces éléments permettrait d’exercer une pression sur les gouvernements éthiopiens successifs. Cette relation a désormais évolué vers une situation où Le Caire contrôle une grande partie des politiques menées par le mouvement érythréen contre l’Éthiopie. Le Front de libération de l’Érythrée (ELF), puis le Front populaire de libération de l’Érythrée (EPLF), n’ont jamais disposé d’une base locale, et leurs dirigeants ainsi que leurs objectifs politiques sont souvent importés de l’extérieur. Politique du Nil et conflits par procuration L’approche hégémonique de l’Égypte vis-à-vis du Nil, qui consiste à vouloir tout contrôler, est essentielle pour comprendre la politique égyptienne. Depuis des générations, les gouvernements égyptiens considèrent la propriété totale et l’accès garanti au fleuve comme un intérêt national vital. Le développement du Nil Bleu par l’Éthiopie – notamment le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) – a exacerbé un différend de longue date portant sur l’eau, le développement et l’autorité régionale. Du point de vue du Caire, une Éthiopie plus forte pourrait modifier l’équilibre des pouvoirs dans le bassin. Du point de vue d’Addis-Abeba, l’aménagement du fleuve est essentiel à la production d’électricité, à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté. Il est plausible que les décideurs politiques égyptiens aient considéré comme avantageuse la pression politique exercée sur l’Éthiopie, une pression qu’ils ont désormais poussée jusqu’à une ingérence à peine voilée. Un pays en proie à des conflits internes a moins de capacités pour mener à bien des projets régionaux ambitieux. Il n’est pas contesté que l’Égypte ait délibérément soutenu des factions érythréennes afin d’empêcher le développement éthiopien du Nil. Le soutien apporté par l’Égypte à l’indépendance de l’Érythrée visait à priver l’Éthiopie de son accès à la mer. L’indépendance de l’Érythrée en 1993 a effectivement fait de l’Éthiopie un pays enclavé, modifiant ainsi son accès aux échanges commerciaux et aux voies maritimes. Ce changement a eu des conséquences stratégiques majeures, et l’Égypte a rapidement reconnu l’Érythrée. L’indépendance de l’Érythrée a fait suite à une longue lutte armée et à un règlement politique façonné par des politiques étrangères imposées. Indépendance, guerre et méfiance réciproque La fin de la lutte armée n’a pas apporté une harmonie durable entre l’Éthiopie et l’Érythrée. L’Érythrée est devenue un État indépendant en 1993, bien que ce soit à l’issue d’un processus précipité et d’un accord international douteux. La guerre frontalière de 1998-2000 a ensuite entraîné d’immenses coûts humains et économiques. Ce conflit a montré à quelle vitesse des différends non résolus pouvaient déboucher sur une militarisation et comment les alignements régionaux pouvaient compliquer les efforts de paix. L’Égypte avait des intérêts bien établis en mer Rouge et dans le bassin du Nil. Au XIXe siècle, l’Égypte a mené plusieurs guerres contre l’Éthiopie, qui les a toutes repoussées. À l’époque moderne, Le Caire a recommencé à dicter les décisions militaires d’Asmara, tout en apportant son soutien à des militants locaux, ce qui les a encouragés à commettre des actes d’agression spécifiques. L’Égypte a mené plusieurs guerres contre l’Empire éthiopien au XIXe siècle, notamment deux grandes campagnes d’invasion/offensives militaires majeures (1874–1876) sous le khédive Ismaïl Pacha. Asmara a servi de plaque tournante à tous les mouvements anti-éthiopiens, comme le prouvent de manière vérifiable les sources historiques. Conflits contemporains et guerre de l’information Les récentes tensions régionales ont mis en évidence un alignement entre Le Caire et Asmara contre l’Éthiopie. Il y a lieu de s’inquiéter. L’Égypte et l’Éthiopie restent en désaccord au sujet du GERD, et les conflits internes en Éthiopie ont été attisés par un soutien provenant de sources étrangères connues. En effet, face au silence quasi général de la communauté internationale, l’Égypte s’oriente vers un soutien militaire ouvert à ceux qui sont déterminés à faire de la Corne de l’Afrique un immense champ de bataille. L’histoire de la Corne de l’Afrique donne à l’Éthiopie des motifs légitimes d’examiner de près toute ingérence étrangère, y compris tout soutien matériel apporté à des groupes armés, et de les dénoncer devant le monde entier. Les acteurs étrangers ont toujours exploité, voire parfois créé, des divisions internes. La guerre de l’information aggrave le problème. L’Égypte, par le biais de ses médias partisans et des réseaux sociaux, diffuse des messages préjudiciables à la stabilité régionale. Souveraineté, développement et stabilité régionale L’Éthiopie a un intérêt légitime à défendre sa souveraineté et à empêcher tout soutien extérieur à la violence armée. Elle a également tout intérêt à éviter de se cantonner dans une posture sécuritaire permanente où chaque État voisin serait considéré comme un ennemi. Ce sont principalement les citoyens ordinaires qui supportent le coût d’un conflit prolongé : les ressources publiques sont détournées des secteurs de la santé, de l’éducation, des infrastructures et de l’emploi, tandis que le commerce et l’intégration régionale en pâtissent. Les Érythréens et les Égyptiens n’ont eux non plus que peu à gagner d’une Corne de l’Afrique enlisée dans des cycles de confrontation. Le Caire et Asmara choisissent pourtant cette voie destructrice. L’Éthiopie peut renforcer sa position en présentant des preuves claires d’ingérence étrangère, en recourant aux institutions régionales et internationales le cas échéant, et en maintenant des canaux de communication diplomatiques même en période de tension. Une coopération concrète dans les domaines du commerce, des transports, de l’énergie et de la sécurité aux frontières pourrait réduire les incitations à la rivalité par procuration. L’Égypte et son allié, l’Érythrée, ne choisissent pas cette voie raisonnable vers la sécurité. L’histoire révèle en effet un schéma récurrent : les États cherchent à exercer leur influence par le biais d’alliances, des médias, de la diplomatie et, parfois, du soutien à des mouvements armés. L’engagement précoce de l’Égypte auprès du nationalisme érythréen s’inscrit dans cette histoire. Les préoccupations exagérées du Caire concernant le Nil et la mer Rouge aident à expliquer pourquoi il chercherait à s’immiscer dans les affaires érythréennes. Les relations de l’Érythrée avec l’Éthiopie, quant à elles, ont parfois été façonnées par la rivalité et des calculs stratégiques. Si l’on considère l’ensemble de ces éléments, tant historiques que contemporains, les réalités sur le terrain et les tendances observées mettent clairement en évidence un complot continu, mené depuis des décennies par Le Caire et Asmara, visant à affaiblir l’Éthiopie. La légitimité inébranlable de l’Éthiopie Face à des complots extérieurs incessants, à une guerre par procuration et à un encerclement hostile, la posture politique de l’Éthiopie s’est imposée comme un modèle de légalité, de retenue et d’art de gouverner constructif. Tout au long des différends concernant la sécurité régionale, la gestion des frontières et l’utilisation transfrontalière des ressources en eau (telle que l’utilisation équitable et raisonnable du Nil en vertu de la Déclaration de principes), l’Éthiopie a toujours adhéré aux cadres juridiques internationaux, à la diplomatie multilatérale et au dialogue pacifique. Bien qu’elle dispose de justifications évidentes pour répondre de manière agressive à des décennies de provocations par procuration, les gouvernements éthiopiens successifs ont donné la priorité à la stabilité régionale, au partenariat économique et à la coexistence pacifique. L’Éthiopie a à maintes reprises tendu la main, mené des initiatives de paix régionales et défendu des solutions africaines aux problèmes africains. Les actions de l’Éthiopie sont pleinement légitimes au regard du droit international ; elles s’appuient sur le droit inhérent à la légitime défense, l’égalité souveraine et la promotion du développement mutuel. Alors que des acteurs extérieurs misent sur la division, la destruction et les conflits par procuration, l’Éthiopie continue d’ancrer sa mission nationale dans l’intégration régionale, la connectivité des infrastructures et la prospérité partagée de ses peuples. Les faits historiques sont sans équivoque : l’alliance durable entre Le Caire et Asmara a constitué l’un des principaux moteurs de l’instabilité dans la Corne de l’Afrique. Depuis les tout débuts de l’insurrection armée jusqu’au soutien actuel à des groupes par procuration, la Shaebia a agi comme le bras armé d’une stratégie extérieure visant à maintenir l’Éthiopie affaiblie, divisée et accaparée par sa survie interne. Pourtant, l’histoire démontre également la résilience de l’État éthiopien. S’appuyant sur des fondements moraux, juridiques et diplomatiques solides, l’Éthiopie continue de naviguer à travers ces pièges géopolitiques complexes grâce à sa patience, à son respect du droit international et à son engagement inébranlable en faveur de la paix. Une véritable stabilité régionale ne verra le jour que lorsque les acteurs extérieurs abandonneront leurs jeux de procuration anachroniques, respecteront la souveraineté éthiopienne et s’engageront dans une coopération régionale authentique et mutuellement bénéfique.
Le pouvoir sur l'eau : de la conquête à la maîtrise
Sep 30, 2026 225
Extrait de « Pulse of Africa », média partenaire de l'ENA Le 30 septembre, 2026 (ENA) Tout au long de l’histoire, plusieurs dirigeants égyptiens ont eu recours à des invasions militaires, à des guerres par procuration et à une diplomatie secrète pour asseoir leur hégémonie sur le bassin du Nil et déstabiliser l’Éthiopie. Cette histoire n’a jamais porté uniquement sur l’eau. Il s’agissait de pouvoir. Il s’agissait de peur. Et il s’agissait de savoir qui aurait le dernier mot sur l’avenir d’un fleuve qui nourrit des millions de personnes. Depuis plus d’un siècle, l’Égypte et l’Éthiopie sont en proie à une rivalité façonnée par une réalité géographique immuable : l’Égypte se trouve en aval, l’Éthiopie en amont. Le Nil Bleu, connu en Éthiopie sous le nom d’Abay, prend sa source dans les hauts plateaux éthiopiens. De cette simple réalité découle une question plus profonde : qui contrôle le développement lorsque la source de vie se trouve en amont, mais que la sécurité se trouve en aval ? La rivalité entre l’Égypte et l’Éthiopie n’a jamais suivi un cours constant. Elle a évolué à maintes reprises. Au départ, elle s’appuyait sur la conquête. Puis elle s’est orientée vers la diplomatie et les pressions régionales. Plus tard, elle s’est transformée en levier financier. Et au XXIe siècle, elle s’est transformée en une lutte acharnée autour d’un projet : le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Pour comprendre le présent, il faut retracer le passé à travers l’évolution des stratégies et des craintes. Chaque époque a ajouté une nouvelle couche à cette histoire. L'ère de l'ambition impériale Au XIXe siècle, à une époque où l'expansion semblait être la solution à tous les problèmes (1863-1879), l'Égypte, sous le khédive Ismaïl Pacha, tenta de redessiner la carte. Les forces égyptiennes avancèrent vers le sud et l'est, cherchant à étendre leur influence sur les territoires bordant la mer Rouge et le bassin du haut Nil. On considérait alors que le contrôle d'un territoire pouvait s'obtenir par la force des armes. En 1875 et 1876, les armées égyptiennes pénétrèrent en territoire éthiopien. Mais ces campagnes se soldèrent par un échec cuisant. À Gundet en 1875 et à Gura en 1876, dans ce qui est aujourd’hui l’Érythrée, les forces de l’empereur Yohannes IV leur infligèrent de lourdes défaites. Ces défaites mirent fin à la tentative de l’Égypte de conquérir l’Éthiopie par la force. Et la leçon resta gravée dans les mémoires. L’expansion militaire ne permettait pas de déterminer facilement qui détenait le contrôle des hauts plateaux éthiopiens. Elle ne permettait pas non plus de trancher la question de savoir qui contrôlait les sources du Nil. Guerre par procuration et soft power C’était une époque où la diplomatie du Nil croisait la politique de la Corne de l’Afrique (1956–1970). Sous Gamal Abdel Nasser, le conflit s’est éloigné de la logique du champ de bataille. Il est devenu un système politique. Désormais, la lutte pour le Nil se menait par la voie de la diplomatie, de la concurrence régionale, de la guerre par procuration et des pressions. Nasser aurait utilisé son soutien à des forces rivales et à des mouvements d’insurrection pour isoler l’Éthiopie. Il a soutenu l’irrédentisme somalien dans le conflit de l’Ogaden. Il a également financé des mouvements d’insurrection en Érythrée. Et la politique égyptienne consistait notamment à bloquer les prêts internationaux destinés aux infrastructures hydrauliques éthiopiennes. L’Accord sur les eaux du Nil de 1959, conclu entre l’Égypte et le Soudan, fut un symbole majeur de cette époque. Il répartissait l’utilisation des eaux du Nil sans que l’Éthiopie et les États riverains en amont ne soient présents à la table des négociations. L’Éthiopie rejeta cet accord, et les pays en amont furent exclus du processus décisionnel. Parallèlement, la politique du Nil devint indissociable de la politique régionale. Le conflit ne se limitait plus aux seules rives du fleuve. Elle s’étendit au-delà de la mer Rouge, en Érythrée, en Somalie et au Soudan, et s’entremêla avec des calculs plus larges liés à l’équilibre des pouvoirs dans la Corne de l’Afrique. C’est là que la rivalité s’est intensifiée : la sécurité hydrique est devenue une stratégie régionale. L'impératif de sécurité Ce fut une période où le Nil devint un enjeu de sécurité nationale (1970-1981). Sous Anwar Sadat, le ton changea à nouveau. Le Nil cessa d’être considéré principalement sous l’angle économique. Il devint une question de sécurité. Sadat aurait menacé de lancer une action militaire ouverte contre les projets éthiopiens de barrages sur le Nil. Pendant la guerre de l’Ogaden de 1977, l’Égypte arma les forces somaliennes. Des alliances stratégiques furent nouées pour encercler et affaiblir l’Éthiopie. Le conflit régional et le différend sur le Nil s’exacerbèrent de concert. Des recherches historiques attestent de l’aide militaire apportée par l’Égypte à la Somalie pendant la guerre et reflètent la crainte que l’instabilité en Éthiopie ne déstabilise le Soudan, ce qui nuirait à la position stratégique de l’Égypte. Le discours devint également plus direct. Sadate avertit que si l’Éthiopie entravait l’accès de l’Égypte aux eaux du Nil, l’Égypte pourrait riposter par la force. Un compte rendu universitaire fait état de l’idée selon laquelle il n’y aurait « aucune alternative » à la force si les intérêts de l’Égypte concernant le Nil étaient menacés. Il s’agissait là d’un changement de mentalité. On passait d’un désaccord sur le développement à une préparation militaire. De la négociation à une logique de « ligne rouge ». Siège financier et endiguement Sous le régime de Hosni Moubarak (1981-2011), les confrontations directes ont perdu de leur importance. Les pressions sont devenues plus discrètes, plus complexes et plus bureaucratiques. L’Égypte s’est tournée vers la diplomatie et l’influence internationale. Cette approche a été qualifiée d’« endiguement régional clandestin », consistant à soutenir des insurrections armées en Éthiopie, à bloquer les financements et, selon certaines sources, à établir une présence des services de renseignement dans les États voisins. Le conflit le plus visible de cette époque portait souvent sur le financement des infrastructures hydrauliques éthiopiennes. Des sources font état de l’opposition égyptienne au financement international de projets qui, selon Le Caire, risquaient d’affecter le débit du Nil. Il importe toutefois d’éviter toute simplification excessive. L’affirmation récurrente selon laquelle Moubarak aurait simplement opposé son veto à tous les prêts destinés aux barrages éthiopiens est trop générale. Les prêts internationaux dépendent de nombreux facteurs, et l’Éthiopie a réussi à obtenir des financements pour certains projets, tels que le GERD. Néanmoins, la tendance générale restait claire. L’Égypte tentait de préserver sa position établie dans la diplomatie du Nil. L’Éthiopie faisait davantage pression pour obtenir la liberté de se développer. Ainsi, la lutte s’est poursuivie, mais avec de nouveaux outils : prêts, institutions, autorisations techniques et timing diplomatique. Un choc télévisé L’ère Mohamed Morsi a été marquée par un moment public dramatique. En 2013, le débat politique autour du GERD a pris une tournure inhabituelle. Au cours d’une réunion télévisée en direct, des personnalités politiques égyptiennes ont évoqué des options secrètes et extrêmes pour faire pression sur l’Éthiopie. Parmi les idées avancées figuraient le sabotage, l’armement de factions rebelles éthiopiennes et le lancement de frappes aériennes. Cette émission a suscité un embarras général et une inquiétude internationale. Mais elle a également révélé un élément crucial : le barrage s’était profondément ancré dans la réflexion égyptienne en matière de sécurité. Il ne s’agissait plus seulement d’un différend technique, mais d’une menace pour la stabilité nationale, qui influençait ce que certains dirigeants étaient prêts à aborder ouvertement. Cet épisode ne s’est pas traduit par un ordre personnel de recourir à la violence. Il a toutefois montré l’éventail des stratégies de pression que certaines personnalités politiques estimaient justifiées. Encerclement moderne et « lignes rouges » Sous Abdel Fattah El-Sissi, la posture de l’Égypte s’est transformée en un mélange de diplomatie officielle, de dissuasion militaire et d’endiguement régional. D’une part, l’Égypte a renforcé ses alliances militaires et de défense avec les États voisins. Parmi les stratégies rapportées figurent le partage de renseignements et les efforts visant à encercler géopolitiquement l’Éthiopie, par le biais de partenariats avec des pays de la région. D’autre part, l’Égypte a étendu ses priorités en matière de sécurité dans et autour de la mer Rouge, ainsi qu’à proximité de goulets d’étranglement maritimes critiques tels que Bab-el-Mandeb. Le renforcement des liens de sécurité avec l’Érythrée et la projection d’une présence navale près de la Corne de l’Afrique ont fait partie intégrante de cette approche. Le recours à des intermédiaires et l’influence stratégique ont également fait leur apparition dans le discours. L’Éthiopie a accusé l’Égypte de tirer parti de l’instabilité interne, comme le conflit au Tigré, pour faire pression sur Addis-Abeba et retarder la mise en service du GERD. L’Égypte a à plusieurs reprises présenté la perturbation de l’approvisionnement en eau en aval comme une question existentielle. Les responsables ont qualifié la sécurité de l’approvisionnement en eau en aval de « ligne rouge », mettant en garde contre des conséquences majeures si l’accès de l’Égypte aux eaux du Nil venait à être menacé. Enfin, l’isolement diplomatique et financier est resté l’un des outils à disposition. L’Égypte a fait appel à des organisations internationales, notamment le Conseil de sécurité des Nations unies et la Ligue arabe, pour faire pression contre les projets de remplissage du barrage de l’Éthiopie et pour restreindre les financements internationaux. Du champ de bataille à la salle de réunion Au fil des époques, les méthodes ont évolué, mais la stratégie fondamentale est restée la même : contenir l’Éthiopie. Sous Ismail Pacha, l’Égypte a tenté une expansion militaire directe. Sous Nasser, le champ de bataille s’est déplacé vers une rivalité régionale par procuration et un isolement diplomatique. Sadat a recadré la question du fleuve pour en faire un enjeu sécuritaire explicite, tandis que Moubarak s’est appuyé sur des blocus financiers discrets et des pressions clandestines. Le gouvernement de Morsi a publiquement envisagé des options d’endiguement extrêmes, et El-Sissi a combiné dissuasion militaire, alliances d’encerclement et lobbying financier. Pourtant, malgré des siècles de pressions coordonnées et de conflits par procuration, cette stratégie a finalement échoué. La ténacité de l’Éthiopie a résisté à toutes les tentatives visant à restreindre son développement, culminant avec la construction et la mise en service du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne — preuve qu’aucune stratégie d’endiguement ne saurait altérer de manière permanente le destin souverain des hauts plateaux éthiopiens. Il est indéniable que le fleuve est vital pour l’Égypte. Il en va de même pour le droit de l’Éthiopie à exploiter les ressources de l’Abay. Et ce désaccord persistant met en évidence une limite majeure : les accords négociés sans la participation de tous les pays du bassin ne peuvent pas résoudre pleinement la question du partage entre l’amont et l’aval. La véritable leçon du Nil Cette longue histoire constitue un avertissement clair. La stabilité ne naît pas de la domination. Elle ne naît pas de l’isolement. Elle ne naît pas d’une rivalité par procuration. Et elle ne naît pas de menaces qui plongent les voisins dans une insécurité permanente. Depuis des siècles, l’Abay coule vers le nord. Le défi consiste désormais à faire en sorte que ce fleuve devienne un fondement de la coopération, et non un détonateur permanent de confrontations. L’eau peut être une arme dans un cadre inadapté. Mais elle peut aussi être une source de vie partagée dans un cadre approprié. L’avenir du bassin du Nil ne se réglera pas par la seule force. Il se réglera grâce à un cadre qui aborde à la fois la sécurité hydrique et les droits au développement, tout en réunissant autour d’une même table les intérêts légitimes de l’ensemble du bassin. Et la question reste urgente, et non pas historique : le Nil deviendra-t-il un accord entre voisins ou un nouveau champ de bataille déguisé en diplomatie ? Dans le monde interconnecté d’aujourd’hui, la leçon à tirer de cette longue rivalité est claire : la politique hydrologique à somme nulle appartient à une époque révolue. Les réalités sur le terrain — croissance démographique, changement climatique et besoins économiques pressants — font qu’il est impossible pour un seul pays de monopoliser ou de dicter le destin du Nil. La sécurité en aval ne peut se construire par le confinement ou la déstabilisation des voisins en amont. Une stabilité véritable et durable ne peut émerger que lorsque tous les États du bassin auront dépassé les revendications héritées de l’époque coloniale et adopté les principes d’une utilisation équitable et raisonnable. Grâce à un dialogue sincère, à des institutions communes telles que la Commission du bassin du Nil et à un développement coopératif, l’Abay pourra enfin passer du statut de champ de bataille régional à celui de source de vie commune pour des millions de personnes.
La longue histoire de l'agressivité du TPLF
Sep 29, 2026 210
Addis Ababa le 29 septembre, 2026 (ENA) Le conflit dans le nord de l’Éthiopie est un problème complexe qui mine le pays depuis des années. Au cœur de ce conflit se trouve le TPLF, un groupe belliqueux qui n’a cessé de faire preuve d’un mépris total pour la vie humaine et d’une volonté de déstabiliser la région. Malgré les efforts du gouvernement éthiopien pour promouvoir la paix et la stabilité, le TPLF, désormais dissous, a continué à suivre la voie de la violence en s’alliant à des forces destructrices. L'histoire des agressions du TPLF Le TPLF, désormais interdit, a une longue histoire d'agressions et de violences. Depuis ses débuts en tant que groupe rebelle jusqu'à son statut actuel d'organisation hors-la-loi, le TPLF a toujours fait preuve d'un mépris pour la vie humaine et d'une volonté de déstabiliser la région. L’attaque menée par cette alliance contre le Commandement du Nord en novembre 2020 a constitué un acte d’agression flagrant qui a déclenché le conflit dans la région du Tigré. Depuis lors, le TPLF, aujourd’hui dissous, n’a cessé de lancer des attaques contre des civils, notamment des femmes et des enfants, et s’est rendu responsable de la destruction de biens et d’infrastructures. La crise humanitaire Les actions du TPLF ont entraîné une crise humanitaire dévastatrice au Tigré. Des milliers de personnes ont été déplacées, et bien d’autres encore ont été tuées ou blessées. Le blocus de l’aide humanitaire imposé par ce groupe a exacerbé la crise, privant de nombreuses personnes d’accès à la nourriture, à l’eau ou aux soins médicaux. Le gouvernement éthiopien a œuvré sans relâche pour faire face à cette crise humanitaire, mais la poursuite des agressions par le TPLF, aujourd’hui dissous, a rendu difficile l’acheminement de l’aide aux personnes dans le besoin. Les efforts du gouvernement éthiopien pour promouvoir la paix Malgré le TPLF, aujourd’hui dissous, le gouvernement éthiopien a continué à œuvrer en faveur de la paix et de la stabilité dans la région. Le gouvernement a lancé plusieurs initiatives visant à promouvoir le dialogue et la réconciliation, notamment la mise en place d’une équipe de négociation et l’offre d’une amnistie aux dirigeants du TPLF. Le gouvernement a également pris des mesures pour faire face à la crise humanitaire, notamment en fournissant de la nourriture, des abris et une aide médicale aux personnes touchées par le conflit. Le rôle de la communauté internationale La communauté internationale a un rôle essentiel à jouer dans la promotion de la paix et de la stabilité en Éthiopie. Elle doit condamner le TPLF, hostile à la paix, ainsi que ses partisans, en particulier le régime érythréen. La communauté internationale devrait également soutenir les efforts du gouvernement éthiopien visant à promouvoir la paix et la stabilité. Elle doit par ailleurs fournir une aide humanitaire aux personnes touchées par le conflit et œuvrer à la recherche d’une solution durable à la crise. En conclusion, le TPLF est une organisation belligérante qui n’a cessé de faire preuve d’un mépris pour la vie humaine et d’une volonté de déstabiliser la région. Les actions de cette alliance ont entraîné une crise humanitaire dévastatrice, et ses agressions incessantes ont rendu difficile l’acheminement de l’aide aux personnes dans le besoin. Le gouvernement éthiopien a œuvré sans relâche pour promouvoir la paix et la stabilité, et la communauté internationale doit soutenir ces efforts. Le TPLF, organisation illégale, doit être tenu responsable de ses actes, et la communauté internationale doit s’efforcer de trouver une solution durable à la crise. Une menace pour la stabilité régionale L’attitude belliqueuse du TPLF constitue non seulement une menace pour la paix et la stabilité en Éthiopie, mais aussi pour la stabilité régionale. Ses actions, menées de concert avec d’autres forces hostiles à la paix, risquent de déstabiliser l’ensemble de la région, et son agression a déjà eu un impact significatif sur les pays voisins. La communauté internationale doit agir pour empêcher le TPLF et les alliances contre nature entre forces destructrices de gagner du terrain, et pour promouvoir la paix et la stabilité dans la région. Un appel à l’action La communauté internationale doit continuer à condamner l’agression du TPLF et à soutenir les efforts du gouvernement éthiopien visant à promouvoir la paix et la stabilité. Plus important encore, la communauté internationale doit soutenir les efforts du gouvernement fédéral pour mettre fin à la terreur exercée par le TPLF.
