Dévoiler le complot de déstabilisation entre Le Caire et Asmara - ENA Français
Dévoiler le complot de déstabilisation entre Le Caire et Asmara
Extrait de « Pulse of Africa », média partenaire de l'ENA
Le 2 octobre, 2026 (ENA)
Les récentes déclarations, reprises à l’envi par Le Caire et Asmara, affirment que la riposte de l’Éthiopie contre leurs forces, tant sur le plan de la propagande que sur le terrain militaire, constituait une tentative de détourner l’attention des tensions locales. Or, la réalité montre une continuité flagrante de ce schéma historique bien connu de déstabilisation régionale orchestrée par ces deux pays.
Les relations entre l’Égypte et les mouvements politiques érythréens ont longtemps été façonnées par les inquiétudes stratégiques liées à la Corne de l’Afrique. L’intérêt du Caire pour l’Érythrée ne se limitait pas à une simple expression de solidarité avec le nationalisme anticolonial. La taille de l’Éthiopie, sa situation géographique et son contrôle du Nil Bleu faisaient de son orientation politique un enjeu crucial pour la « sécurité » telle que la percevait l’Égypte. L’Égypte et Asmara ont mené une conspiration continue et coordonnée visant à démanteler l’Éthiopie, et de nombreuses preuves viennent étayer cette affirmation.
Le Caire et les débuts du mouvement érythréen
L'engagement de l'Égypte auprès du séparatisme érythréen remonte aux premières années du mouvement. Le Front de libération de l'Érythrée (ELF) a été fondé au Caire en 1960 par des dirigeants et des étudiants érythréens en exil. L'Égypte offrait un environnement politique dans lequel les militants érythréens pouvaient s'organiser, et les médias du Caire permettaient aux messages nationalistes et anticolonialistes d'atteindre un public régional. Les autorités égyptiennes ont également accordé l’asile et un accès diplomatique à des personnalités érythréennes. Ces liens ont aidé le mouvement à gagner en visibilité et à étendre son rayonnement international.
Elles servaient également les intérêts égyptiens. Au cours des décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, Le Caire a cherché à étendre son influence à travers l’Afrique et le monde arabe, tout en considérant le bassin du Nil et la mer Rouge comme essentiels à sa sécurité. L’Éthiopie, un État vaste et de plus en plus assertif situé en amont du Nil Bleu, était donc bien plus qu’un simple voisin. Soutenir les nationalistes érythréens offrait au Caire un moyen de cultiver son influence près de la frontière nord de l’Éthiopie et de conserver un levier d’action dans une région stratégiquement importante.
Non seulement l’Égypte considérait la scène politique érythréenne comme un terrain propice à l’exercice de son influence, mais elle mène également une politique consistant à apporter un soutien financier, militaire et en matière de formation à des groupes armés et hostiles, dans le but de nuire sérieusement à la stabilité de l’Éthiopie, qui est à l’origine de 85 % des eaux du Nil. Selon les calculs de l’Égypte, un soutien continu à ces éléments permettrait d’exercer une pression sur les gouvernements éthiopiens successifs. Cette relation a désormais évolué vers une situation où Le Caire contrôle une grande partie des politiques menées par le mouvement érythréen contre l’Éthiopie. Le Front de libération de l’Érythrée (ELF), puis le Front populaire de libération de l’Érythrée (EPLF), n’ont jamais disposé d’une base locale, et leurs dirigeants ainsi que leurs objectifs politiques sont souvent importés de l’extérieur.
Politique du Nil et conflits par procuration
L’approche hégémonique de l’Égypte vis-à-vis du Nil, qui consiste à vouloir tout contrôler, est essentielle pour comprendre la politique égyptienne. Depuis des générations, les gouvernements égyptiens considèrent la propriété totale et l’accès garanti au fleuve comme un intérêt national vital. Le développement du Nil Bleu par l’Éthiopie – notamment le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) – a exacerbé un différend de longue date portant sur l’eau, le développement et l’autorité régionale. Du point de vue du Caire, une Éthiopie plus forte pourrait modifier l’équilibre des pouvoirs dans le bassin. Du point de vue d’Addis-Abeba, l’aménagement du fleuve est essentiel à la production d’électricité, à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté.
