Le nouveau gouvernement éthiopien confie des postes clés à des femmes

Par Meseret T.

                                                  Le 8 octobre, 2026 (ENA)

Le nouveau gouvernement fédéral éthiopien a placé les femmes au cœur de la prochaine phase de transformation économique du pays : neuf femmes sont désormais à la tête de ministères clés, allant des Finances et du Commerce à la Justice, en passant par la Technologie, les Mines, la Santé, le Tourisme et les Affaires sociales.

La Chambre des représentants des peuples a approuvé aujourd’hui le gouvernement proposé par le Premier ministre Abiy Ahmed, les femmes occupant neuf des 22 portefeuilles ministériels, soit près de 41 % du gouvernement. Ces nominations renforcent le rôle croissant des femmes dans la prise de décision nationale en Éthiopie et placent des femmes dirigeantes à la tête de certaines des institutions économiques et sociales les plus importantes du gouvernement.

L’importance de ces nominations va au-delà du simple nombre de femmes au sein du gouvernement. Les portefeuilles qui leur sont confiés se situent au cœur des ambitions fondamentales de l’Éthiopie : maintenir la stabilité macroéconomique, développer le commerce et les exportations, renforcer l’État de droit, mobiliser les recettes intérieures, exploiter les ressources naturelles, accélérer la transformation numérique, améliorer les services de santé, développer le tourisme et protéger les catégories vulnérables de la société.

Il s’agit donc d’un gouvernement dans lequel la représentation est étroitement liée à la responsabilité.

Ces nominations interviennent à un moment particulièrement important du parcours de développement de l’Éthiopie. Selon le ministère des Finances, l’économie éthiopienne a progressé de 9,2 % au cours de l’exercice 2024/25, contre 8,1 % l’année précédente, après avoir affiché un taux de croissance annuel moyen de 6,8 % entre 2018/19 et 2023/24. Le ministère prévoit une croissance économique de 10,2 % en 2025/26, ce qui reflète la volonté du gouvernement de maintenir la dynamique observée ces dernières années et de faire entrer l’économie dans une phase de croissance à deux chiffres.

Le gouvernement s’efforce désormais de renforcer encore cette dynamique et d’atteindre une croissance économique à deux chiffres, tout en poursuivant des réformes macroéconomiques visant à rendre cette croissance plus durable, plus productive et plus généralisée. Un responsable de la Commission de l’Union africaine a récemment décrit la transformation de l’Éthiopie comme se déroulant à un rythme très rapide et a noté que le pays devrait s’approcher d’une croissance à deux chiffres.

Cette trajectoire confère une lourde responsabilité aux ministres nouvellement nommés. Leur tâche ne consiste pas simplement à administrer les ministères, mais à traduire les politiques de réforme en améliorations mesurables en matière de production, d’investissement, d’exportations, de services publics, d’emploi et de niveau de vie.

Gérer l’économie à un moment décisif

Parmi les nominations les plus importantes figure celle de Fitsum Assefa (titulaire d’un doctorat) au poste de ministre des Finances.

Ayant précédemment occupé les fonctions de ministre de la Planification et du Développement, Fitsum apporte son expérience en matière de politique et de planification dans le cadre du programme de réforme du gouvernement à une institution chargée de la gestion budgétaire et de la coopération économique du pays.

Le ministère des Finances est chargé de préparer et de mettre en œuvre le budget fédéral, de gérer les finances publiques, d’élaborer les politiques budgétaires, de mobiliser des ressources extérieures, de gérer la dette publique et de développer des cadres pour les partenariats public-privé. Son mandat place donc le ministre au cœur des efforts visant à préserver la stabilité macroéconomique tout en veillant à ce que les ressources publiques limitées soient orientées vers les priorités nationales.

À l’heure où l’Éthiopie cherche à accroître sa capacité de production tout en gérant sa dette, les pressions sur les devises et les besoins de financement liés au développement, cette nomination revêt une importance considérable.