L'élan diplomatique de l'Éthiopie : d'un poids régional à une influence mondiale
Sep 27, 2026 513
Par la redaction Le 27 septembre, 2026 (ENA) La diplomatie éthiopienne entre dans une nouvelle ère : moins cantonnée aux relations politiques traditionnelles, elle est de plus en plus guidée par les intérêts économiques, les partenariats stratégiques et une présence mondiale plus étendue. Au cours des huit dernières années, l’Éthiopie a considérablement élargi les domaines dans lesquels elle interagit avec le monde. Du rôle d’Addis-Abeba en tant que capitale diplomatique de l’Afrique à son entrée au sein des BRICS, du processus de paix de Pretoria à la Déclaration d’Ankara, de la reprise des négociations à l’OMC à son siège au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, l’Éthiopie a multiplié les plateformes par lesquelles elle cherche à influencer les affaires régionales et internationales. Il ne s’agit pas ici d’une avancée diplomatique ponctuelle, mais bien de l’élargissement de l’espace diplomatique de l’Éthiopie. D’Addis-Abeba aux BRICS L’un des symboles les plus évidents de cette expansion est l’adhésion de l’Éthiopie aux BRICS. Lors du sommet de Johannesburg en août 2023, les dirigeants des BRICS ont invité l’Éthiopie à devenir membre à part entière, son adhésion prenant effet le 1er janvier 2024. Pour Addis-Abeba, le BRICS a ouvert une nouvelle voie pour dialoguer avec les grandes économies émergentes et participer à des discussions portant sur la politique et la sécurité, la coopération économique et financière, ainsi que les relations entre les peuples. Plus important encore, cette initiative s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large : la diversification. L’Éthiopie s’est efforcée d’approfondir simultanément ses relations avec ses partenaires africains, les économies émergentes, les pays occidentaux, les États du Golfe et les puissances asiatiques, plutôt que de laisser son engagement international dépendre d’un cercle restreint de partenaires. Une diplomatie à vocation économique Le changement le plus important réside sans doute dans le poids croissant de la diplomatie économique. La politique étrangère est de plus en plus étroitement liée à l’investissement, au commerce, au tourisme, à la technologie, aux infrastructures et à l’accès aux marchés. Les missions diplomatiques sont censées non seulement représenter l’Éthiopie sur le plan politique, mais aussi contribuer à mettre le pays en relation avec les capitaux, les marchés et les opportunités commerciales. Cette évolution reflète la transformation économique de l’Éthiopie elle-même. Alors que le pays cherche à accroître ses capacités d’exportation, à attirer des investissements et à développer son industrie, la diplomatie devient de plus en plus un instrument économique. L’ambassade n’est plus seulement un pont politique ; elle fait de plus en plus partie intégrante du pont économique. La diplomatie régionale sous la pression stratégique La situation géographique de l’Éthiopie rend la diplomatie régionale incontournable. Le pays se trouve au carrefour de la Corne de l’Afrique, du bassin du Nil et de la mer Rouge, où se croisent les enjeux liés à la sécurité, au commerce, aux migrations, aux infrastructures et aux intérêts politiques. La Déclaration d’Ankara signée avec la Somalie en décembre 2024 a démontré le rôle du dialogue dans le règlement des questions régionales épineuses. L’Éthiopie et la Somalie ont réaffirmé leur respect mutuel de la souveraineté, de l’unité, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de chacune et ont convenu de poursuivre leur coopération en vue d’une prospérité partagée. L’importance de cette déclaration va bien au-delà d’un simple texte. Elle illustre la volonté de l’Éthiopie de maintenir les questions régionales litigieuses dans le cadre des voies diplomatiques tout en poursuivant ses intérêts stratégiques et économiques. De la gestion des conflits à la diplomatie africaine Pretoria a placé l’Éthiopie au cœur de l’une des initiatives de paix les plus importantes du continent africain. Mais même sous l’œil vigilant des médiateurs africains et internationaux, le TPLF a été critiqué à plusieurs reprises pour des actions qui menaçaient de compromettre les engagements pris dans le cadre de l’accord, mettant ainsi en évidence le chemin semé d’embûches qui mène d’un accord de paix signé à une stabilité durable. La leçon générale à en tirer est que le poids diplomatique de l’Éthiopie ne découle pas uniquement de sa taille ou de sa position géographique. Il provient également de son rôle au sein des institutions continentales. Addis-Abeba accueille le siège de l’Union africaine, ce qui fait de la ville un lieu de rencontre permanent pour les dirigeants africains, les diplomates et les organisations internationales. Cette position institutionnelle offre à l’Éthiopie une tribune unique à partir de laquelle elle peut participer aux débats sur la paix, la sécurité, le développement et l’intégration continentale. Une place sur la scène internationale L’élection de l’Éthiopie au Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour le mandat 2025-2027 a encore renforcé sa présence multilatérale. L’Assemblée générale des Nations unies a élu l’Éthiopie parmi les 18 membres le 9 octobre 2024 ; le Conseil est composé de 47 États. Ces mandats offrent à l’Éthiopie des opportunités supplémentaires de participer directement à l’élaboration des politiques internationales et à la diplomatie multilatérale. L’importance de cette élection n’est donc pas simplement symbolique. Cette représentation crée un nouveau canal diplomatique par lequel l’Éthiopie peut faire valoir ses positions, négocier ses intérêts et contribuer à orienter les débats internationaux. Les portes de l’OMC s’ouvrent davantage Le processus d’adhésion de l’Éthiopie à l’OMC, qui s’étire depuis longtemps, a lui aussi retrouvé un nouvel élan. L’OMC a déclaré en septembre 2025 que le processus était entré dans une « phase décisive ». En avril 2026, l’organisation a indiqué que les négociations avaient atteint un « tournant décisif », l’Éthiopie faisant état de nouvelles réformes nationales et d’un engagement continu auprès des membres de l’OMC. Ce processus d’adhésion revêt une importance particulière, car il relie directement la diplomatie à la structure de l’économie éthiopienne. L’adhésion au système commercial multilatéral permettrait à l’Éthiopie de s’ancrer davantage dans les marchés mondiaux, tout en exigeant la poursuite des réformes des institutions et des réglementations liées au commerce. En ce sens, la diplomatie à l’OMC ne se limite pas à Genève : il s’agit de transformer la manière dont l’Éthiopie commerce avec le reste du monde. La mer Rouge entre dans l’équation diplomatique Peu de questions illustrent aussi clairement l’évolution de la diplomatie éthiopienne que celle de la mer Rouge. Pour un pays enclavé dont l’économie dépend fortement du commerce maritime, les développements autour de la mer Rouge et de Bab el-Mandeb ont des conséquences économiques et stratégiques directes. La connectivité maritime occupe donc désormais une place plus importante dans l’agenda diplomatique de l’Éthiopie. Cette question recoupe le commerce, la logistique, la sécurité régionale et l’intégration économique, ce qui amène l’Éthiopie à prendre part à des discussions qui s’étendent bien au-delà de ses frontières. La question de la mer Rouge illustre donc la caractéristique centrale de la diplomatie éthiopienne en pleine évolution : les intérêts économiques nationaux et la stratégie régionale sont de plus en plus étroitement liés. Un cercle de partenaires élargi Les relations de l’Éthiopie avec la Chine, l’Inde, la Russie, les États-Unis, les pays européens et les États du Golfe se sont développées parallèlement à ses relations avec ses voisins africains et à sa participation au groupe des BRICS. L’objectif n’est pas nécessairement de choisir un camp géopolitique. Il s’agit d’élargir la marge de manœuvre de l’Éthiopie en matière d’engagement diplomatique et économique. Ce réseau élargi offre à Addis-Abeba davantage de voies de coopération dans les domaines de l’investissement, des infrastructures, du commerce, de la technologie, de la sécurité et du développement. Il en résulte une politique étrangère de plus en plus articulée autour de partenariats multiples plutôt que d’un axe diplomatique unique. Le véritable défi commence maintenant Pour autant, l’expansion diplomatique n’est pas une fin en soi. Les années à venir détermineront si l’Éthiopie sera capable de transformer son rayonnement diplomatique en opportunités économiques concrètes, en une meilleure connectivité régionale, en un accroissement des investissements, en un renforcement des échanges commerciaux et en des partenariats durables. Les adhésions, les déclarations, les élections et les sommets créent des plateformes. Ce qui importe désormais, c’est ce que l’Éthiopie saura construire à partir de ces plateformes. Les huit dernières années ont néanmoins été marquées par une expansion notable de la portée diplomatique de l’Éthiopie. Le groupe des BRICS a ouvert une nouvelle plateforme mondiale. Le Conseil des droits de l’homme a renforcé sa présence multilatérale. Pretoria a démontré le potentiel d’une diplomatie menée par l’Afrique. Ankara a créé un cadre pour un engagement renouvelé avec la Somalie. Les négociations au sein de l’OMC ont pris un nouvel élan. La diplomatie économique occupe une place de plus en plus centrale dans la politique étrangère, tandis que la mer Rouge s’est imposée comme une priorité stratégique. Par conséquent, ces évolutions laissent entrevoir une transformation plus large. L’Éthiopie ne considère plus la diplomatie simplement comme un moyen d’entretenir des relations. Elle y recourt de plus en plus pour conquérir des marchés, nouer des partenariats, développer la connectivité, assurer la sécurité et favoriser le développement national. Du siège de l’Union africaine à Addis-Abeba à la table des BRICS, des initiatives de paix régionales aux négociations commerciales mondiales, la carte diplomatique de l’Éthiopie s’est considérablement élargie. Le prochain chapitre ne sera pas défini par le nombre de portes que l’Éthiopie aura ouvertes, mais par son efficacité à transformer ces ouvertures en acquis nationaux et régionaux durables.
L'Éthiopie et la mer Rouge : le retour inévitable à un lien historique
Sep 27, 2026 427
Par Neway Abay S. L'Éthiopie n'a jamais vraiment été étrangère à la mer Rouge. Bien avant que les frontières modernes ne redessinent la carte de la Corne de l'Afrique, la civilisation éthiopienne était liée à la mer Rouge par le commerce, la diplomatie et des voies d'accès côtières reliant les hauts plateaux à l'Arabie, à la Méditerranée et au vaste monde de l'océan Indien. Ce lien historique a finalement été rompu. Mais la géographie, elle, ne l'était pas. L'Éthiopie compte aujourd'hui plus de 130 millions d'habitants, figure parmi les plus grandes économies d'Afrique et constitue un pôle économique majeur de la Corne de l'Afrique ; pourtant, elle demeure sans accès à la mer. Depuis des décennies, son commerce international dépend fortement des ports voisins, notamment de Djibouti. La Banque mondiale continue de considérer Djibouti comme la principale porte d'entrée maritime de l'Éthiopie, tandis que des évaluations récentes soulignent comment les perturbations sur ce corridor peuvent se traduire directement par une hausse des coûts logistiques et des pressions économiques en Éthiopie. Cette réalité a transformé l'accès maritime d'une question historique en un enjeu économique, sécuritaire et stratégique contemporain. On ne peut pas négocier la géographie. La perte par l'Éthiopie d'un accès direct à la mer n'a pas effacé sa position géographique. Le pays demeure au cœur de la Corne de l'Afrique, jouxtant l'une des régions maritimes les plus importantes au monde. La mer Rouge, le golfe d'Aden et le détroit de Bab el-Mandeb relient l'Afrique au Moyen-Orient, à l'Asie et à l'Europe, et toute perturbation à cet endroit peut avoir des répercussions sur le commerce mondial, les marchés de l'énergie et les chaînes d'approvisionnement. Pour l'Éthiopie, les conséquences sont particulièrement directes.   Une économie enclavée de cette envergure ne peut considérer la connectivité maritime comme une préoccupation secondaire. Chaque conteneur entrant ou sortant du pays dépend en fin de compte d'un corridor reliant l'intérieur du pays à la côte. Le système actuel a certes permis de tisser des liens économiques importants avec Djibouti, mais il a également mis en lumière la vulnérabilité structurelle d'une dépendance quasi-totale à un seul point d'accès maritime. Le corridor Addis-Djibouti demeure essentiel au commerce éthiopien, tandis que la Banque mondiale souligne que les perturbations et les inefficacités tout au long de la chaîne logistique peuvent impacter les entreprises et les consommateurs. La question n'est donc plus de savoir si l'Éthiopie s'intéresse à la mer, mais comment un pays du poids démographique et économique de l'Éthiopie peut bâtir une connectivité maritime fiable, diversifiée et durable. Plus important encore, l'évolution rapide de la dynamique politique et militaire en mer Rouge et dans la Corne de l'Afrique a rendu l'accès souverain à la mer non seulement souhaitable pour l'Éthiopie, mais de plus en plus inévitable. La mer Rouge n'est plus seulement une voie commerciale. L'importance stratégique de la mer Rouge est devenue impossible à ignorer. Le détroit de Bab el-Mandeb est un point de passage maritime crucial. Les perturbations récentes ont démontré à quel point l'insécurité en mer peut rapidement engendrer des problèmes économiques à terre, augmentant les coûts de fret, allongeant les délais de livraison et perturbant les chaînes d'approvisionnement. L'ONU Commerce et Développement a récemment averti que la recrudescence des perturbations autour de Bab el-Mandeb entraîne des allongements des itinéraires, une augmentation de la consommation de carburant, une hausse des coûts et une pression accrue sur le commerce mondial. Pour l'Éthiopie, cela crée un paradoxe frappant. Bien que le pays ne possède pas de littoral, l'instabilité le long de la mer Rouge peut avoir des répercussions directes sur son économie.   L’Éthiopie a donc un intérêt considérable dans la sécurité d’un espace maritime où sa présence directe est actuellement limitée. C’est pourquoi la question de la mer Rouge ne peut se réduire à la recherche d’un port. Il s'agit de connectivité, de sécurité économique et de stabilité régionale. D'un port à un corridor L'ambition maritime de l'Éthiopie prend tout son sens lorsqu'on la considère non pas comme la recherche d'une simple infrastructure côtière, mais comme faisant partie d'un corridor économique beaucoup plus vaste. Une liaison maritime fonctionnelle relierait la côte aux routes, aux voies ferrées, aux ports secs, aux parcs industriels, aux centres de production agricole et aux marchés de consommation de l'Éthiopie. L'objectif ne serait pas simplement de déplacer des conteneurs, mais de faire bouger une économie. Cette distinction est importante. Un port sans réseau fluvial efficace n'est qu'un point sur une carte. Un port connecté à la production, à l'industrie, à l'agriculture et aux marchés régionaux devient un moteur d'intégration économique. L’expérience de l’Éthiopie avec le corridor de Djibouti démontre déjà l’importance de ce système plus vaste. Les travaux récents de la Banque mondiale sur le port sec de Modjo, par exemple, soulignent comment l’amélioration de la logistique intérieure peut réduire les délais de traitement et renforcer les liens de l’Éthiopie avec les marchés internationaux. La prochaine étape de la réflexion maritime éthiopienne peut donc être comprise comme la recherche de corridors multiples, de portes d'entrée multiples et d'une plus grande résilience. La sécurité économique est la sécurité maritime La mer Rouge a également mis en lumière une autre réalité : la sécurité maritime et la sécurité économique sont de plus en plus indissociables. Lorsque les routes maritimes sont menacées, les coûts d'assurance augmentent. Lorsque les navires doivent contourner des zones dangereuses, les délais de livraison s'allongent. Lorsque les coûts de transport de marchandises augmentent, les conséquences finissent par toucher les usines, les agriculteurs, les commerçants et les ménages situés loin des côtes.   L’Éthiopie n’a pas besoin d’être un pays côtier pour subir ces conséquences. De fait, son enclavement rend un accès maritime fiable encore plus important. Une stratégie maritime diversifiée pourrait renforcer la résilience de l'Éthiopie face aux perturbations, tout en créant des opportunités supplémentaires en matière de commerce, d'investissement et de développement industriel. Cela pourrait également renforcer les intérêts économiques que l'Éthiopie partage avec ses voisins côtiers. Un retour à la mer ne signifie pas forcément un retour à la rivalité. La question maritime éthiopienne comporte une autre dimension qui mérite une attention accrue. L'accès à la mer ne doit pas nécessairement devenir une nouvelle source de concurrence régionale. Il peut devenir un instrument d'intégration régionale. Un port desservant le commerce éthiopien peut dynamiser l'économie d'un État côtier. Une route ou une voie ferrée reliant l'intérieur des terres à la côte peut connecter plusieurs économies. Des zones industrielles et logistiques peuvent créer des emplois et des investissements de part et d'autre de la frontière. En ce sens, les ambitions maritimes de l'Éthiopie ne peuvent être envisagées comme une simple revendication nationale, mais comme un élément d'une équation économique plus vaste à l'échelle de la Corne de l'Afrique. Cette région a longtemps considéré la géographie comme une source de rivalité stratégique. Elle peut aussi y voir une opportunité d'intégration. La question maritime de l'Éthiopie prend de l'ampleur, elle ne s'estompe pas. Le Premier ministre Abiy Ahmed a souligné à plusieurs reprises que le désir de l'Éthiopie d'accéder à la mer repose sur des considérations géographiques, des impératifs économiques, le dialogue et une coopération mutuellement avantageuse, et non sur une volonté d'expansion militaire. Le gouvernement éthiopien a déclaré que la taille démographique et économique du pays fait d'une connectivité maritime fiable un intérêt national majeur. Cet argument s'inscrit dans une réalité plus large. L'Éthiopie n'est plus le même pays qu'il y a trente ans. Sa population et son économie se sont développées. Ses ambitions commerciales se sont accrues. Sa production industrielle et agricole s'intègre davantage aux marchés internationaux. Et sa vulnérabilité aux perturbations sur les routes maritimes mondiales s'accroît. La question maritime deviendra donc plus importante, et non moins, à mesure que l'économie éthiopienne se développera. Le regain d'intérêt pour les affaires maritimes, notamment le rétablissement de la marine éthiopienne en 2018, témoigne de ce changement stratégique plus large. Mais l'objectif ultime ne doit pas nécessairement être la projection de puissance. Il peut s'agir de la protection des intérêts économiques, de la participation à la sécurité maritime régionale et de la création de liens commerciaux durables entre l'intérieur de l'Éthiopie et l'économie mondiale. La géographie du futur Le fait central demeure remarquablement simple : L'enclavement de l'Éthiopie est une tragédie historique, fruit de forces extérieures et de décisions politiques prises durant une période tumultueuse des décisions qui ont profondément modifié le rapport du pays à la mer. Pourtant, cette nation immense n'a jamais été véritablement coupée de la mer Rouge. Son économie repose sur le commerce maritime. Son environnement sécuritaire est façonné par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb. Sa position géographique la place au cœur de la Corne de l'Afrique. Enfin, la croissance démographique et économique du pays rend l'accès fiable aux routes commerciales internationales de plus en plus crucial. Le défi n’est donc pas de recréer l’histoire à l’identique, mais de bâtir une nouvelle relation avec la mer, adaptée aux réalités du XXIe siècle. Cela concerne les ports, mais aussi les corridors. Cela concerne le commerce, mais aussi la sécurité. Cela signifie l'intérêt national, mais aussi la coopération régionale.   Et surtout, cela signifie reconnaître que la mer Rouge n'est pas une étendue d'eau lointaine séparée de l'Éthiopie par des frontières politiques. Cela fait partie de la géographie stratégique dans laquelle se dessine l'avenir de l'Éthiopie. Pour un pays dont la civilisation est liée à la mer Rouge depuis des siècles, la recherche renouvelée de connexions maritimes n'est pas simplement un voyage dans le passé. C'est l'Éthiopie qui regarde vers l'avenir et vers la mer.