Il est plausible que les décideurs politiques égyptiens aient considéré comme avantageuse la pression politique exercée sur l’Éthiopie, une pression qu’ils ont désormais poussée jusqu’à une ingérence à peine voilée. Un pays en proie à des conflits internes a moins de capacités pour mener à bien des projets régionaux ambitieux. Il n’est pas contesté que l’Égypte ait délibérément soutenu des factions érythréennes afin d’empêcher le développement éthiopien du Nil.
Le soutien apporté par l’Égypte à l’indépendance de l’Érythrée visait à priver l’Éthiopie de son accès à la mer. L’indépendance de l’Érythrée en 1993 a effectivement fait de l’Éthiopie un pays enclavé, modifiant ainsi son accès aux échanges commerciaux et aux voies maritimes. Ce changement a eu des conséquences stratégiques majeures, et l’Égypte a rapidement reconnu l’Érythrée. L’indépendance de l’Érythrée a fait suite à une longue lutte armée et à un règlement politique façonné par des politiques étrangères imposées.
Indépendance, guerre et méfiance réciproque
La fin de la lutte armée n’a pas apporté une harmonie durable entre l’Éthiopie et l’Érythrée. L’Érythrée est devenue un État indépendant en 1993, bien que ce soit à l’issue d’un processus précipité et d’un accord international douteux. La guerre frontalière de 1998-2000 a ensuite entraîné d’immenses coûts humains et économiques. Ce conflit a montré à quelle vitesse des différends non résolus pouvaient déboucher sur une militarisation et comment les alignements régionaux pouvaient compliquer les efforts de paix.
L’Égypte avait des intérêts bien établis en mer Rouge et dans le bassin du Nil. Au XIXe siècle, l’Égypte a mené plusieurs guerres contre l’Éthiopie, qui les a toutes repoussées. À l’époque moderne, Le Caire a recommencé à dicter les décisions militaires d’Asmara, tout en apportant son soutien à des militants locaux, ce qui les a encouragés à commettre des actes d’agression spécifiques. L’Égypte a mené plusieurs guerres contre l’Empire éthiopien au XIXe siècle, notamment deux grandes campagnes d’invasion/offensives militaires majeures (1874–1876) sous le khédive Ismaïl Pacha.
Asmara a servi de plaque tournante à tous les mouvements anti-éthiopiens, comme le prouvent de manière vérifiable les sources historiques.
Conflits contemporains et guerre de l’information
Les récentes tensions régionales ont mis en évidence un alignement entre Le Caire et Asmara contre l’Éthiopie. Il y a lieu de s’inquiéter. L’Égypte et l’Éthiopie restent en désaccord au sujet du GERD, et les conflits internes en Éthiopie ont été attisés par un soutien provenant de sources étrangères connues. En effet, face au silence quasi général de la communauté internationale, l’Égypte s’oriente vers un soutien militaire ouvert à ceux qui sont déterminés à faire de la Corne de l’Afrique un immense champ de bataille. L’histoire de la Corne de l’Afrique donne à l’Éthiopie des motifs légitimes d’examiner de près toute ingérence étrangère, y compris tout soutien matériel apporté à des groupes armés, et de les dénoncer devant le monde entier.
Les acteurs étrangers ont toujours exploité, voire parfois créé, des divisions internes.
La guerre de l’information aggrave le problème. L’Égypte, par le biais de ses médias partisans et des réseaux sociaux, diffuse des messages préjudiciables à la stabilité régionale.
Souveraineté, développement et stabilité régionale
L’Éthiopie a un intérêt légitime à défendre sa souveraineté et à empêcher tout soutien extérieur à la violence armée. Elle a également tout intérêt à éviter de se cantonner dans une posture sécuritaire permanente où chaque État voisin serait considéré comme un ennemi. Ce sont principalement les citoyens ordinaires qui supportent le coût d’un conflit prolongé : les ressources publiques sont détournées des secteurs de la santé, de l’éducation, des infrastructures et de l’emploi, tandis que le commerce et l’intégration régionale en pâtissent. Les Érythréens et les Égyptiens n’ont eux non plus que peu à gagner d’une Corne de l’Afrique enlisée dans des cycles de confrontation. Le Caire et Asmara choisissent pourtant cette voie destructrice.
