L'Éthiopie s'achemine vers la formation pacifique d'un nouveau gouvernement - ENA Français
L'Éthiopie s'achemine vers la formation pacifique d'un nouveau gouvernement
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Le 2 octobre, 2026 (ENA)
Des urnes à la formation d’un nouveau gouvernement, l’Éthiopie entame un chapitre déterminant de son parcours démocratique
L’Éthiopie s’engage dans un nouveau chapitre décisif de son parcours politique, alors que le gouvernement fédéral du pays s’apprête à être formé à l’issue de la 7e élection législative et de la mise en place des conseils régionaux et municipaux nouvellement élus.
Cette transition marque un moment crucial pour la deuxième nation la plus peuplée d’Afrique, non seulement parce qu’une nouvelle administration prend forme, mais aussi parce que le pays cherche à traduire cet immense exercice électoral en institutions opérationnelles, en représentation politique et en un mandat national renouvelé.
Le 5 octobre 2026, l’Éthiopie doit inaugurer la Chambre des représentants du peuple nouvellement élue et mettre officiellement en place le nouveau gouvernement fédéral, achevant ainsi le processus constitutionnel qui a suivi les élections législatives du 1er juin.
Cette date représente bien plus que l’ouverture d’une nouvelle législature. C’est le moment où les urnes cèdent la place à la gouvernance, les élus assumant la responsabilité de traduire les mandats électoraux en politiques, en lois et en institutions publiques.
La 7e élection législative s’est déroulée à une échelle rarement observée dans l’histoire de l’Éthiopie. Selon la Commission électorale nationale éthiopienne (NEBE), plus de 54 millions de citoyens se sont inscrits sur les listes électorales et 51,7 millions ont voté. Quarante-deux partis politiques ont présenté 10 438 candidats, auxquels se sont ajoutés 80 candidats indépendants, dans le cadre d’un processus électoral qui s’est étendu à l’ensemble du pays.
Pour l’Éthiopie, l’importance de ce moment ne réside pas seulement dans les chiffres. Elle réside dans ce qui va suivre.
Des urnes aux institutions
La campagne électorale et le scrutin sont désormais derrière nous. Les résultats se traduisent désormais en autorité institutionnelle. Le Parti de la prospérité a remporté 438 des 501 sièges de la Chambre des représentants du peuple pour lesquels les résultats ont été annoncés, ce qui lui confère la majorité parlementaire requise par le système constitutionnel éthiopien pour former l’exécutif fédéral.
Ce résultat confère au nouveau gouvernement un mandat parlementaire clair. Mais le prochain chapitre ne sera finalement pas jugé à l’aune de l’ampleur de la victoire électorale, mais à celle de la manière dont ce mandat sera converti en une gouvernance efficace. Cette responsabilité intervient à un moment décisif.
L’Éthiopie doit en effet mener de front la réforme économique, le dialogue national, la consolidation de la paix, la réforme institutionnelle, la diplomatie régionale et un programme de développement ambitieux. La nouvelle administration héritera donc non seulement de l’autorité de gouverner, mais aussi d’un large éventail d’attentes de la part des citoyens, des entreprises, des acteurs politiques et des partenaires internationaux.
Le passage de la campagne électorale à la gouvernance constituera le véritable test pour les institutions du pays.
Les gouvernements régionaux commencent déjà à se mettre en place
La transition vers un système fédéral est précédée par des évolutions aux niveaux régional et municipal. Les conseils régionaux ont commencé à constituer leurs gouvernements et à élire leurs chefs de l’administration, jetant ainsi les bases institutionnelles de la prochaine phase de gouvernance.
À Addis-Abeba, le conseil municipal a reconduit à l’unanimité Adanech Abiebie dans ses fonctions de maire le 30 septembre, lui accordant ainsi un nouveau mandat à la tête de l’administration de la capitale. Le conseil a mis en avant le développement des infrastructures, les réformes administratives et les services axés sur les citoyens parmi les réalisations de son précédent mandat.
Les évolutions observées dans les régions et dans la capitale montrent que la transition post-électorale en Éthiopie se déroule à travers les différents niveaux de sa structure fédérale plutôt que par le biais d’un événement unique à Addis-Abeba. Ce processus graduel — des conseils régionaux au parlement fédéral — souligne également l’architecture constitutionnelle selon laquelle l’autorité politique est organisée dans le pays.
Un transfert constitutionnel du pouvoir politique
La Constitution éthiopienne place la Chambre des représentants du peuple au cœur du pouvoir législatif fédéral et fournit le fondement constitutionnel nécessaire à la formation du pouvoir exécutif à l’issue des élections législatives. L’article 56 stipule que le parti politique ou la coalition détenant la majorité à la Chambre forme et dirige le pouvoir exécutif fédéral. Le résultat des élections a donc établi la base parlementaire nécessaire à la formation du prochain gouvernement.
La portée du 5 octobre dépasse donc le simple cadre d’une cérémonie.
Cette date marque le moment institutionnel où le résultat des élections de juin se traduit par un nouvel accord de gouvernance. Pour un pays présentant la complexité politique de l’Éthiopie, le maintien de la continuité constitutionnelle au cours de cette transition revêt une importance particulière.