Meskel-Demera en Éthiopie : là où la foi et le patrimoine prennent vie
Sep 26, 2026 242
Par Yordanos D. Le 26 septembre, 2026 (ENA) Chaque année, à l’approche de la fête de Meskel en Éthiopie, les communautés de tout le pays se rassemblent autour d’immenses feux de joie appelés « Demera », soigneusement construits à partir de poteaux, de branches, d’herbe et de fleurs jaunes de Meskel. À la tombée de la nuit, le clergé, les élèves de l’école du dimanche, les familles et les fidèles se rassemblent sur les places publiques, dans les enceintes des églises et dans les quartiers. Ensemble, ils emplissent l’air de prières, d’hymnes, de chants traditionnels et de rites cérémoniels, dans l’attente de l’allumage du feu central. Le feu de joie Demera est le principal symbole cérémoniel de la célébration éthiopienne du Meskel, qui commémore la découverte de la Vraie Sainte Croix du Christ. Bien qu’elle soit profondément ancrée dans la vie religieuse des chrétiens orthodoxes éthiopiens, cette tradition a évolué pour devenir une expression vivante de la participation civique, de la continuité culturelle et de l’interaction sociale. Au-delà de sa signification spirituelle, l’ampleur et le caractère unique de ces rassemblements publics ont conféré à la Demera une importance croissante en tant que moteur du tourisme culturel et de la vitalité économique locale. Reconnaissant sa profonde valeur culturelle, l’UNESCO a inscrit en 2013 la fête commémorative de la découverte de la Vraie Sainte Croix du Christ sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Les documents officiels de l’UNESCO désignent Demera comme le catalyseur central de cette célébration, soulignant que le Meskel est célébré dans toute l’Éthiopie, sans distinction d’âge, de sexe, de langue ou d’origine ethnique, tout en mettant en avant le rôle essentiel que jouent les églises locales dans la coordination des communautés et la sauvegarde de cette tradition vivante. Expression de la foi À la base, la Demera est une célébration religieuse sacrée. Chaque élément, de la construction physique du feu de joie en forme de pyramide aux prières solennelles, en passant par les chants liturgiques et l’allumage rituel, est directement lié aux traditions chrétiennes entourant la découverte de la Croix par la reine Hélène. Par conséquent, la Demera est bien plus qu’un simple spectacle public pour les fidèles ; c’est une expression profonde de foi, de dévotion, d’action de grâce et de renouveau spirituel. Le rassemblement autour de la flamme favorise une expérience religieuse partagée qui lie les individus à leur famille, à leur paroisse et à leur communauté au sens large. Cette signification religieuse perdure en grande partie grâce à une transmission intergénérationnelle active. Les enfants et les jeunes assistent à la préparation du feu de joie, écoutent les chants traditionnels et participent activement aux festivités aux côtés de leurs parents, des aînés et des chefs spirituels. Grâce à cette participation répétée, le savoir sacré et les pratiques rituelles se transmettent naturellement d’une génération à l’autre. C'est précisément cette dynamique intergénérationnelle qui a conduit l'UNESCO à reconnaître le Meskel comme un patrimoine profondément ancré dans la vie éthiopienne. Comme sa pérennité ne repose pas sur des archives écrites figées, mais sur l'engagement actif des communautés qui allument le feu de joie, entonnent les hymnes et perpétuent les rituels, le Demera reste un patrimoine dynamique et vivant. Cohésion sociale Au-delà de sa dimension spirituelle, le Demera constitue un lieu essentiel de rassemblement communautaire dans des espaces publics partagés. Ce festival réunit le clergé, les familles, les jeunes, les aînés et les visiteurs autour d’un patrimoine culturel fédérateur. Célébré simultanément dans tout le pays, le Demera permet aux variations locales de s’épanouir tout en préservant un lien fort avec la tradition nationale dans son ensemble. L’inscription de 2013 par l’UNESCO a explicitement souligné la contribution du festival à la cohésion sociale, à l’intégration et à la diversité. De plus, l’UNESCO a documenté la pratique coutumière consistant à résoudre les différends personnels et les griefs sociaux avant l’allumage du feu, présentant ainsi le Meskel comme un rituel puissant de réconciliation et de coexistence pacifique. Le rassemblement autour de la Demera offre une occasion récurrente d’interaction sociale et de retrouvailles familiales, en particulier lorsque les travailleurs migrants rentrent dans leur ville natale. En ce sens, la Demera fait office de pont annuel reliant la dévotion religieuse, la vie familiale et l’harmonie civique, facilitant ainsi l’échange d’idées, de ressources et de liens sociaux entre les populations urbaines et rurales. Tourisme culturel Les détails sensoriels saisissants de la Demera – les vêtements liturgiques du clergé, les chants rythmés, les tenues traditionnelles et le spectacle flamboyant qui se détache sur le ciel du soir – créent une expérience éthiopienne unique et authentique. Ce caractère distinctif confère au festival un immense potentiel en matière de tourisme culturel et religieux. Les célébrations organisées sur des sites majeurs, tels que la place Meskel à Addis-Abeba, attirent des centaines de milliers de participants et constituent des événements phares du calendrier culturel national. Les visiteurs nationaux traversent les régions pour participer aux rituels et renouer avec leurs proches, tandis que les visiteurs internationaux découvrent une tradition vivante et authentique, loin d’un spectacle mis en scène. Au cours des trois dernières années, le flux touristique autour de la période du festival a connu une forte reprise et une trajectoire ascendante, suite aux efforts de stabilisation post-pandémique et régionale. À l’échelle nationale, les arrivées de touristes internationaux sont passées d’environ 658 000 en 2023 à 725 000 en 2024, suivies d’une hausse de 15 % en 2025 qui a porté le nombre annuel d’arrivées à plus de 830 000. Cette dynamique s’est encore accélérée en 2026, le nombre total annuel de visites internationales dépassant 1,6 million. Chaque année en septembre, pendant la saison du Meskel et du Demera, les principaux centres urbains, notamment Addis-Abeba, connaissent des pics saisonniers importants en termes de fréquentation, alors que des dizaines de milliers de touristes internationaux et des centaines de milliers de voyageurs nationaux se rassemblent pour assister à la cérémonie. Ces flux de personnes stimulent la demande en matière de transports, d’hébergement, de restauration et d’artisanat, générant une activité économique qui s’étend au-delà du site même de la cérémonie pour profiter à l’ensemble de l’économie régionale. Le lien entre patrimoine religieux et développement communautaire est étayé par des recherches universitaires. Une étude réalisée en 2013 par Berhanu Esubalew à l’université d’Addis-Abeba sur le tourisme religieux à Lalibela a démontré que le patrimoine religieux peut être un moteur de développement durable et d’autonomisation des communautés lorsque les populations locales y participent activement. De même, une étude réalisée en 2019 par Muluemebet Semaw a mis en évidence la manière dont le patrimoine religieux génère une valeur à la fois économique et spirituelle pour les habitants locaux. Bien que ces études se soient concentrées sur Lalibela, leurs conclusions s’appliquent directement à Demera : les traditions religieuses ne génèrent une valeur économique significative que lorsque les communautés restent les principales gardiennes et bénéficiaires de ce patrimoine. Contribution économique, liens communautaires Les retombées économiques de Demera découlent naturellement de l’afflux et du rassemblement des visiteurs. Les hôtels, les chambres d’hôtes, les restaurants, les prestataires de transport, les marchands ambulants et les artisans locaux connaissent tous une demande accrue pendant la saison des festivités. Conformément aux lignes directrices de l’UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel, l’activité commerciale peut renforcer les économies locales tant qu’elle ne menace pas l’authenticité de la tradition. L’essentiel est de veiller à ce que les retombées économiques ne soient pas monopolisées par les grandes entreprises. Les commerçants locaux, les restaurateurs, les artisans et les petits hébergeurs doivent avoir la possibilité de participer de manière significative à l’économie touristique créée autour de cette célébration. À mesure que l’intérêt des visiteurs pour le Demera grandit, la sauvegarde de son identité sacrée devient primordiale. Conformément aux directives de l’UNESCO, l’expansion commerciale doit être gérée avec soin afin d’éviter toute décontextualisation ou la transformation d’un rite sacré en simple divertissement. Afin de préserver l’intégrité de la Demera, les autorités locales et les organisateurs touristiques devraient se concentrer sur plusieurs pratiques de gestion clés. Tout d’abord, ils doivent donner la priorité au rite sacré en veillant à ce que les offices liturgiques, les prières et les traditions communautaires ancestrales restent au centre de l’attention, sans être entravés par une mise en scène commerciale. De plus, fournir un contexte culturel clair grâce à des guides numériques et des supports d’interprétation avant l’arrivée des visiteurs peut contribuer à les sensibiliser à la portée théologique et historique de l’événement. Par ailleurs, une gestion efficace des infrastructures événementielles, grâce à la mise en place de mesures rigoureuses de gestion des foules, de protocoles de sécurité publique, d’hygiène et de gestion des déchets, est essentielle pour protéger l’enceinte de l’église et les espaces publics environnants lors de grands rassemblements. Enfin, les organisateurs devraient veiller à ce que les retombées économiques profitent activement à la communauté locale en orientant les flux touristiques vers les petites entreprises locales, les artisans, les vendeurs de produits alimentaires traditionnels et les opérateurs de transport régionaux, garantissant ainsi que la communauté reste le principal bénéficiaire. Patrimoine vivant La véritable force du Demera réside dans le fait qu’il est activement vécu et pratiqué. Sa valeur ne peut se mesurer uniquement à l’aune du nombre de touristes ou de la retombée économique ; il s’agit là d’avantages secondaires qui découlent naturellement de la protection d’une tradition dont la valeur première est spirituelle et sociale. En tant que l’une des expressions publiques les plus reconnaissables du patrimoine culturel vivant de l’Éthiopie, le Demera réunit la foi, la famille et l’identité nationale. La reconnaissance de l’UNESCO renforce son importance tout en conférant une responsabilité claire : à mesure que le festival gagne en visibilité à l’échelle mondiale, il reste essentiel de préserver son authenticité et de maintenir les communautés locales au cœur de sa gestion. En conclusion, le Demera éthiopien est bien plus qu’un simple feu de joie cérémoniel ; c’est un témoignage vivant de la foi, de la solidarité communautaire et de la mémoire culturelle transmise de génération en génération. Si sa splendeur visuelle offre un potentiel extraordinaire pour un tourisme responsable et le développement économique local, sa véritable valeur reste ancrée dans sa signification spirituelle et son appartenance à la communauté. En trouvant un équilibre entre la préservation du patrimoine et une gestion réfléchie, l’Éthiopie peut favoriser les opportunités économiques autour de la Demera sans altérer son caractère sacré, garantissant ainsi que sa flamme continue d’illuminer la foi, l’unité et l’identité commune pour les générations à venir.
Un oléoduc reliant les ports, les marchés et l’avenir de la Corne de l’Afrique
Sep 25, 2026 404
Par Henok Tadele Haile Le septembre, 2026 (ENA) La Corne de l’Afrique est à l’aube d’une transformation majeure, portée par un nouveau projet d’infrastructure de 660 millions de dollars américains. Ce projet promet de révolutionner la manière dont l’Éthiopie reçoit, stocke et distribue les produits pétroliers. Au cœur de ce projet se trouve un oléoduc de 120 kilomètres reliant Damerjog, à Djibouti, à Dewele, en Éthiopie. Ce projet devrait réduire le temps de transport du carburant de cinq jours à un seul jour, améliorant ainsi considérablement l’efficacité de la distribution de carburant dans la région. Le Premier ministre Abiy Ahmed a déclaré : « L’Éthiopie, Djibouti et le groupe Dangote vont développer un oléoduc de 120 kilomètres reliant Damerjog à Dewele, avec une capacité de stockage combinée de plus d’un million de mètres cubes aux deux extrémités. » L’infrastructure de stockage est considérable, avec 375 000 mètres cubes à Damerjog et 875 000 mètres cubes à Dewele.   L’infrastructure de stockage est considérable, avec 375 000 mètres cubes à Damerjog et 875 000 mètres cubes à Dewele. Le Dr Brook Taye, PDG d’Ethiopian Investment Holdings, a expliqué : « Le dépôt de Dewele jouera un double rôle : d’une part, il offre à l’Éthiopie une réserve stratégique majeure à l’intérieur de nos frontières, capable d’assurer l’approvisionnement du pays pendant plusieurs mois ; d’autre part, comme il est directement relié à notre ligne ferroviaire, la distribution de carburant s’effectuera par rail en plus du transport par camion, ce qui réduira considérablement les contraintes de transit et les coûts globaux de transport. »   Ce projet est le fruit d’un partenariat entre Ethiopian Investment Holdings et le groupe Dangote, dont le coût d’investissement est estimé à 660 millions de dollars américains. Ce partenariat s’inscrit dans une approche plus large visant à utiliser les actifs publics et les investissements stratégiques pour attirer des capitaux, des technologies et une expertise en matière de gestion. Aliko Dangote, fondateur du groupe Dangote, a joué un rôle clé dans ce partenariat, en apportant son expertise et ses ressources. L’interdépendance économique entre l’Éthiopie et Djibouti ne cesse de croître, Djibouti offrant à l’Éthiopie sa principale porte d’entrée maritime et un accès stratégique aux routes commerciales internationales.   Ce partenariat illustre parfaitement comment l’intégration régionale peut créer des opportunités mutuellement bénéfiques pour la croissance et le développement économiques. Les deux pays collaborent pour créer une économie plus intégrée et mieux connectée, le projet de pipeline constituant un élément clé de cet effort. Lors de son discours d’inauguration, le président djiboutien Ismail Omar Guelleh a souligné l’importance de l’intégration régionale, déclarant : « Nous sommes déterminés à travailler main dans la main avec nos homologues éthiopiens pour créer une économie plus intégrée et mieux connectée. Ce projet de gazoduc est un élément clé de cet effort, et nous sommes convaincus qu’il aura un impact significatif sur l’économie régionale. »   Il a également souligné : « Le développement de nos infrastructures est crucial pour notre croissance économique, et nous travaillons sans relâche pour créer un environnement commercial plus favorable. » Le président Guelleh a également mis en avant les avantages potentiels du projet, déclarant : « Ce pipeline permettra non seulement de réduire le temps de transport du carburant, mais il créera également de nouvelles opportunités en matière de commerce, d’investissement et de croissance économique. Nous sommes convaincus que ce projet changera la donne pour notre région, et nous sommes déterminés à le mener à bien. » Le projet aura un impact significatif sur l’économie régionale, en créant de nouvelles opportunités en matière de commerce, d’investissement et de croissance économique. Selon la vision d’Aliko Dangote, les lacunes en matière d’infrastructures limitent la croissance industrielle et découragent les investissements. Cependant, il considère ces lacunes comme une opportunité de jeter les bases d’une transformation économique. Grâce aux infrastructures, l’industrie peut prospérer, des emplois sont créés et la prospérité s’installe. En conclusion, ce projet pétrolier de 660 millions de dollars américains constitue une avancée majeure qui promet de transformer le paysage économique de la Corne de l’Afrique. Il créera une nouvelle géographie économique, reliant la porte d’entrée maritime de Djibouti à l’économie intérieure de l’Éthiopie, et démontrera comment les infrastructures peuvent faire de l’intégration régionale une réalité commerciale. Principaux avantages du projet Les principaux avantages du projet comprennent la réduction du temps de transport du carburant, qui passe de cinq jours à un jour, l’amélioration de l’efficacité de la distribution du carburant, l’augmentation de la capacité de stockage (avec une capacité totale de 1,25 million de mètres cubes), la création d’une chaîne d’approvisionnement multimodale reliant les ports, les installations de stockage, les oléoducs, les voies ferrées et les marchés, ainsi que le renforcement de l’interdépendance économique entre l’Éthiopie et Djibouti. Le projet devrait être achevé d’ici deux ans, et son succès dépendra de la capacité des partenaires à tenir leurs engagements. Comme l’a déclaré le Premier ministre Abiy Ahmed : « Les annonces suscitent des attentes ; les résultats gagnent la confiance. Nous devons désormais transformer cet engagement en un oléoduc opérationnel. » S’il est mené à bien comme prévu, le projet aura un impact durable sur la région, en stimulant la croissance économique et en favorisant l’intégration régionale. Perspectives d’avenir Le projet a le potentiel de redessiner la géographie économique de la Corne de l’Afrique, en reliant la porte d’entrée maritime de Djibouti à l’économie intérieure de l’Éthiopie. Cela créera de nouvelles opportunités en matière de commerce, d’investissement et de croissance économique, et démontrera comment les infrastructures peuvent transformer l’intégration régionale en une réalité commerciale. Le succès du projet dépendra également de la capacité des partenaires à attirer de nouveaux investissements et à créer un environnement commercial favorable. Intégration régionale Le projet s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large visant à promouvoir l’intégration régionale dans la Corne de l’Afrique. La région présente un potentiel de croissance économique considérable, avec un marché vaste et en expansion, ainsi que des ressources naturelles abondantes. Cependant, elle est également confrontée à des défis majeurs, notamment des lacunes en matière d’infrastructures et une diversification économique limitée. Le projet contribuera à relever ces défis en créant une nouvelle géographie économique et en favorisant l’intégration régionale.
