La quête de l’Éthiopie pour un accès maritime à la mer Rouge : une priorité stratégique pour le développement économique, la sécurité nationale et la coopération régionale

Par un rédacteur

                                                 Le 14 octobre, 2026 (ENA)

 

La quête d’un accès fiable à la mer Rouge s’est imposée comme l’une des principales priorités stratégiques de l’Éthiopie, étroitement liée à son développement économique, à sa sécurité nationale, à l’intégration régionale et à ses intérêts nationaux à long terme. Comptant parmi les pays enclavés les plus peuplés au monde, l’Éthiopie dépend des ports et des corridors de transport de ses pays voisins pour relier son économie aux marchés internationaux. Par conséquent, la garantie d’un accès maritime fiable est devenue un enjeu majeur dans les efforts déployés par le pays pour renforcer ses échanges commerciaux, développer les investissements et soutenir la croissance économique.

 

La mer Rouge occupe une position stratégique importante dans le commerce international, reliant les principaux marchés d’Europe, d’Asie et du Moyen-Orient. Ses voies maritimes sont essentielles à la circulation des marchandises, des ressources énergétiques et d’autres produits de base. Pour l’Éthiopie, un accès fiable à ces voies maritimes pourrait offrir des opportunités de diversification des corridors commerciaux, d’amélioration de l’efficacité logistique et de renforcement de sa participation aux systèmes économiques régionaux et mondiaux.

 

Dans des déclarations récentes, le président Taye Atske Selassie, le Premier ministre Abiy Ahmed et le ministère des Affaires étrangères ont réaffirmé la détermination de l’Éthiopie à obtenir un accès maritime par le biais d’une diplomatie pacifique, du dialogue et d’accords mutuellement avantageux. Leurs déclarations reflètent la position du gouvernement selon laquelle les réalités géographiques et les intérêts de développement de l’Éthiopie doivent être pris en compte dans un cadre de coopération régionale, de respect mutuel et de prospérité partagée.

 

Réalité géographique et intérêts stratégiques de l’Éthiopie

 

Le statut de pays enclavé de l’Éthiopie, suite à l’indépendance de l’Érythrée en 1993, a fondamentalement modifié sa relation avec le commerce maritime. Depuis lors, le pays dépend fortement des États voisins pour accéder aux voies maritimes internationales, le port de Djibouti servant de principale porte d’entrée maritime.

 

Cette dépendance a fait de l’accès portuaire, des infrastructures de transport et des corridors commerciaux transfrontaliers des éléments essentiels de la planification économique de l’Éthiopie. À mesure que la population et l’économie du pays se sont développées, le besoin de liaisons maritimes fiables, efficaces et diversifiées est devenu de plus en plus important.

 

Le président Taye Atske Selassie, s’exprimant lors de la séance d’ouverture conjointe de la Chambre des représentants du peuple et de la Chambre de la Fédération le 6 octobre, a réaffirmé la détermination de l’Éthiopie à obtenir l’accès aux voies navigables de l’Abay (Nil Bleu) et de la mer Rouge. Il a souligné l’importance de faire valoir les intérêts du pays par le dialogue et des partenariats qui tiennent compte des priorités de développement de pays de la région.

 

La position du président met en évidence la volonté du gouvernement de remédier aux contraintes géographiques de l’Éthiopie par le biais d’un engagement diplomatique, tout en renforçant ses relations régionales.

 

Engagement du gouvernement et action diplomatique

 

Le Premier ministre Abiy Ahmed a également réaffirmé l’engagement de l’Éthiopie à obtenir un accès maritime fiable lors de son discours devant le Parlement le 5 octobre, à la suite de sa prestation de serment pour un nouveau mandat.

 

Le Premier ministre a souligné que l’accès à la mer est étroitement lié à la vision nationale à long terme de l’Éthiopie et à ses objectifs de développement économique. Il a mis l’accent sur le dialogue, l’intérêt mutuel et la coopération comme principes essentiels pour faire valoir les intérêts du pays.

 

L’approche diplomatique du gouvernement reflète la prise de conscience que des accords maritimes durables nécessitent un engagement constructif avec les pays voisins. De tels accords pourraient porter sur l’accès aux ports commerciaux, les corridors de transport, les investissements dans les infrastructures et d’autres mécanismes convenus d’un commun accord.

 

Le ministère des Affaires étrangères a également souligné l’importance de reconnaître les réalités géographiques de l’Éthiopie et ses intérêts nationaux légitimes. Parallèlement, il a réaffirmé l’engagement du pays en faveur d’un dialogue pacifique, du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, ainsi que de relations de bon voisinage.

 

Cette approche place la diplomatie au cœur des efforts déployés par l’Éthiopie pour établir des liaisons maritimes fiables tout en minimisant le risque de confrontation régionale.

 

Importance économique de l’accès à la mer

 

Un accès fiable à la mer pourrait avoir des implications importantes pour la transformation économique de l’Éthiopie. Le commerce international dépend de systèmes de transport efficaces, de coûts logistiques compétitifs et d’un accès prévisible aux marchés mondiaux. Pour une grande économie enclavée, les faiblesses des infrastructures portuaires ou les perturbations le long des corridors de transport peuvent affecter les entreprises, les consommateurs et les plans de développement nationaux.

 

La diversification de l’accès maritime pourrait aider l’Éthiopie à améliorer la résilience de ses chaînes d’approvisionnement, à réduire sa dépendance vis-à-vis d’un seul port principal et à créer des opportunités supplémentaires en matière de commerce et d’investissement.