Ces élections ont suscité un vif intérêt à l’échelle continentale, l’Union africaine ayant déployé une mission d’observation électorale dirigée par l’ancien président kenyan Uhuru Kenyatta. L’UA a par la suite salué les élections du 1er juin, les qualifiant d’étape importante dans l’évolution démocratique de l’Éthiopie et reconnaissant le rôle joué par la Commission électorale nationale dans la gestion du processus.
Une représentation au-delà du parti vainqueur
La majorité parlementaire confère au Parti de la prospérité la base constitutionnelle nécessaire pour former le gouvernement fédéral. Parallèlement, la présence de représentants de l’opposition au sein des assemblées législatives fédérales et régionales signifie que les institutions politiques éthiopiennes continueront d’accueillir des voix politiques divergentes.
Cela est important, car la démocratie ne s’arrête pas au dépouillement des bulletins de vote.
Le parlement post-électoral devient l’arène où les priorités, les intérêts et les perspectives politiques divergents se traduisent par des débats législatifs, un contrôle parlementaire et des politiques publiques. Pour les partis d’opposition, les élus et les voix indépendantes, la nouvelle législature offre une plateforme institutionnelle leur permettant de représenter leurs électeurs et de participer au processus politique du pays.
Pour le parti au pouvoir, la majorité parlementaire s’accompagne de la responsabilité correspondante de traduire son mandat en une administration efficace et en une responsabilité publique.
Mais l’engagement de l’UA n’a pas se limité à l’observation des élections.
En tant que pays hôte du siège de l’Union africaine et acteur diplomatique central sur le continent, l’Éthiopie voit ses développements politiques revêtir une importance qui dépasse largement ses frontières. Comme l’a souligné l’ancien président Kenyatta avant le scrutin, les élections éthiopiennes revêtaient une importance pour l’ensemble du continent africain. L’attention continentale se tourne désormais vers la suite des événements : la transition pacifique d’un mandat électoral vers un gouvernement constitutionnel.
Avec l’ouverture prochaine de la nouvelle Chambre des représentants des peuples et la formation du gouvernement fédéral prévue le 5 octobre, l’Éthiopie s’apprête à vivre un moment décisif. Ce moment permettra notamment de déterminer si la compétition électorale peut déboucher sur une gouvernance constitutionnelle ordonnée, une continuité institutionnelle et une transition politique pacifique.
Le véritable défi : transformer la transition politique en paix
La question la plus importante pour l’Éthiopie aujourd’hui est peut-être de savoir si le nouveau cycle politique pourra contribuer à renforcer la paix et la stabilité institutionnelle. L’histoire politique de l’Éthiopie a démontré à maintes reprises le coût des conflits politiques non résolus. C’est pourquoi les efforts actuels de dialogue national et de réconciliation se déroulent parallèlement à la formation du nouveau gouvernement.
Le gouvernement n’a cessé de présenter le dialogue, la réconciliation et les institutions constitutionnelles comme des outils essentiels pour relever les défis nationaux. Le processus de dialogue national a également cherché à recueillir des points de vue sur des questions politiques et sociales de longue date à travers le pays.
Le nouveau gouvernement entrera donc en fonction avec des attentes qui vont bien au-delà de la gestion économique. Les citoyens compteront sur les institutions pour garantir la sécurité, la justice, les opportunités économiques, les services publics et une gouvernance responsable. Les partis politiques devront rivaliser par le biais des institutions plutôt que par la confrontation. Et la communauté internationale observera comment les institutions démocratiques éthiopiennes évolueront au cours du nouveau cycle politique de cinq ans.
Un nouveau chapitre, pas une fin
La formation d’un nouveau gouvernement est souvent considérée comme l’aboutissement d’une élection. Pour l’Éthiopie, il convient plutôt de la voir comme le début d’une phase plus exigeante. Les urnes ont exprimé un choix politique. Les conseils sont en cours d’organisation. Le Parlement fédéral s’apprête à ouvrir ses travaux. Le mécanisme constitutionnel avance vers la mise en place d’un nouvel exécutif.
Vient maintenant le moment de gouverner.
Le mandat politique à venir permettra de vérifier si la participation électorale peut se traduire par des institutions plus solides ; si la concurrence politique peut coexister avec le dialogue national ; si les mécanismes constitutionnels peuvent offrir un espace de divergence sans replonger le pays dans la confrontation ; et si les capacités institutionnelles sont à la hauteur des attentes considérables suscitées par les ambitions de développement de l’Éthiopie.
L’Éthiopie entame ce nouveau chapitre forte de l’autorité politique issue de sa septième élection législative et dotée d’institutions qui doivent désormais mettre ce mandat en œuvre dans la gestion quotidienne des affaires publiques. Le parcours démocratique du pays ne s’achève donc pas avec l’annonce des résultats ni avec la prestation de serment d’un nouveau gouvernement.
Il passe des urnes aux institutions, de la compétition politique à la responsabilité publique, et du mandat électoral à la tâche plus ardue qui consiste à construire la paix, la prospérité et une gouvernance responsable.
C’est le prochain chapitre que l’Éthiopie s’apprête à écrire.