La pierre est posée, le lien reste solide
Sep 25, 2026 356
Par Al-Aghbari (Djibouti), tiré de POA Jeudi, dans le parc industriel de Damerjog à Djibouti, le Premier ministre Abiy Ahmed, le président Ismaïl Omar Guelleh et le milliardaire nigérian Aliko Dangote ont posé la première pierre d’un projet de stockage de carburant et de pipeline d’une valeur de 160 millions de dollars américains. Il ne s’agissait pas d’une cérémonie d’inauguration des travaux, mais d’une déclaration. L’Éthiopie et Djibouti ne sont pas simplement des voisins qui entretiennent des relations commerciales. Ce sont des partenaires liés par quelque chose de plus profond : une relation économique organique indissociable de la survie et de la prospérité des deux nations. Aucune allégation infondée, provenant d’une source partiale, ne pourra remettre en cause ce qui a été scellé aujourd’hui. Un lien né de la nécessité Plus de 95 % des produits pétroliers de l’Éthiopie transitent par Djibouti. Plus de 70 % de l’électricité de Djibouti provient d’Éthiopie. Rien qu’en 2025, 4,23 millions de tonnes de carburants raffinés ont traversé le territoire djiboutien à destination des marchés éthiopiens. Ce n’est pas du commerce. C’est une symbiose. Lorsque le port de Djibouti respire, l’économie éthiopienne respire. Lorsque les turbines éthiopiennes tournent, les foyers djiboutiens s’illuminent. Un tel lien ne se renégocie pas à volonté. Il se vit — au quotidien, par des millions de personnes des deux côtés de la frontière. Ce qui a été posé aujourd’hui Quatre-vingts hectares. 375 000 m³ de capacité de stockage. 5 millions de tonnes de transit annuel. Un pipeline de 120 kilomètres acheminant du Jet A-1, du gazole et de l’essence de Damerjog à Dawanleh. Il viendra compléter les transports routiers et ferroviaires, sans les remplacer. Il réduira les coûts logistiques du corridor de 10 à 30 %. Il permettra d’éviter près de 1 000 trajets de camions-citernes sur les routes chaque jour. Il épargnera à l’atmosphère 15 000 à 20 000 tonnes de CO₂ par an. Il créera jusqu’à 1 200 emplois directs au plus fort des travaux, puis 110 à 120 emplois permanents par la suite. Ce ne sont pas des abstractions. C’est le pouls mesurable d’un partenariat qui tient ses promesses. Les faits l’emportent sur les rumeurs Certaines voix — partiales, mal informées, ou les deux — murmurent des propos sur le déséquilibre, la dépendance, les intentions cachées. Leurs allégations s’effondrent sous le poids de l’évidence. Les avantages ne sont pas imposés d’en haut. Ils sont adoptés sur le terrain — tant par les gouvernements que par les populations. Ils se manifestent dans le carburant qui alimente les stations-service éthiopiennes. Dans le courant électrique qui éclaire les foyers djiboutiens. Dans les moyens de subsistance créés de part et d’autre de la frontière. Un lien organique ne se rompt pas sous l’effet d’insinuations. Il se renforce à chaque expédition, à chaque projet, à chaque réussite partagée. Aujourd’hui, il s’est encore renforcé — aux yeux du monde entier. Un modèle, pas une exception Ce que l’Éthiopie et Djibouti sont en train de construire n’est pas seulement une réussite bilatérale. C’est un modèle. À l’heure où l’Afrique est appelée à approfondir ses échanges intra-continentaux et à renforcer ses chaînes d’approvisionnement, ces deux nations montrent à quoi ressemble réellement l’intégration lorsqu’elle est ancrée dans la géographie, la nécessité et la confiance. Souveraineté et interdépendance ne sont pas antagonistes. L’intérêt national et la coopération régionale peuvent aller de pair. L’intérêt mutuel n’est pas un slogan. C’est une réalité vécue et mesurable. La pierre qui répond Hier, trois hommes ont posé la première pierre. Ils n’ont pas simplement inauguré un projet. Ils ont réaffirmé un lien. Ils ont répondu — par des actes, et non par des mots — à ceux qui sèment le doute. Comme l’a déclaré le président Guelleh : « L’indépendance énergétique est la condition de toute autre indépendance. » Ce projet est un élément constitutif de cette souveraineté, transformant une vulnérabilité commune en une force commune. La pierre a parlé. L’Éthiopie et Djibouti ne sont pas de simples voisins. Ce sont des partenaires liés par un destin commun. Leurs liens sont organiques. Leurs acquis sont partagés. Leur avenir est un seul et même avenir.
GERD : moteur du développement de l’Éthiopie et ouverture d’une nouvelle ère de coopération énergétique régionale
Sep 25, 2026 416
Par la rédaction Le 24 septembre, 2026 (ENA) Le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) est entré dans une nouvelle phase importante du parcours de développement de l’Éthiopie. Bien plus qu’un simple projet hydroélectrique d’envergure, ce barrage s’impose de plus en plus comme un pilier de la croissance économique, du développement des énergies renouvelables, des exportations d’électricité et d’une connectivité régionale renforcée. Les développements récents montrent que les avantages du GERD sont de plus en plus visibles. Le projet représente désormais 52 % des recettes d’exportation d’électricité de l’Éthiopie, tandis que le total des recettes d’exportation d’électricité du pays a dépassé les 500 millions de dollars américains. Les recettes nationales issues de l’électricité ont également dépassé les 124 milliards de birrs. Ces chiffres démontrent la contribution croissante de l’électricité renouvelable à l’économie éthiopienne. L’importance du GERD est également liée au potentiel plus large de l’Éthiopie en matière d’énergies renouvelables. Avec plus de 95 % de sa capacité de production d’électricité installée provenant de sources renouvelables, l’Éthiopie développe un système énergétique capable de soutenir sa propre transformation économique tout en fournissant de l’électricité propre aux pays voisins. Un nouveau fondement pour l’avenir énergétique de l’Éthiopie L’achèvement du GERD a considérablement modifié la capacité de production d’électricité de l’Éthiopie. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Habtamu Iteffa, a déclaré que le barrage avait contribué à doubler la capacité de production d’électricité de l’Éthiopie, la portant à 9,6 gigawatts. Au cours des six mois précédant sa déclaration de janvier 2026, le projet avait produit environ 1,1 gigawatt d’électricité, soutenant ainsi l’activité économique tant dans les zones urbaines que rurales. Cette énergie supplémentaire est essentielle, car l’électricité est au cœur du développement économique moderne. Les industries ont besoin d’une alimentation électrique fiable pour fabriquer leurs produits, les agriculteurs en ont besoin pour l’irrigation et la transformation, les entreprises en ont besoin pour leurs machines et leurs services numériques, tandis que les écoles et les établissements de santé dépendent de plus en plus d’un approvisionnement électrique fiable. Le GERD crée donc des opportunités qui vont bien au-delà de la simple production d’électricité. La véritable valeur du projet en termes de développement réside dans ce que l’électricité qu’il produit permet de réaliser à l’échelle de l’économie.   De la production d’électricité à la croissance économique La disponibilité croissante de l’électricité offre à l’Éthiopie l’opportunité d’accélérer son industrialisation. Les industries manufacturières, les parcs industriels, la transformation agricole, l’exploitation minière et d’autres secteurs productifs ont besoin d’un approvisionnement électrique fiable. Une capacité de production accrue peut aider l’Éthiopie à attirer des investissements et à développer sa production, tout en réduisant certaines des contraintes énergétiques liées à la croissance économique. Le président Taye Atske Selassie a récemment souligné que l’électricité renouvelable devait aller au-delà de la simple production et devenir un moteur de la croissance industrielle, de l’utilisation productive et de la création d’emplois. Il a mis en avant le GERD et d’autres investissements dans les énergies renouvelables comme des fondements importants de l’industrialisation de l’Éthiopie. Cela ouvre une voie de développement importante : les énergies renouvelables peuvent soutenir les industries productives, celles-ci peuvent créer des emplois et générer des exportations, et l’expansion de l’activité économique peut accroître la demande en électricité et favoriser de nouveaux investissements dans le secteur de l’électricité. Le GERD devient une source de recettes en devises étrangères L’un des résultats économiques les plus évidents du GERD est la croissance des exportations d’électricité. L’Éthiopie fournit de l’électricité au Kenya, à Djibouti, au Soudan et à la Tanzanie, tandis que les recettes issues des exportations d’électricité ont dépassé le demi-milliard de dollars. À lui seul, le GERD contribue à hauteur de 52 % aux recettes d’exportation d’électricité, ce qui en fait un acteur majeur de l’économie émergente de l’exportation d’électricité du pays. Cette évolution offre à l’Éthiopie une nouvelle opportunité de générer des devises grâce à une ressource renouvelable et disponible sur son territoire. Plutôt que de se limiter à l’exportation de matières premières traditionnelles, l’Éthiopie est de plus en plus en mesure d’exporter de l’électricité produite à partir de ses ressources renouvelables. Cela apporte une dimension supplémentaire à la transformation économique du pays et renforce sa présence sur les marchés régionaux. L’expansion des exportations d’électricité crée également des avantages mutuels. Les pays voisins bénéficient d’un accès à une électricité propre et à des prix compétitifs, tandis que l’Éthiopie tire des recettes d’exportation et renforce ses liens économiques. Relier l’Afrique de l’Est grâce à l’énergie propre Le GERD s’intègre de plus en plus dans un réseau électrique régional plus vaste. Les interconnexions électriques de l’Éthiopie avec les pays voisins sont soutenues par l’Eastern Africa Power Pool, qui crée un cadre permettant aux pays d’échanger de l’électricité et de renforcer l’intégration énergétique régionale. L’importance de ces interconnexions dépasse le simple cadre énergétique. Un approvisionnement électrique fiable peut soutenir les industries, les entreprises, les systèmes de transport et les économies numériques par-delà les frontières. Des réseaux électriques plus solides peuvent donc s’inscrire dans un processus plus large d’intégration économique régionale. Un responsable de l’UE a récemment souligné que le développement de la production d’énergie renouvelable en Éthiopie et les interconnexions électriques transfrontalières créaient des opportunités pour une coopération économique plus étroite dans la région. Les exportations d’électricité vers des pays tels que le Kenya et le Soudan génèrent des recettes pour l’Éthiopie tout en renforçant la connectivité régionale. Cela confère au GERD une importance qui dépasse largement les frontières de l’Éthiopie. Le barrage peut contribuer à la mise en place d’un système énergétique régional dans lequel les pays coopèrent par le biais des échanges d’électricité et du partage des infrastructures.   Le potentiel de l’Éthiopie en tant que pôle énergétique régional L’Éthiopie dispose d’un potentiel considérablement plus important en matière d’énergies renouvelables à développer. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Habtamu Iteffa, a déclaré que le pays disposait d’un potentiel hydroélectrique estimé à 60 gigawatts, dont seule une fraction a été exploitée. L’Éthiopie dispose également d’importantes ressources solaires, éoliennes et géothermiques. Cela signifie que le GERD n’est pas une réalisation isolée. Il s’inscrit dans une opportunité bien plus vaste de développer les ressources en énergies renouvelables de l’Éthiopie. Le ministre a déclaré que la combinaison des ressources en eau abondantes de l’Éthiopie, de son expérience en matière d’hydroélectricité et de l’expansion des interconnexions régionales place le pays en position de force pour devenir une plaque tournante énergétique en Afrique de l’Est et, potentiellement, dans toute l’Afrique. La demande croissante en électricité dans les pays voisins renforce encore la valeur potentielle de ces ressources. À mesure que les économies se développent et que les populations bénéficient d’un meilleur accès à l’électricité, la demande en énergie fiable devrait augmenter. Pour l’Éthiopie, le développement d’une production plus importante d’énergie renouvelable, parallèlement à l’extension des infrastructures de transport d’électricité, pourrait permettre au pays de répondre à ses propres besoins énergétiques croissants et d’augmenter progressivement ses exportations régionales d’électricité. Mettre en place les infrastructures nécessaires à la distribution de l’électricité La production d’électricité ne suffit pas à elle seule à tirer pleinement parti des avantages économiques des énergies renouvelables. L’électricité doit parvenir aux ménages, aux industries et aux entreprises grâce à des réseaux de transport et de distribution fiables. L’Éthiopie a réalisé des investissements considérables dans ce domaine. Près de 21 000 kilomètres d’infrastructures de transport d’électricité ont été mis en place ces dernières années, renforçant ainsi les connexions à l’intérieur du pays et avec les pays voisins. Le président Taye a également souligné l’importance de développer les réseaux, les postes de transformation, les installations de stockage, le transport d’électricité et les connexions du « dernier kilomètre ». Il a fait valoir que la production d’énergie renouvelable devait s’appuyer sur une infrastructure électrique solide pour se traduire par une industrialisation et des retombées économiques à grande échelle. Cette approche constitue une étape importante pour l’Éthiopie : utiliser la capacité de production du GERD comme fondement d’un système électrique national plus moderne et interconnecté. Un atout en matière d’énergie propre Une autre caractéristique importante du développement énergétique de l’Éthiopie réside dans son solide socle d’énergies renouvelables. Plus de 95 % de la capacité de production installée de l’Éthiopie provient de sources renouvelables. L’hydroélectricité en constitue la majeure partie, tandis que les ressources solaires, éoliennes et géothermiques offrent des possibilités de diversification. Cela confère à l’Éthiopie une opportunité majeure de poursuivre sa croissance économique tout en développant l’électricité propre. Le pays s’est également fixé des objectifs ambitieux pour son développement énergétique futur. Le président Taye a défini l’objectif d’atteindre une capacité de production installée pouvant aller jusqu’à 14 000 mégawatts d’ici 2030, les énergies renouvelables non hydroélectriques devant représenter au moins 15 %. Le GERD peut donc servir de fondement à la prochaine étape de l’expansion des énergies renouvelables en Éthiopie. Ressources en eau et opportunités de développement plus larges L’importance du GERD s’étend également à la gestion de l’eau. Le barrage régule le débit en aval, les responsables éthiopiens soulignant son rôle dans la fourniture d’un débit plus stable et plus prévisible vers les pays en aval du bassin du Nil et dans la réduction des risques d’inondation. Le réservoir et ses environs offrent également des opportunités potentielles dans des secteurs tels que la pêche et le tourisme. Un plan directeur intégré a été proposé pour le lac Nigat et ses environs afin d’explorer ces opportunités sociales et économiques. Ces possibilités démontrent que le potentiel du projet ne se limite pas à la production d’électricité. Son infrastructure et son réservoir peuvent générer des activités économiques supplémentaires et offrir de nouvelles opportunités aux communautés. Une démonstration des capacités nationales et de la participation citoyenne Le GERD constitue également une expérience importante en matière de mise en œuvre de projets nationaux. Ce projet a été réalisé grâce à une large participation éthiopienne et à une mobilisation nationale. Selon le bureau chargé de la participation citoyenne du GERD, l’achèvement réussi du barrage a démontré la capacité de l’Éthiopie à mobiliser sa population et ses ressources autour d’un grand projet de développement national. Cette expérience est désormais considérée comme un socle pour envisager de nouveaux investissements dans l’hydroélectricité et d’autres infrastructures hydrauliques. Le projet a également permis d’acquérir une expertise technique et institutionnelle qui pourra s’avérer précieuse pour le développement futur des infrastructures. À cet égard, le GERD n’est pas seulement une installation de production d’électricité. Il a également contribué à enrichir l’expérience de l’Éthiopie en matière d’ingénierie, de gestion de projet, de développement des infrastructures et de participation publique. Conclusion Le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne s’affirme de plus en plus comme le moteur de la transformation énergétique et économique de l’Éthiopie. Son impact se mesure déjà à l’augmentation de la production d’électricité, aux recettes d’exportation d’électricité s’élevant à plus de 500 millions de dollars américains, à la contribution du GERD à hauteur de 52 % des recettes d’exportation d’électricité, ainsi qu’au développement des interconnexions électriques avec le Kenya, Djibouti, le Soudan et la Tanzanie. Au niveau national, cette électricité supplémentaire jette les bases de l’industrialisation, de la modernisation agricole, du développement numérique et d’un accès élargi à l’électricité. Au niveau régional, elle contribue à renforcer les interconnexions énergétiques et à créer de nouvelles opportunités pour le commerce de l’électricité. Ce projet s’inscrit également dans le cadre d’un potentiel bien plus vaste en matière d’énergies renouvelables en Éthiopie. Forte d’un potentiel hydroélectrique important et de ressources solaires, éoliennes et géothermiques considérables, l’Éthiopie a la possibilité de continuer à développer la production d’électricité propre tout en renforçant son réseau national et ses interconnexions régionales. Plus important encore, le GERD démontre que la production d’électricité peut devenir le fondement d’un développement plus large. La prochaine étape consiste à transformer cette énergie en investissements productifs, en industries plus solides, en emplois, en exportations, en services améliorés et en coopération économique régionale.