Le défi de Fitsum consistera à contribuer à traduire la croissance économique en une capacité budgétaire renforcée et en investissements productifs — en veillant à ce que l’expansion de l’économie s’appuie sur des finances publiques saines et que les réformes produisent des résultats tangibles.

Poursuivre l’ouverture des marchés et orienter la production vers l’exportation

Yasmin Wahabrebbi, nommée ministre du Commerce et de l’Intégration régionale, prend la tête d’une autre institution essentielle aux ambitions économiques de l’Éthiopie.

Les responsabilités du ministère vont bien au-delà de la simple gestion des échanges commerciaux. Il est chargé d’élaborer des politiques en matière de commerce intérieur et extérieur ainsi que d’intégration économique régionale, de moderniser le commerce intérieur, de créer les conditions propices à l’expansion des exportations et de soutenir les producteurs éthiopiens qui cherchent à accéder aux marchés étrangers. Il joue également un rôle dans la négociation et la mise en œuvre des accords commerciaux.

Ce portefeuille revêt donc une importance particulière alors que l’Éthiopie cherche à renforcer sa présence sur les marchés continentaux et mondiaux.

Pour un pays doté d’un vaste marché intérieur et d’un potentiel considérable dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie manufacturière, des ressources minérales et du tourisme, le défi consiste de plus en plus à transformer la production en exportations compétitives, à approfondir les échanges commerciaux régionaux et à tirer davantage parti de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Yasmin évoluera donc à l’un des carrefours où la production nationale rejoint l’ambition de l’Éthiopie de devenir un acteur plus compétitif dans le commerce régional et international.

Les recettes d’une économie en pleine croissance

Aynalem Nigussie, le nouveau ministre des Recettes, prend la tête d’une institution dont les performances influenceront directement la capacité du gouvernement à financer le développement à partir de ressources nationales.

Le ministère des Recettes a pour mission de mettre en place une administration fiscale et douanière moderne, d’encourager l’adhésion volontaire à la législation fiscale et de lutter contre la fraude fiscale. Sa vision déclarée est de construire une administration fiscale moderne et, à terme, de parvenir à ce que les dépenses nationales soient couvertes par les recettes fiscales.

Pour une économie en quête d’une croissance plus rapide, il s’agit là d’une mission cruciale.

L’expansion économique nécessite des routes, des écoles, des établissements de santé, des infrastructures productives et des institutions publiques. Le financement durable de ces priorités passe par une assiette fiscale nationale plus solide.

La responsabilité d’Aynalem s’étendra donc au-delà de la simple perception des impôts. Elle consistera à élargir l’assiette fiscale, à améliorer le respect des obligations fiscales, à moderniser l’administration et à renforcer le lien entre l’activité économique et les ressources dont dispose l’État.

Justice et confiance dans l’économie

Au ministère de la Justice, Hanna Araya-Selassie prend la tête d’une institution essentielle à la réforme juridique et institutionnelle du pays.

L’importance du portefeuille de la justice s’étend à pratiquement tous les domaines de l’économie et de la société. Des institutions juridiques efficaces fournissent le cadre dans lequel évoluent les citoyens, les entreprises et les investisseurs. Elles contribuent à définir les droits et les obligations, à faire respecter les contrats, à renforcer la responsabilité et à instaurer une plus grande prévisibilité dans l’administration publique.

Alors que l’Éthiopie s’efforce d’attirer les investissements et d’accroître la participation du secteur privé, le renforcement de la sécurité juridique devient indissociable de la réforme économique.

La mission d’Hanna la place donc au carrefour de la réforme de l’État de droit, du renforcement institutionnel et de la création d’un environnement plus prévisible pour les citoyens et les entreprises.