 

Une meilleure connectivité maritime pourrait également soutenir l’exportation de produits agricoles, de biens manufacturés et d’autres matières premières, tout en facilitant les importations de machines, de carburant, d’intrants industriels et de produits de consommation.

 

En outre, des liaisons de transport renforcées pourraient encourager les investissements transfrontaliers dans les routes, les chemins de fer, les installations logistiques, les infrastructures énergétiques et le développement industriel. Ces investissements pourraient créer des emplois, promouvoir le commerce régional et renforcer la coopération économique dans toute la Corne de l’Afrique.

 

Lors de son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre, le président Taye a établi un lien entre un accès fiable à la mer, la transformation économique de l’Éthiopie et son intégration plus poussée dans le commerce international. L’objectif plus large est de renforcer la capacité du pays à participer de manière compétitive aux marchés régionaux et mondiaux.

 

Coopération régionale et sécurité maritime

 

La mer Rouge n’est pas seulement un corridor économique, mais aussi une région d’importance stratégique où se croisent la sécurité maritime, le commerce international et les intérêts géopolitiques. Sa stabilité a des répercussions sur les pays de toute la Corne de l’Afrique et au-delà.

 

Les intérêts maritimes de l’Éthiopie sont donc liés à des enjeux régionaux plus larges, notamment la sécurité des voies maritimes, les infrastructures transfrontalières, la prévention du trafic illicite et la coopération face aux menaces maritimes.

 

Les discussions organisées par l’Académie de leadership d’Addis-Abeba le 18 septembre ont mis en lumière le lien entre l’accès à la mer, la sécurité nationale, le fleuve Abay et l’intégration régionale. Les participants ont souligné l’importance de la diplomatie, du dialogue pacifique et d’accords mutuellement avantageux pour traiter ces enjeux interdépendants.

 

La coopération régionale pourrait offrir des opportunités de développer des infrastructures communes, d’améliorer l’efficacité des transports et de renforcer les relations économiques entre États voisins. Elle pourrait également favoriser des approches coordonnées face aux défis de sécurité communs affectant la mer Rouge et le golfe d’Aden.

 

Pour ces raisons, la quête d’un accès maritime par l’Éthiopie nécessite un engagement qui tienne compte à la fois de ses intérêts nationaux et des préoccupations légitimes des pays voisins. Un cadre régional coopératif contribuerait à créer les conditions dans lesquelles la connectivité économique favoriserait la stabilité plutôt que la concurrence.

 

Cadres juridiques et accords mutuellement avantageux

 

Un aspect important à prendre en compte dans les ambitions maritimes de l’Éthiopie est la distinction entre l’accès à un port et la souveraineté sur le territoire côtier.

 

Les accords portuaires commerciaux, les accords de transit, les baux portuaires et les partenariats en matière d’infrastructures peuvent offrir aux pays enclavés un accès fiable au commerce maritime sans exiger la souveraineté territoriale sur le littoral.

 

Pour l’Éthiopie, l’issue concrète des négociations diplomatiques dépendra des termes de tout accord conclu avec l’État côtier concerné. De tels accords devraient établir des dispositions claires concernant l’exploitation portuaire, le transport, les investissements, la sécurité, ainsi que les droits et responsabilités des parties participantes.

 

Le respect du droit international, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale reste essentiel pour maintenir la confiance régionale et garantir la pérennité de tout accord futur.

 

Un cadre négocié fondé sur des avantages mutuels pourrait offrir à l’Éthiopie des opportunités de renforcer ses liaisons maritimes tout en permettant aux pays partenaires de tirer profit du commerce, des investissements et du développement des infrastructures.

 

Conclusion

 

La volonté de l’Éthiopie d’obtenir un accès fiable à la mer Rouge constitue un objectif stratégique à long terme qui trouve son origine dans sa situation géographique, ses ambitions économiques et ses priorités en matière de développement national. L’importance renouvelée accordée par le gouvernement à l’accès maritime témoigne de sa détermination à relever les défis liés à son statut de pays enclavé et à renforcer l’intégration du pays dans le commerce international.

 

Les déclarations du président Taye Atske Selassie, du Premier ministre Abiy Ahmed et du ministère des Affaires étrangères soulignent l’importance de la diplomatie pacifique, du dialogue et de la coopération pour faire progresser cet objectif. Un accès maritime fiable pourrait contribuer à diversifier les corridors commerciaux de l’Éthiopie, à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement, à améliorer la compétitivité économique et à élargir les opportunités d’investissement régional.

 

Néanmoins, la réalisation de ces objectifs exigera un engagement diplomatique soutenu, des négociations concrètes et des accords respectant le droit international et la souveraineté des pays voisins. Le succès de la stratégie maritime de l’Éthiopie dépendra non seulement de sa capacité à faire valoir ses intérêts nationaux, mais aussi de sa capacité à instaurer la confiance et à identifier des domaines d’intérêt commun avec ses partenaires régionaux.

 

En fin de compte, une approche pacifique et mutuellement bénéfique de l’accès maritime pourrait servir de fondement à une coopération économique renforcée, à l’intégration régionale et à la stabilité à long terme dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge. En associant ses ambitions de développement à des partenariats régionaux constructifs, l’Éthiopie a l’occasion de faire progresser ses priorités nationales tout en contribuant aux objectifs plus larges de paix, de prospérité et de développement durable.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023