L'émergence de l'armée éthiopienne : une garantie stratégique pour la sécurité de la mer Rouge et de la région de la Corne de l'Afrique
Sep 24, 2026 799
Par Guillermo Patria Le 24 septembre, 2026 (ENA) L'Éthiopie entreprend actuellement une vaste transformation de son système de défense nationale, dans le but de mettre en place une armée plus professionnelle, à la pointe de la technologie, prête à intervenir et de plus en plus capable de subvenir à ses propres besoins grâce à la production nationale. Cette transformation concerne l'ensemble des Forces de défense nationales éthiopiennes (ENDF), l'armée de l'air, le commandement des opérations spéciales, les industries de défense, la production de drones, la recherche et la formation militaires, l'intelligence artificielle ainsi que la reconstruction des capacités maritimes du pays. Au cœur de cette démarche se trouve un principe stratégique : la protection de la souveraineté et des intérêts nationaux de l’Éthiopie nécessite non seulement des soldats et des armes, mais aussi des institutions solides, des technologies, des capacités industrielles et un capital humain capables de les soutenir. Le chef d’état-major général de l’ENDF, le maréchal Birhanu Jula, a décrit cette réforme comme une transformation historique visant à renforcer la structure organisationnelle, l’unité, le professionnalisme, l’état de préparation et les capacités technologiques des forces armées. L’objectif n’est donc pas simplement d’augmenter le matériel militaire, mais de modifier la nature et les capacités des forces armées. Une force adaptée à la guerre moderne Le champ de bataille évolue rapidement. Les effectifs traditionnels et les armes conventionnelles restent importants, mais l’efficacité militaire dépend de plus en plus de l’information, de la précision, des communications, des systèmes sans pilote, de l’intelligence artificielle, des capacités cybernétiques, de la guerre électronique et de la capacité à prendre des décisions rapidement. Les réformes menées par l’Éthiopie s’adaptent de plus en plus à cette réalité. En février 2026, le maréchal Birhanu a décrit les Forces de défense nationales éthiopiennes (ENDF) modernisées en termes de quantité, de qualité et de technologie, soulignant la nécessité d’adapter les capacités militaires à l’évolution des technologies et des menaces sécuritaires. Cette évolution technologique s’inscrit également dans une dimension institutionnelle. En août 2026, l’ENDF a signé un accord avec l’Institut éthiopien d’intelligence artificielle afin d’étudier les applications de l’IA dans les domaines de la logistique, de la formation militaire, de la cybersécurité, des soins de santé militaires, des opérations aériennes et de la guerre électronique. Cependant, la technologie à elle seule ne suffit pas à créer une puissance militaire. Elle doit s’accompagner d’un personnel formé, d’institutions efficaces et d’une préparation opérationnelle. La réforme éthiopienne met donc également l’accent sur la formation militaire professionnelle, la formation spécialisée, ainsi que sur l’expertise technique et en ingénierie. La préparation au cœur des préoccupations La finalité ultime d’une force de défense réside dans sa capacité à réagir lorsque les intérêts nationaux sont menacés. Le maréchal Birhanu a souligné à plusieurs reprises l’état de préparation des Forces de défense nationales éthiopiennes (ENDF) dans un contexte que l’Éthiopie qualifie d’environnement sécuritaire complexe et en constante évolution. En juillet 2026, il a déclaré que les réformes avaient renforcé la structure organisationnelle et l’unité de la force, tout en maintenant un niveau élevé de préparation et en introduisant des technologies militaires modernes. Le Commandement des opérations spéciales représente une autre dimension de cette approche ; les responsables militaires le présentent comme une force hautement performante, conçue pour une réponse rapide et une action proactive face aux menaces émergentes. Pour l’Éthiopie, l’objectif général est clair : la souveraineté nationale doit être protégée par une force capable de détecter les menaces, de se mobiliser rapidement et de réagir efficacement lorsque les intérêts nationaux sont en jeu. De l'achat d'armes à leur fabrication L'aspect le plus important de la transformation du secteur de la défense en Éthiopie se déroule peut-être loin du champ de bataille, dans les usines, les laboratoires et les centres d'ingénierie. Le Premier ministre Abiy Ahmed a de plus en plus associé l’industrie de la défense à la résilience économique et à l’autonomie technologique. Il a déclaré que l’Éthiopie développait des capacités nationales pour fabriquer des drones, des véhicules militaires blindés, des armes lourdes, de l’artillerie et des munitions. L’importance de cette évolution va au-delà des produits eux-mêmes. L’industrie de la défense nécessite des ingénieurs, des techniciens, des chercheurs, des machines spécialisées et des systèmes industriels fiables, créant ainsi des capacités technologiques susceptibles de renforcer l’économie dans son ensemble. Le complexe d’ingénierie des munitions de Homicho illustre cette évolution. Sa capacité de production croissante a permis à l’Éthiopie non seulement de répondre à ses besoins nationaux, mais aussi de pénétrer les marchés étrangers, le gouvernement faisant état de contrats d’exportation de munitions d’une valeur supérieure à 30 millions de dollars américains. L’orientation évolue donc de la simple acquisition de produits finis vers le développement de la capacité à produire, entretenir et améliorer les systèmes critiques au niveau national. L’armée de l’air et l’écosystème technologique L’armée de l’air éthiopienne offre sans doute l’exemple le plus parlant de cette transformation. L’institution affirme être passée d’un environnement opérationnel analogique à l’ère numérique, tout en développant la maintenance des appareils, leur modernisation, la production de pièces de rechange et l’aviation sans pilote. Cela signifie qu’une armée de l’air moderne nécessite tout un écosystème technologique : pilotes, ingénieurs, techniciens, installations de maintenance, pièces de rechange, recherche, communications et systèmes numériques. L’Éthiopie cherche de plus en plus à développer ces capacités au niveau local. L’armée de l’air a fait état d’une augmentation de la production de composants et de pièces de rechange, tandis que les ingénieurs et techniciens éthiopiens jouent un rôle accru dans la maintenance et la modernisation des avions, ainsi que dans les systèmes sans pilote. L’objectif n’est donc pas simplement d’acquérir des avions à l’étranger, mais de développer les connaissances nécessaires pour exploiter, entretenir, moderniser et, à terme, mettre au point des systèmes de plus en plus sophistiqués. Cela explique également l’importance accordée au capital humain. Le Premier ministre Abiy a souligné que des avions sophistiqués ne suffisent pas à eux seuls à créer une armée de l’air efficace. Des pilotes, ingénieurs, techniciens, scientifiques et commandants hautement qualifiés sont essentiels pour transformer la technologie en capacité militaire. Drones et intelligence artificielle Peu d’évolutions illustrent aussi clairement cette mutation technologique que l’essor de l’industrie des drones en Éthiopie. La création de SkyWin Aeronautics Industries a marqué une étape importante dans la production nationale de drones. Les drones allient l’aviation, l’électronique, les capteurs, les communications, les logiciels, le traitement des données et, de plus en plus, l’intelligence artificielle. En juin 2026, l’Administration de la sécurité des réseaux d’information et l’armée de l’air éthiopienne ont convenu de créer un Centre de technologie des drones dédié à la recherche, à l’innovation et au développement dans le domaine des systèmes aériens sans pilote. Cette initiative relie les besoins de la défense à la recherche, aux laboratoires, au développement des ressources humaines et au transfert de technologie, contribuant ainsi à créer une chaîne technologique nationale allant de la recherche et de l’ingénierie à la production et au déploiement. L’IA représente la prochaine étape de cette transformation. La coopération de l’ENDF avec l’Institut éthiopien d’intelligence artificielle vise à explorer les applications de l’IA dans les domaines de la logistique, de la formation, de la cybersécurité, des soins de santé militaires, des opérations aériennes et de la guerre électronique. Plus largement, cela signifie que la modernisation de la défense éthiopienne va au-delà du matériel pour s’orienter vers des technologies capables d’améliorer la manière dont les informations sont collectées, traitées et utilisées. Des capacités de quatrième génération, une ambition de cinquième génération Les ambitions de l’armée de l’air éthiopienne vont encore plus loin. En janvier 2026, le Premier ministre Abiy a déclaré que l’armée de l’air éthiopienne avait développé des capacités de combat de quatrième génération et s’était fixé pour objectif d’évoluer vers des capacités de cinquième génération d’ici 2030, parallèlement à des projets visant à doubler la capacité du pays en matière d’avions de combat. Il s’agit là d’objectifs officiels du gouvernement plutôt que de capacités déjà pleinement atteintes. Ils témoignent néanmoins de l’orientation de la planification militaire éthiopienne : maintenir les capacités de défense en phase avec des technologies en évolution rapide tout en continuant à investir dans l’expertise humaine nécessaire à leur exploitation. La transformation ne peut donc pas être mesurée uniquement à l’aune du nombre d’avions acquis, mais également à celle de la capacité du pays à exploiter, entretenir, moderniser et développer de plus en plus de systèmes sophistiqués. Terre, air et mer La transformation du secteur de la défense en Éthiopie comporte également une dimension maritime. Le pays a perdu son accès direct à la mer Rouge à la suite de l’indépendance de l’Érythrée, et la marine éthiopienne a par la suite été dissoute. Sa reconstruction s’inscrit désormais dans le cadre de l’évolution de l’architecture de sécurité nationale du pays. Le vice-amiral Kindu Gezu, commandant en chef de la marine éthiopienne, a mis en avant l’évolution du contexte sécuritaire en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, notamment la piraterie, le trafic d’armes, la migration irrégulière, les réseaux insurgés et la concurrence géopolitique. Pour l’Éthiopie, la sécurité maritime a des implications qui vont au-delà des opérations navales. Les routes commerciales, les ports, l’approvisionnement énergétique, le transport maritime commercial et la sécurité régionale sont tous liés à l’environnement maritime au sens large. La marine ajoute ainsi une nouvelle dimension à la transformation de la défense, les capacités terrestres, aériennes, cybernétiques et maritimes s’intégrant de plus en plus dans une architecture de sécurité nationale unifiée. Renforcer l'autonomie stratégique Pris dans leur ensemble, ces développements révèlent l'orientation générale de la réforme de la défense en Éthiopie. Les Forces de défense nationales éthiopiennes (ENDF) font l’objet d’une réorganisation et d’une professionnalisation. Des forces spécialisées sont mises en place pour assurer une réponse rapide. L’armée de l’air renforce ses capacités numériques, de maintenance et d’ingénierie. Une production nationale de drones voit le jour. Les industries de défense produisent des munitions, des véhicules blindés et d’autres équipements militaires. L’intelligence artificielle fait l’objet d’études en vue d’applications dans le domaine de la défense, tandis que les universités et laboratoires militaires s’impliquent dans la recherche et le développement technologiques. La marine reconstitue ses capacités maritimes. Prises individuellement, chacune de ces initiatives représente une réforme militaire. Ensemble, elles témoignent d’un effort visant à instaurer une autonomie stratégique. Un pays ne peut garantir la pérennité de ses capacités de défense si chaque élément essentiel dépend de fournisseurs extérieurs. La production nationale n’élimine pas la nécessité d’une coopération internationale ou du recours à des technologies étrangères, mais elle peut renforcer la capacité de l’Éthiopie à maintenir ses capacités essentielles, à réagir aux situations d’urgence et à développer des technologies adaptées à ses propres besoins. C’est là l’enjeu plus large qui se dessine à travers la transformation du secteur de la défense en Éthiopie. L’objectif n’est pas simplement de posséder des armes modernes. Il s’agit de créer une institution de défense capable d’utiliser efficacement la technologie, d’assurer la maintenance de son matériel, de développer son propre savoir-faire technique et de réagir rapidement lorsque les intérêts nationaux sont menacés. L’histoire profonde s’écrit donc non seulement sur le terrain militaire, mais aussi dans les ateliers aéronautiques, les usines de drones, les usines de munitions, les laboratoires, les académies militaires et les instituts technologiques. Le soldat reste au cœur de cette évolution. Mais à ses côtés se trouve un réseau de plus en plus important de pilotes, d’ingénieurs, de scientifiques, de techniciens, de programmeurs, de chercheurs et de fabricants. Ensemble, ils incarnent une conception en pleine mutation de la puissance militaire. Pour l’Éthiopie, l’objectif qui se dessine est celui d’une force de défense dotée d’une structure professionnelle, prête à intervenir, dotée de capacités technologiques et de plus en plus autonome en matière de production. À une époque où la sécurité nationale est autant déterminée par la technologie que par les effectifs, la capacité à développer et à maintenir ces moyens pourrait devenir aussi importante que les armes elles-mêmes. La transformation de la défense éthiopienne ne consiste donc pas simplement à bâtir une armée plus forte. Il s’agit de jeter les fondements technologiques, industriels et humains qui permettront au pays de défendre sa souveraineté et ses intérêts nationaux avec davantage de confiance et de préparation.