La technologie, moteur de la prochaine économie

Peu de portefeuilles reflètent aussi clairement l’ambition de l’Éthiopie de franchir une nouvelle étape de développement que celui du ministère de l’Innovation et de la Technologie, désormais dirigé par Frehiwot Tamiru.

Forte de son expérience à la tête d’Ethio Telecom, notamment dans le développement des services financiers numériques via Telebirr, Frehiwot apporte son expertise à un ministère dont le mandat couvre les technologies émergentes et numériques, les technologies géospatiales et spatiales, l’innovation et le développement de l’économie numérique.

Le ministère est également chargé de coordonner les efforts nationaux en matière de recherche et développement et de soutenir la transformation d’idées innovantes en contributions à la prospérité nationale.

Sa nomination intervient alors que l’Éthiopie cherche à faire de la numérisation un pilier de la transformation économique plutôt qu’un simple exercice de modernisation technologique.

Le défi consiste à relier la technologie à la productivité — de la finance numérique et des services publics à l’intelligence artificielle, en passant par l’innovation, la recherche, l’industrie manufacturière et les nouvelles entreprises capables de créer des emplois et de générer des devises étrangères.

La technologie : le moteur de la prochaine économie

Peu de portefeuilles reflètent aussi clairement l’ambition de l’Éthiopie d’atteindre une nouvelle étape de développement que celui du ministère de l’Innovation et de la Technologie, désormais dirigé par Frehiwot Tamiru.

Forte de son expérience à la tête d’Ethio Telecom — notamment dans le développement de services financiers numériques via Telebirr —, Frehiwot met son expertise au service d’un ministère dont la mission couvre les technologies émergentes et numériques, les technologies géospatiales et spatiales, l’innovation et le développement de l’économie numérique.

Le ministère est également chargé de coordonner les efforts nationaux en matière de recherche et développement et de soutenir la transformation d’idées innovantes en contributions à la prospérité nationale.

Sa nomination intervient alors que l’Éthiopie cherche à faire de la numérisation un pilier de la transformation économique plutôt qu’un simple exercice de modernisation technologique.

Le défi consiste à relier la technologie à la productivité — de la finance numérique et des services publics à l’intelligence artificielle, en passant par l’innovation, la recherche, l’industrie manufacturière et les nouvelles entreprises capables de créer des emplois et de générer des devises étrangères.

La santé, un investissement dans le capital humain

Le Dr Mekdes Daba, nommée ministre de la Santé, prend la tête de l’un des portefeuilles gouvernementaux les plus directement axés sur les personnes.

Son parcours professionnel en médecine et en santé publique la place à la tête d’un ministère dont la mission englobe le développement et la réglementation des services de santé, la protection de la santé publique, la prévention des maladies, la nutrition, les infrastructures sanitaires, les médicaments et le matériel médical, la formation professionnelle et le système national d’information sur la santé.

Cette mission revêt une importance particulière, car la transformation économique dépend en fin de compte du capital humain.

Une économie en pleine croissance a besoin d’une population en bonne santé et productive. L’amélioration de la santé maternelle et infantile, le renforcement des soins de santé primaires, la prévention des maladies et l’élargissement de l’accès à des services médicaux de qualité ne sont donc pas des enjeux distincts du programme de développement ; ils en font partie intégrante.

Le Dr Mekdes sera chargée de contribuer à transformer les progrès réalisés par l’Éthiopie en matière de santé en systèmes de santé plus solides et plus résilients, capables de soutenir une population et une économie en pleine croissance.

La culture et le tourisme, des atouts économiques

Selamawit Kassa, qui reprend les rênes du ministère de la Culture et du Tourisme, se voit confier un portefeuille revêtant une importance tant économique que nationale.

La mission du ministère consiste notamment à préserver l’histoire et le patrimoine culturel de l’Éthiopie, à promouvoir les langues et les valeurs culturelles du pays, à développer les institutions culturelles et à encourager la créativité et la production artistique.

