L’expérience hydroélectrique de l’Éthiopie inspire les ambitions africaines en matière de sécurité énergétique - ENA Français
L’expérience hydroélectrique de l’Éthiopie inspire les ambitions africaines en matière de sécurité énergétique
Addis Ababa le 6 novembre, 2026 (ENA) L’expérience de l’Éthiopie dans la réalisation du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), financé sur ressources nationales, ainsi que ses initiatives en faveur des énergies renouvelables, constitue une source d’enseignements pour les pays africains désireux de renforcer leur sécurité énergétique, d’accélérer leur industrialisation et de développer leurs compétences techniques, ont indiqué des experts participant au 36e Symposium africain sur l’hydroélectricité à Addis-Abeba.
Le développement hydroélectrique de l’Éthiopie et sa capacité à mobiliser des ressources nationales pour financer de grands projets d’infrastructures énergétiques ouvrent également de nouvelles perspectives de coopération entre les pays africains dans le secteur de l’énergie, ont souligné les participants.
Organisé au siège de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), à Addis-Abeba, le symposium a réuni des acteurs de 20 pays autour d’échanges de connaissances techniques, de partages d’expériences et de réflexions sur les stratégies susceptibles de promouvoir le développement hydroélectrique à l’échelle du continent.
Betlehem Hailu, fondatrice et directrice générale d’ESG360, une société de conseil et d’investissement spécialisée dans les stratégies de durabilité, la gestion des risques environnementaux et sociaux ainsi que l’emploi durable, a estimé que l’expérience éthiopienne en matière de développement hydroélectrique offre des enseignements importants sur la manière de concilier sécurité énergétique et protection de l’environnement.
Elle a notamment souligné que la préservation des écosystèmes fluviaux et les investissements en faveur des communautés vivant autour des infrastructures énergétiques sont indispensables à la durabilité à long terme des projets hydroélectriques.
À cet égard, le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne et l’Initiative de l’héritage vert (Green Legacy Initiative) illustrent l’importance d'associer le développement des énergies renouvelables à la préservation de l’environnement, a-t-elle indiqué.
Selon Betlehem Hailu, les campagnes de reboisement dans les hauts plateaux éthiopiens contribuent à protéger les ressources en eau indispensables à la production hydroélectrique, tandis que le recours aux énergies renouvelables permet de réduire les émissions de carbone.
Elle a également insisté sur la nécessité d’accroître la participation du secteur privé afin de combler le déficit de financement énergétique en Afrique, les projets hydroélectriques nécessitant d’importants investissements en capital.
« La participation du secteur privé et les investissements privés seront essentiels pour améliorer l’électrification et l’accès à l’énergie dans de nombreux pays africains », a-t-elle déclaré.
Elle a par ailleurs mis en avant le rôle de l’approvisionnement éthiopien en électricité renouvelable pour les entreprises soucieuses de respecter leurs engagements en matière de durabilité. L’accès à une énergie propre peut, selon elle, renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs intéressés par les projets liés à la transition climatique.
Betlehem Hailu a estimé que l’organisation du Symposium africain sur l’hydroélectricité en Éthiopie offre aux pays participants l’occasion de tirer parti de l’expérience du pays dans ce domaine, notamment celle du GERD, devenu une source d’inspiration pour plusieurs nations africaines.
« De nombreux collègues africains nous disent que le Grand barrage de la Renaissance les inspire, notamment parce que son financement a reposé sur des ressources nationales, alors que beaucoup de pays africains attendent encore des financements internationaux », a-t-elle déclaré.
Le recours aux ressources financières nationales pour la construction du barrage a ainsi encouragé d’autres pays africains à explorer leurs propres capacités de financement, plutôt que de dépendre exclusivement des financements extérieurs, a-t-elle ajouté.
De son côté, Davis Chinkusu, directeur général du Centre régional de formation hydroélectrique de Kafue Gorge (KGRTC), en Zambie, a souligné que le renforcement des compétences techniques et le partage des connaissances entre les pays africains sont essentiels pour consolider la sécurité énergétique et accélérer l’industrialisation du continent.
Il a indiqué que le symposium constitue un cadre important permettant aux professionnels africains du secteur énergétique de mettre en commun leur expertise, d'améliorer la planification des projets et de développer les capacités techniques nécessaires à la réalisation des infrastructures énergétiques.
Selon Davis Chinkusu, l’Afrique dispose d’ingénieurs et de professionnels qualifiés, capables de concevoir et de réaliser des projets hydroélectriques et solaires. Une coopération plus étroite reste toutefois nécessaire pour transformer cette expertise existante en réalisations concrètes.
« Nous disposons en Afrique d’ingénieurs hautement qualifiés. Nous devons nous réunir et commencer à examiner ensemble les différentes possibilités de développement de ces centrales électriques », a-t-il déclaré.
Il a souligné que la qualité de la préparation des projets et le renforcement des compétences techniques sont des conditions essentielles pour attirer les investissements et garantir la bonne mise en œuvre des projets énergétiques.
Davis Chinkusu a également mis en avant l’importance d’élargir les programmes de formation et de renforcement des capacités dans le secteur énergétique à travers le continent. Selon lui, une coopération accrue entre les institutions de formation pourrait contribuer à combler le déficit de compétences dans ce domaine.
Il a précisé que l’accord signé en marge du symposium devrait permettre d’élargir l’accès aux formations dispensées par le KGRTC, au-delà de l’Afrique australe, à d’autres régions du continent.
Cette initiative devrait contribuer à développer les compétences nécessaires à la réalisation de projets hydroélectriques et d’autres infrastructures liées aux énergies renouvelables, tout en soutenant les ambitions d’industrialisation de l’Afrique.
« Nous nous réjouissons de cette initiative et voulons voir ce changement se concrétiser afin que l’Afrique puisse s’industrialiser. Car sans connaissances, nous ne pouvons aller nulle part. Ce sont les compétences qui font toute la différence », a-t-il déclaré.
Les deux experts ont ainsi souligné que le renforcement de l’expertise technique, l’accroissement des investissements et la promotion de la coopération régionale constituent des leviers essentiels pour exploiter pleinement l'immense potentiel hydroélectrique de l’Afrique.
L’expérience de l’Éthiopie dans la réalisation de grandes infrastructures hydroélectriques, conjuguée à ses ressources en énergies renouvelables, offre des perspectives de contribution aux efforts du continent visant à améliorer l’accès à l’électricité, à promouvoir le développement durable et à bâtir un secteur énergétique plus résilient.
Le 36e Symposium africain sur l’hydroélectricité devrait contribuer davantage au renforcement de la coopération entre les pays africains, grâce à des présentations techniques, des communications scientifiques et des sessions de partage d’expériences réunissant les différents acteurs du secteur énergétique.