L'illusion égyptienne d'une tutelle sur le Nil est définitivement anéantie
Sep 23, 2026 389
Par un rédacteur Le 23 septembre, 2026 (ENA) Quels que soient les changements de gouvernement ou de direction en Égypte, une chose reste constante dans le discours officiel égyptien concernant le Nil : il s’agit d’aborder les ressources des pays du bassin sous l’angle de la tutelle et de considérer le développement des pays en amont comme une question nécessitant l’accord du Caire. Cependant, cette mentalité hydro-impérialiste lamentable n’est plus en mesure d’expliquer la réalité actuelle du Nil. L’Afrique a changé et le système régional du bassin du Nil a évolué, tandis que le discours égyptien continue d’utiliser un langage appartenant à une époque historique que le continent a dépassée depuis des décennies. Comme l’a si bien souligné le ministère éthiopien de l’Eau et de l’Énergie, les récentes déclarations du ministre égyptien des Ressources en eau et de l’Irrigation reflètent une « mentalité coloniale grossière » qui caractérise la politique de l’Égypte envers les pays africains. Cette caractérisation n’a pas été motivée uniquement par ces dernières déclarations, car le ministère éthiopien de l’Eau et de l’Énergie avait déjà mis en garde contre la persistance de ce qu’il décrivait comme une mentalité héritée de l’époque coloniale dans le traitement de la question du Nil, affirmant que l’Éthiopie ne renoncerait pas à son droit d’utiliser le fleuve pour répondre aux besoins de développement de sa population. Le discours officiel égyptien, maintes fois répété, et les expressions utilisées en référence au Nil sont « droits historiques », « toutes les mesures disponibles » et « sécurité hydrique » ; comme si le simple fait de répéter ces termes pouvait en soi conférer à un État des droits supplémentaires sur un fleuve transfrontalier. Mais les mots, aussi tranchants et peu diplomatiques soient-ils, ne peuvent changer le fait que l’Éthiopie est un État souverain et que ses ressources naturelles situées sur son territoire relèvent de son droit au développement. Le ministre éthiopien de l’Eau et de l’Énergie, Habtamu Itefa, avait précédemment déclaré que l’Éthiopie n’avait besoin de l’autorisation d’aucun pays pour exploiter ses ressources en eau, expliquant que le pays avait construit le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne sans demander l’autorisation à quiconque et qu’il continuerait à construire d’autres barrages dans ses bassins fluviaux lorsque le besoin s’en ferait sentir. Il ne s’agit pas là d’une simple déclaration politique, mais du reflet d’une réalité déjà établie sur le terrain. Le barrage est achevé et produit de l’énergie ; l’Éthiopie est ainsi passée du statut de pays confronté à un déficit majeur en matière de production d’électricité à celui d’un pays qui développe ses exportations d’énergie vers ses voisins, tout en s’attachant à exploiter son énorme potentiel hydroélectrique pour assurer l’accès à l’électricité à sa population, soutenir l’industrialisation et favoriser le développement. Le double standard effréné L’un des paradoxes les plus flagrants du discours égyptien réside dans l’insistance du Caire sur la nécessité d’une consultation et d’une approbation de sa part avant que les pays en amont ne mettent en œuvre des projets, alors que l’Égypte elle-même a procédé à la construction du haut barrage d’Assouan sans que les pays en amont aient eu un rôle comparable dans la prise de décision concernant ce projet. Le ministère éthiopien de l’Eau et de l’Énergie a souligné ce deux poids deux mesures dans son communiqué, insistant sur le fait que Le Caire considère son accord comme une condition préalable à l’exploitation de leurs ressources en eau par les pays du bassin du Nil, alors même que l’Égypte a construit le grand barrage d’Assouan sans consulter les pays en amont. C’est là que se pose la question à laquelle le discours politique ne peut échapper : si l’Égypte a le droit de développer ses ressources en eau sur son territoire sans demander l’autorisation des pays en amont, pourquoi le même principe ne s’applique-t-il pas à l’Éthiopie et aux autres pays ? Un double standard effréné ne permet pas de créer un système équitable de gestion des cours d’eau transfrontaliers. Un héritage injuste ne peut régir l’avenir Une partie fondamentale de la position égyptienne repose toujours sur des arrangements et accords historiques remontant à des circonstances politiques totalement différentes de la réalité africaine d’aujourd’hui. L’Éthiopie n’était pas partie à l’accord de 1959, pas plus que les autres pays en amont n’ont participé à l’élaboration d’un système visant à déterminer l’avenir des eaux du Nil sans leur participation. Par conséquent, tenter de présenter ces arrangements comme une base définitive pour les droits de tous les pays du bassin revient à ignorer un fait fondamental : un État qui n’était pas partie à un accord ne peut, avec le temps, s’y voir lié simplement parce qu’un autre État l’exige. L’Afrique a changé sur les plans politique, démographique et économique. Les besoins en électricité, en denrées alimentaires et en eau se sont multipliés, de nouveaux projets d’intégration régionale ont vu le jour, et les pays en amont sont désormais mieux à même d’exploiter leurs ressources naturelles. Par conséquent, reproduire les accords du passé comme seule solution pour l’avenir n’est pas de la coopération. Il s’agit d’une tentative de préserver un héritage injuste malgré l’évolution des circonstances qui l’ont engendré. L'Éthiopie soutient que les fleuves transfrontaliers doivent être des vecteurs de coopération, de développement et d'intégration, et non des instruments visant à exclure les pays situés en amont ou à restreindre leur droit au développement. En janvier 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Habtamu Itefa, a affirmé que les fleuves transfrontaliers éthiopiens devaient être considérés comme des ressources partagées et des opportunités de coopération et de croissance verte, soulignant que la disponibilité de l’eau en Éthiopie pouvait apporter des avantages potentiels au Soudan, au Soudan du Sud, au Kenya, à la Somalie et à l’Égypte. Voici la position éthiopienne : l’eau n’est pas la propriété exclusive de l’Éthiopie, mais elle n’est pas non plus celle de l’Égypte. L’Éthiopie ne revendique pas le monopole sur le Nil ; elle refuse simplement que la participation à la gestion du fleuve serve de prétexte pour la priver de l’utilisation de ses ressources. La différence entre ces deux positions est fondamentale. Le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne : un projet contre-hégémonique Le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne n’est plus un projet susceptible d’être influencé par des déclarations politiques ou par les avertissements diplomatiques de l’Égypte, largement relayés par les médias. Il est devenu une réalité en matière de développement et de stratégie. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Habtamu Itefa, a déclaré que le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne avait contribué à doubler la capacité de production d’électricité de l’Éthiopie pour la porter à environ 9,6 gigawatts, et qu’il était également devenu un catalyseur de l’interconnexion électrique et de la coopération économique régionale. Il a également expliqué que l’Éthiopie exportait de l’électricité vers Djibouti, le Soudan et le Kenya, et qu’elle cherchait à étendre son réseau d’interconnexion électrique avec d’autres pays. Ainsi, le projet que le discours égyptien a tenté pendant des années de présenter comme une source de menace fait en réalité désormais partie d’une transformation plus large du système énergétique africain. Plus important encore, l’Éthiopie ne considère pas ses ressources en eau comme un moyen d’exercer une influence sur les autres, mais comme un fondement pour surmonter la pauvreté énergétique et parvenir à l’industrialisation et à la croissance économique. Le problème de l’Égypte ne se limite toutefois pas au GERD. Pour ceux qui savent lire entre les lignes, la volonté sous-jacente du pays a été exprimée à maintes reprises dans ses déclarations officielles. Le Caire n’est en aucun cas prêt à accepter l’Éthiopie comme un pays en développement fort, capable d’investir dans ses ressources naturelles sans attendre l’approbation extérieure. Mais l’Éthiopie a déjà démontré qu’elle était capable et déterminée à exploiter ses ressources sans l’autorisation de quiconque. Accepter cette réalité et développer la région de manière conjointe constitue la bonne réponse. En août, le ministre éthiopien de l’Eau et de l’Énergie a affirmé que son pays continuerait à exploiter ses ressources en eau et construirait d’autres barrages si nécessaire. Le ministre a également souligné que l’avenir de l’Éthiopie était étroitement lié au fleuve Abay et à la mer Rouge, et que le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne constituait un projet transformateur qui avait modifié la position du pays dans les domaines de l’énergie, du développement et de l’intégration régionale. Ainsi, parier que de fermes déclarations politiques puissent ramener l’Éthiopie à une phase d’hésitation ou d’attente revient à parier sur une réalité qui n’existe plus. L’Éthiopie a déclaré à maintes reprises que les cours d’eau transfrontaliers devaient être des moteurs de coopération et de prospérité partagée, tout en rejetant toute notion d’hégémonie sur l’eau qui priverait les pays en amont de leurs droits souverains. C’est la position réaffirmée par le ministère de l’Eau et de l’Énergie. Conformément à ce principe, l’Éthiopie continue de renforcer ses capacités, de produire de l’électricité et d’exporter de l’énergie, ainsi que d’investir dans ses ressources en eau. Elle poursuit également ses efforts en matière de réhabilitation des bassins versants, de reboisement, de préservation de l’environnement et de renforcement de la durabilité du bassin de l’Abay, un point souligné par le ministère de l’Eau et de l’Énergie dans sa dernière déclaration. L’Éthiopie ne fera pas marche arrière Les déclarations répétées de l’Égypte ne changeront pas le cours des choses, pas plus que les propos virulents ne conféreront au Caire une autorité que ni la loi ni la réalité ne lui ont accordée. Les accords passés ne permettront pas de revenir en arrière et ne pousseront pas l’Éthiopie à renoncer à son droit d’utiliser ses ressources naturelles. Au contraire, la poursuite de ce discours risque d’aboutir au résultat inverse : révéler la profondeur d’une mentalité qui continue de considérer le développement éthiopien comme une menace plutôt que comme une opportunité de coopération africaine. Il est donc temps que l’Égypte considère le Nil comme un bassin africain commun, et non comme une sphère d’influence unilatérale. Il est également temps de reconnaître que l’Éthiopie n’est pas un pays qui attend qu’on lui donne la permission de décider de son avenir. Le Nil ne sera pas un instrument de domination et le développement de l’Éthiopie ne s’arrêtera pas à cause d’une rhétorique politique, aussi bruyante soit-elle. La réalité du XXIe siècle impose une autre règle : le respect mutuel plutôt que la tutelle, la coopération plutôt que l’hégémonie, et le développement partagé plutôt que l’exclusion. Il ne s’agit pas simplement d’une vision éthiopienne. C’est la seule voie capable de faire passer le bassin du Nil d’un héritage de conflits à un espace d’intégration africaine.
Le rôle de l’Éthiopie en mer Rouge : le maillon manquant de la stabilité régionale
Sep 23, 2026 307
Pourquoi il ne peut y avoir de stabilité durable en mer Rouge sans l’Éthiopie Par Yordanos D. Le 22 septembre, 2026 (ENA) La mer Rouge n’est plus simplement un corridor maritime. Elle est devenue l’un des principaux foyers de tensions géopolitiques au monde — et la dernière crise autour du détroit de Bab el-Mandeb rend une réalité de plus en plus difficile à ignorer : la sécurité de la mer Rouge ne peut être dissociée de celle de la Corne de l’Afrique, et la sécurité de la Corne ne peut être véritablement prise en compte alors que l’Éthiopie reste en marge des décisions maritimes. Le 15 septembre 2026, le Secrétaire général adjoint de l’ONU, Khaled Khiari, a déclaré devant le Conseil de sécurité que la situation autour du détroit de Bab el-Mandeb était devenue de plus en plus volatile, alors que les combats s’intensifiaient le long de la côte occidentale du Yémen et que les forces houthies avançaient vers cette voie maritime stratégique. Il a appelé à la retenue, au dialogue ainsi qu’au rétablissement et au respect des droits et libertés de navigation conformément au droit international. Cet avertissement ne concernait pas uniquement le Yémen. Bab el-Mandeb est l’étroite porte maritime qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden et, au-delà, à l’océan Indien. Toute perturbation prolongée dans cette zone peut se répercuter sur le transport maritime, les assurances, les marchés de l’énergie, l’approvisionnement alimentaire et les chaînes logistiques mondiales. Les conséquences ne s’arrêtent pas aux côtes du Yémen ou aux pays riverains de la mer Rouge. Elles peuvent atteindre des usines en Asie, des marchés en Europe et des consommateurs situés à des milliers de kilomètres. Et, directement de l’autre côté de cet espace stratégique, sur la façade africaine, se trouve l’Éthiopie. Depuis plus de trois décennies, l’Éthiopie est enclavée à la suite de l’indépendance de l’Érythrée en 1993. Pourtant, la géographie n’a jamais réellement séparé l’Éthiopie de la mer Rouge. Au contraire : son histoire, son économie, sa sécurité et sa diplomatie sont restées profondément liées à ce corridor maritime. Aujourd’hui, cette dépendance est très concrète. Le commerce international de l’Éthiopie repose largement sur le corridor de Djibouti, ce qui signifie que toute instabilité affectant le transport maritime en mer Rouge, les ports, les assurances ou les routes maritimes peut rapidement devenir une préoccupation économique pour l’Éthiopie. L’Institute of Foreign Affairs éthiopien a décrit cette exposition comme une vulnérabilité stratégique découlant de la dépendance du pays à l’égard d’un corridor maritime dont la sécurité est largement façonnée en dehors de son contrôle institutionnel direct. Cette réalité devrait modifier la manière dont le monde comprend les aspirations maritimes de l’Éthiopie. La volonté de l’Éthiopie d’obtenir un accès fiable à la mer est trop souvent réduite à un différend territorial ou politique. Cette lecture est incomplète. Au fond, l’Éthiopie est confrontée à un problème structurel : une grande économie africaine et l’un des États les plus peuplés du continent dépendent fortement d’un système maritime dans lequel elle dispose d’un accès direct limité et d’une influence limitée sur l’architecture de sécurité. Ce n’est pas seulement un problème éthiopien. C’est un problème régional. Et il devient également un problème mondial. La mer Rouge ne peut pas être sécurisée depuis le large La dernière crise autour de Bab el-Mandeb révèle les limites d’une approche qui considère la sécurité de la mer Rouge principalement comme une question relevant des puissances navales extérieures à la région. Les navires de guerre peuvent protéger les bâtiments commerciaux. Les déploiements militaires peuvent dissuader les attaques. Les missions internationales peuvent escorter les navires marchands. Mais aucune flotte, aussi puissante soit-elle, ne peut à elle seule résoudre les vulnérabilités politiques, économiques et institutionnelles qui rendent la mer Rouge susceptible de connaître des épisodes récurrents d’instabilité. L’ONU elle-même a souligné que la protection de la liberté de navigation devait aller de pair avec la prévention d’une nouvelle escalade au Yémen et la recherche d’une solution politique. Cela signifie que la sécurité maritime ne peut être dissociée de la diplomatie régionale. Et la diplomatie régionale ne peut être dissociée des pays dont les économies et la sécurité sont directement exposées à la mer Rouge. L’Éthiopie est l’un de ces pays. En effet, les enjeux régionaux sont désormais reconnus sur le plan institutionnel. Le 15 septembre, le Conseil des ministres de l’IGAD a identifié la sécurité et la liberté de navigation en mer Rouge et dans le golfe d’Aden comme des priorités essentielles en matière de paix, de sécurité et de développement régional. Il a chargé le Secrétariat de l’IGAD de renforcer