Pour l’Éthiopie, cependant, la culture ne se résume pas à la préservation. C’est également un atout économique.

Les civilisations anciennes du pays, ses sites historiques, la diversité de ses cultures, ses paysages, sa gastronomie, ses festivals et ses traditions vivantes constituent une ressource touristique considérable. Le développement de ce potentiel peut générer des devises étrangères, créer des emplois et stimuler l’activité économique bien au-delà du secteur touristique lui-même.

Selamawit devra donc contribuer à transformer la richesse culturelle et le potentiel touristique de l’Éthiopie en un moteur plus puissant du développement national.

Les femmes, les familles et la protection sociale

Au sein du ministère de la Condition féminine et des Affaires sociales, Shewit Shanka dirige une institution dont la mission s’étend à certains des groupes les plus vulnérables de la société.

Le ministère est chargé des politiques et stratégies concernant les femmes, les enfants, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées et d’autres catégories vulnérables de la société.

Sa mission revêt une importance particulière alors que l’Éthiopie connaît actuellement de rapides changements économiques et structurels.

La réforme économique ne peut se mesurer uniquement à l’aune de la croissance du PIB, des investissements ou des exportations. Son succès doit également se traduire par une amélioration des opportunités économiques pour les femmes, par la protection des citoyens vulnérables et par la capacité des familles à résister aux chocs économiques et sociaux.

Le ministère joue donc un rôle essentiel pour veiller à ce que les bénéfices du développement profitent à des segments plus larges de la société.

Neuf nominations, une responsabilité accrue

Prises dans leur ensemble, ces neuf nominations montrent que les femmes ne sont plus cantonnées à un ensemble restreint de portefeuilles traditionnellement dits « sociaux » au sein du gouvernement fédéral éthiopien.

Les femmes se voient désormais confier la gestion du budget national, du commerce et de l’intégration régionale, de la justice, des recettes publiques, de la technologie, des mines, de la santé, de la culture et du tourisme, ainsi que des questions relatives aux femmes et aux affaires sociales — autant de secteurs qui, ensemble, déterminent l’orientation économique et la capacité institutionnelle du pays.

C’est peut-être là la caractéristique la plus marquante du nouveau gouvernement.

Ces nominations interviennent également à un moment où le programme de développement de l’Éthiopie devient de plus en plus exigeant. Le pays s’efforce simultanément de maintenir une expansion économique rapide, de tendre vers une croissance à deux chiffres, de renforcer les recettes intérieures, d’accroître les exportations, d’attirer les investissements, d’exploiter ses ressources naturelles, d’approfondir la transformation numérique et d’améliorer les services publics.

Un tel programme exige plus que des politiques ambitieuses. Il exige une mise en œuvre concrète.

Pour les neuf femmes qui occupent ces postes, comme pour chaque membre du nouveau gouvernement, cette nomination représente donc une immense responsabilité. On leur confie des institutions qui ont un impact sur des millions de vies et des secteurs susceptibles soit d’accélérer, soit de freiner la transformation de l’Éthiopie.

C’est à l’aune des résultats qu’il produira que l’on jugera en fin de compte ce nouveau gouvernement : des institutions plus solides, une économie plus productive, une augmentation des investissements et des exportations, des services publics améliorés, davantage d’opportunités pour les citoyens et un processus de développement dans lequel les femmes ne sont pas simplement représentées, mais comptent parmi celles qui prennent les décisions qui façonnent l’avenir du pays.

Le dernier gouvernement éthiopien envoie ainsi deux messages à la fois : d’une part, la participation des femmes aux plus hauts niveaux de la direction publique s’institutionnalise de plus en plus ; d’autre part, le pays attend de ceux à qui il confie les rênes du pouvoir qu’ils tiennent leurs promesses.

Le prochain chapitre ne sera pas jugé simplement en fonction de qui occupe les postes ministériels, mais en fonction de ce que ces postes permettront d’accomplir.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023