L’Éthiopie peut renforcer sa position en présentant des preuves claires d’ingérence étrangère, en recourant aux institutions régionales et internationales le cas échéant, et en maintenant des canaux de communication diplomatiques même en période de tension. Une coopération concrète dans les domaines du commerce, des transports, de l’énergie et de la sécurité aux frontières pourrait réduire les incitations à la rivalité par procuration. L’Égypte et son allié, l’Érythrée, ne choisissent pas cette voie raisonnable vers la sécurité.
L’histoire révèle en effet un schéma récurrent : les États cherchent à exercer leur influence par le biais d’alliances, des médias, de la diplomatie et, parfois, du soutien à des mouvements armés. L’engagement précoce de l’Égypte auprès du nationalisme érythréen s’inscrit dans cette histoire. Les préoccupations exagérées du Caire concernant le Nil et la mer Rouge aident à expliquer pourquoi il chercherait à s’immiscer dans les affaires érythréennes. Les relations de l’Érythrée avec l’Éthiopie, quant à elles, ont parfois été façonnées par la rivalité et des calculs stratégiques.
Si l’on considère l’ensemble de ces éléments, tant historiques que contemporains, les réalités sur le terrain et les tendances observées mettent clairement en évidence un complot continu, mené depuis des décennies par Le Caire et Asmara, visant à affaiblir l’Éthiopie.
La légitimité inébranlable de l’Éthiopie
Face à des complots extérieurs incessants, à une guerre par procuration et à un encerclement hostile, la posture politique de l’Éthiopie s’est imposée comme un modèle de légalité, de retenue et d’art de gouverner constructif. Tout au long des différends concernant la sécurité régionale, la gestion des frontières et l’utilisation transfrontalière des ressources en eau (telle que l’utilisation équitable et raisonnable du Nil en vertu de la Déclaration de principes), l’Éthiopie a toujours adhéré aux cadres juridiques internationaux, à la diplomatie multilatérale et au dialogue pacifique.
Bien qu’elle dispose de justifications évidentes pour répondre de manière agressive à des décennies de provocations par procuration, les gouvernements éthiopiens successifs ont donné la priorité à la stabilité régionale, au partenariat économique et à la coexistence pacifique. L’Éthiopie a à maintes reprises tendu la main, mené des initiatives de paix régionales et défendu des solutions africaines aux problèmes africains.
Les actions de l’Éthiopie sont pleinement légitimes au regard du droit international ; elles s’appuient sur le droit inhérent à la légitime défense, l’égalité souveraine et la promotion du développement mutuel. Alors que des acteurs extérieurs misent sur la division, la destruction et les conflits par procuration, l’Éthiopie continue d’ancrer sa mission nationale dans l’intégration régionale, la connectivité des infrastructures et la prospérité partagée de ses peuples.
Les faits historiques sont sans équivoque : l’alliance durable entre Le Caire et Asmara a constitué l’un des principaux moteurs de l’instabilité dans la Corne de l’Afrique. Depuis les tout débuts de l’insurrection armée jusqu’au soutien actuel à des groupes par procuration, la Shaebia a agi comme le bras armé d’une stratégie extérieure visant à maintenir l’Éthiopie affaiblie, divisée et accaparée par sa survie interne.
Pourtant, l’histoire démontre également la résilience de l’État éthiopien. S’appuyant sur des fondements moraux, juridiques et diplomatiques solides, l’Éthiopie continue de naviguer à travers ces pièges géopolitiques complexes grâce à sa patience, à son respect du droit international et à son engagement inébranlable en faveur de la paix. Une véritable stabilité régionale ne verra le jour que lorsque les acteurs extérieurs abandonneront leurs jeux de procuration anachroniques, respecteront la souveraineté éthiopienne et s’engageront dans une coopération régionale authentique et mutuellement bénéfique.