la gouvernance maritime régionale, ainsi que la coopération et la coordination face à l’évolution des dynamiques géopolitiques et sécuritaires. Cette décision transmet un message important : la sécurité de la mer Rouge n’est plus une question maritime lointaine. C’est une question de sécurité pour la Corne de l’Afrique. Et si c’est une question concernant la Corne de l’Afrique, l’Éthiopie ne peut pas être considérée comme un acteur secondaire. L’Éthiopie ne demande pas à être spectatrice La revendication éthiopienne en faveur d’un accès maritime doit donc être comprise dans ce contexte stratégique plus large. Un pays du poids économique et démographique de l’Éthiopie ne peut pas rester indéfiniment presque entièrement dépendant d’un seul corridor maritime extérieur alors que la sécurité de celui-ci est vulnérable aux conflits, aux rivalités géopolitiques et aux perturbations échappant à son contrôle. Cela ne signifie pas que l’Éthiopie puisse ignorer la souveraineté des États côtiers. Bien au contraire. Le meilleur fondement pour l’avenir maritime de l’Éthiopie repose sur la négociation, les bénéfices mutuels, le droit international et le respect de la souveraineté des pays voisins. L’Éthiopie a régulièrement présenté son accès à la mer dans ces termes. Les discussions récentes ont établi un lien entre l’accès maritime, le développement économique, la sécurité nationale, l’intégration régionale et la coopération diplomatique, tout en mettant l’accent sur le dialogue pacifique et les arrangements mutuellement bénéfiques. Cette distinction est importante. L’Éthiopie n’a pas besoin de confrontation pour établir un rôle maritime. Elle a besoin d’un arrangement durable qui permette d’aligner ses intérêts économiques sur ceux des États côtiers. Un tel arrangement pourrait transformer l’accès maritime, d’une source d’inquiétude régionale, en un moteur d’interdépendance régionale. D’une vulnérabilité liée à l’enclavement à un acteur régional Une autre dimension mérite beaucoup plus d’attention internationale. Si l’Éthiopie obtient un accès fiable à la mer dans le cadre d’un accord négocié, elle n’obtiendrait pas seulement une nouvelle voie pour ses importations et ses exportations. Elle acquérirait également un intérêt économique et institutionnel plus important dans la sécurité même du corridor maritime. Cela pourrait modifier l’équation stratégique. Un pays dont le commerce, les infrastructures et l’avenir économique sont directement liés à un corridor maritime a de fortes raisons de contribuer à la protection de ce corridor. L’Éthiopie pourrait contribuer au partage d’informations maritimes, à la sécurité portuaire, aux opérations de recherche et de sauvetage, à la préparation aux situations d’urgence, à la lutte contre la traite, à la coopération douanière et à la prévention de la criminalité maritime organisée. Les bases d’une telle participation sont déjà en train d’émerger. En août 2026, l’Organisation maritime internationale a soutenu à Addis-Abeba un atelier destiné à élaborer une feuille de route pour la création d’un Centre national de partage d’informations maritimes, afin de renforcer la coordination entre les institutions maritimes éthiopiennes et de contribuer à la sécurité maritime régionale dans le cadre du Code de conduite de Djibouti et de son amendement de Djeddah. C’est important, car la sécurité maritime ne se résume pas à la puissance militaire. Elle concerne également l’information. Elle concerne les institutions. Elle concerne les ports, les douanes, les garde-côtes, les autorités maritimes, les services de renseignement, les mécanismes d’intervention d’urgence et la gouvernance maritime civile. En d’autres termes, l’Éthiopie peut devenir partie prenante de la solution sans transformer la mer Rouge en un nouveau théâtre de compétition militaire. Addis-Abeba possède un atout que d’autres peuvent difficilement reproduire L’Éthiopie possède également un atout diplomatique qui mérite d’être davantage pris en considération : Addis-Abeba. La capitale éthiopienne accueille l’Union africaine et demeure l’un des principaux centres diplomatiques du continent. L’Éthiopie est membre de l’IGAD et possède plusieurs décennies d’expérience dans les initiatives africaines de paix et de sécurité. Cela donne à l’Éthiopie des canaux diplomatiques potentiels qui dépassent le cadre immédiat des États riverains de la mer Rouge. Le pays entretient des relations à travers l’Afrique, le Golfe et le Moyen-Orient au sens large. Sa position diplomatique peut donc offrir des possibilités de dialogue entre des acteurs dont les intérêts entrent fréquemment en collision. Cela ne signifie pas que l’Éthiopie doive devenir partie à chaque conflit entourant la mer Rouge. Cela signifie que l’Éthiopie a intérêt et potentiellement un rôle à défendre des principes qui devraient concerner tous les États maritimes : la liberté de navigation, la protection de la navigation civile, le respect de la souveraineté, l’adhésion au droit international et le règlement pacifique des différends. L’illusion dangereuse d’une mer Rouge sans l’Éthiopie Il existe une contradiction stratégique persistante dans la manière dont la région est parfois abordée. Les puissances extérieures reconnaissent l’importance considérable de la mer Rouge. Des forces navales sont déployées. Les bases militaires se développent. Des missions internationales patrouillent dans les eaux. Les gouvernements mettent en garde contre les menaces pesant sur le transport maritime. Pourtant, les pays dont les économies et la sécurité sont les plus directement liées à la Corne de l’Afrique ne sont pas toujours placés au centre du débat sur la sécurité. Cette approche n’est pas durable. La mer Rouge ne peut pas être stabilisée durablement en regardant uniquement vers le nord, en direction du Moyen-Orient, ou vers l’extérieur, en direction des puissances mondiales. Sa dimension africaine est tout aussi fondamentale. Les problèmes de sécurité d’un côté de Bab el-Mandeb interagissent inévitablement avec ceux de l’autre côté. Le conflit au Yémen, l’instabilité au Soudan, le terrorisme, la traite, la piraterie, le trafic d’armes et la criminalité organisée peuvent se renforcer mutuellement à travers les frontières maritimes et terrestres. Les récentes discussions de l’ONU ont explicitement établi un lien entre l’instabilité autour de Bab el-Mandeb et les menaces plus larges qui affectent le transport maritime international et la Corne de l’Afrique. La leçon est simple : la mer Rouge constitue un espace de sécurité unique, même lorsque les frontières politiques le divisent. La connectivité peut devenir une stratégie de paix Les ambitions maritimes de l’Éthiopie devraient donc être intégrées à une vision économique régionale plus large. Les ports ne devraient pas seulement être des lieux où les navires chargent et déchargent leurs marchandises. Ils peuvent devenir des portes d’entrée reliant les économies enclavées aux marchés côtiers. Les routes, les chemins de fer, les centres logistiques, les systèmes douaniers numériques et les corridors commerciaux peuvent transformer l’accès maritime en un instrument d’intégration économique régionale. Pour l’Éthiopie, la diversification des routes maritimes ne signifierait pas nécessairement l’abandon de sa relation économique actuelle avec Djibouti. Elle pourrait la compléter. Davantage de routes peut signifier davantage de résilience. Davantage de partenariats peut signifier davantage d’interdépendance économique. Et une plus grande interdépendance peut créer des incitations supplémentaires pour que les gouvernements protègent les infrastructures, les corridors commerciaux et la stabilité régionale. La connectivité ne peut pas garantir la paix. Mais l’isolement économique crée rarement une interdépendance régionale durable. Une Corne de l’Afrique davantage interconnectée aurait davantage à perdre dans un conflit — et davantage à gagner dans la coopération. La mer Rouge a besoin d’une appropriation africaine La question fondamentale n’est donc pas de savoir si l’Éthiopie devrait être autorisée à jouer un rôle en mer Rouge. La question la plus importante est de savoir si la région peut réellement construire une stabilité maritime durable tout en excluant de l’architecture stratégique entourant cette mer l’une des plus grandes économies d’Afrique et l’un de ses principaux centres diplomatiques. Cette approche est de plus en plus difficile à justifier. Les ambitions maritimes de l’Éthiopie ne devraient pas être présentées comme une demande de confrontation avec les États côtiers. Elles devraient être considérées comme faisant partie d’un programme africain plus large en faveur de la connectivité, de la résilience économique et de la sécurité collective. Cela nécessite de la diplomatie, et non de la confrontation. Cela nécessite des arrangements négociés, et non des actions unilatérales. Cela nécessite des institutions régionales, et non une nouvelle compétition entre puissances extérieures. Et surtout, cela nécessite de reconnaître que la sécurité de la mer Rouge est une responsabilité partagée. Une opportunité stratégique cachée derrière la crise La crise actuelle autour de Bab el-Mandeb constitue un avertissement — mais également une opportunité. Elle montre à quelle vitesse l’instabilité dans une voie maritime étroite peut devenir un problème économique mondial. Elle montre également les limites des dispositifs de sécurité qui reposent excessivement sur les réponses militaires tout en négligeant les institutions régionales et les solutions politiques. Pour l’Éthiopie, la crise souligne le coût de rester économiquement exposée à un système maritime sur lequel elle exerce une influence directe limitée. Mais elle offre également l’occasion de présenter une vision plus ambitieuse. L’Éthiopie peut rechercher un accès maritime tout en renforçant simultanément la gouvernance maritime régionale. Elle peut approfondir sa coopération avec les États côtiers tout en continuant à respecter leur souveraineté. Elle peut travailler à travers l’IGAD, l’Union africaine et les Nations unies. Elle peut investir dans les systèmes d’information maritime, la logistique, les capacités d’intervention d’urgence et les institutions de sécurité. Et elle peut utiliser sa position diplomatique à Addis-Abeba pour promouvoir le dialogue plutôt que d’accentuer la confrontation. L’objectif devrait être d’institutionnaliser l’intérêt économique et sécuritaire légitime de l’Éthiopie en mer Rouge à travers des arrangements pacifiques, conformes au droit international et mutuellement bénéfiques. Pas de sécurité durable en mer Rouge sans l’Éthiopie L’avenir de la mer Rouge sera finalement déterminé non seulement par la géographie, mais aussi par la capacité des États qui l’entourent et qui en dépendent à construire un système capable de gérer leurs vulnérabilités communes. L’Éthiopie est trop importante pour être économiquement détachée de ce système. Trop directement liée à la région par sa géographie pour être stratégiquement ignorée. Trop importante sur le plan diplomatique pour être traitée comme un simple observateur continental. Et trop exposée aux perturbations de la mer Rouge pour rester durablement en dehors des dispositifs significatifs de sécurité maritime. La crise actuelle a rendu un fait incontestable : ce qui se passe autour de Bab el-Mandeb ne reste pas autour de Bab el-Mandeb. Cela atteint la Corne de l’Afrique. Cela atteint l’Éthiopie. Cela atteint le commerce mondial. Et si la région souhaite réellement construire une architecture durable de sécurité en mer Rouge, l’Éthiopie ne peut pas simplement être un pays affecté par les décisions prises concernant cette mer. Elle doit avoir une place à la table où ces décisions sont élaborées. Car la stabilité durable ne viendra ni de la sécurisation des eaux en ignorant les terres, ni de la protection du transport maritime en négligeant les économies et les sociétés qui en dépendent. Ainsi, l’avenir de la mer Rouge est indissociable de celui de la Corne de l’Afrique — et l’avenir de la Corne ne peut être conçu sans l’Éthiopie.
Les problèmes hydriques de l’Égypte : une histoire de mauvaise gestion et d’hypocrisie
Sep 22, 2026 449
Par la rédaction Le 22 septembre, 2026 (ENA) Alors que le monde est confronté aux défis de la pénurie d’eau et du développement durable, la position de l’Égypte sur ces questions suscite des interrogations. Bien qu’elle dispose de vastes réserves d’eau souterraines qui pourraient durer des siècles, même si les précipitations en Éthiopie venaient à cesser, l’Égypte continue de crier au scandale concernant l’utilisation des eaux de l’Abay (le Nil). Mais cette préoccupation porte-t-elle véritablement sur la pénurie d’eau, ou s’agit-il d’une tentative à peine voilée d’étouffer le développement de ses pays voisins ? Une histoire de mauvaise gestion de l’eau Les pratiques de gestion de l’eau en Égypte comptent en effet parmi les pires au monde. Le secteur agricole du pays, qui consomme la part du lion de ses ressources en eau, est dominé par des cultures très gourmandes en eau comme la canne à sucre et le riz. Ces cultures sont non seulement non durables, mais elles contribuent également aux problèmes hydriques du pays. Il est ironique que, alors que l’Égypte est prête à gaspiller ses ressources en eau pour ces cultures, elle attende d’autres pays, comme l’Éthiopie, qu’ils renoncent à leur propre développement et limitent leur consommation d’eau à un simple filet.   Un deux poids, deux mesures L’approche de l’Égypte en matière de gestion de l’eau est un exemple classique du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». D’un côté, le pays est prêt à gaspiller ses ressources en eau dans des projets somptueux, tels que des villes tentaculaires construites dans le désert, tandis que de l’autre, il attend des Éthiopiens qu’ils vivent dans l’obscurité, sans même disposer des commodités de base que sont l’électricité et l’eau potable. Ce deux poids, deux mesures est non seulement hypocrite, mais rappelle aussi de manière flagrante la propension de l’Égypte à gaspiller l’eau dans le désert, tout en refusant à ses voisins le droit de développer leurs propres ressources en eau. Un manque de gratitude Malgré les efforts de l’Éthiopie pour planter plus de 56 milliards de jeunes plants, une initiative qui contribuera non seulement à réduire l’évaporation de l’eau du Nil, mais aussi à la lutte mondiale contre le changement climatique, l’Égypte a choisi de répondre par l’ingratitude. Au lieu de remercier l’Éthiopie pour sa gestion responsable de l’environnement, l’Égypte a choisi de déstabiliser le pays, en utilisant toutes les ruses possibles pour saper son développement. Cette logique tordue témoigne du manque de vision à long terme de l’Égypte et de son incapacité à avoir une vision d’ensemble. Une mentalité néocoloniale Le comportement de l’Égypte envers ses voisins, en particulier le Soudan, rappelle cruellement sa mentalité néocoloniale. En traitant le Soudan comme un appendice, l’Égypte tente de démanteler la souveraineté de ce pays et de le réduire à un simple État vassal. Cette approche est non seulement contre-productive, mais constitue également une menace pour la stabilité et la sécurité régionales. Une stratégie de la corde raide L’objectif ultime de l’Égypte est de s’assurer qu’aucun pays, d’un côté ou de l’autre de la mer Rouge, ne prospère. Cette stratégie de la corde raide est la recette du désastre, car elle ne fera qu’exacerber les tensions et créer un climat de méfiance et d’hostilité. En adoptant cette approche, l’Égypte nuit non seulement à ses voisins, mais sape également ses propres intérêts à long terme. En conclusion, les problèmes hydriques de l’Égypte sont une blessure qu’elle s’est infligée elle-même, causée par sa propre mauvaise gestion et son hypocrisie. Au lieu de rejeter la responsabilité de sa pénurie d’eau sur ses voisins, l’Égypte devrait examiner de près ses propres pratiques et politiques. En adoptant une approche plus durable et plus équitable de la gestion de l’eau, l’Égypte peut non seulement garantir sa propre sécurité hydrique, mais aussi contribuer au développement et à la prospérité de ses pays voisins. D’ici là, les lamentations de l’Égypte sur la pénurie d’eau ne resteront rien d’autre qu’une tentative à peine voilée d’étouffer le développement des autres, tandis qu’elle continue de gaspiller ses propres ressources en eau en toute impunité.
Agence des nouvelles éthiopienne
2023