L’Éthiopie sous les projecteurs : de la diplomatie sanitaire à l’affirmation stratégique concernant le fleuve Abay et la mer Rouge

Par la rédaction

                                          31 août 2026

La semaine éthiopienne s’est déroulée à la croisée de la diplomatie continentale, de la coopération sanitaire et des ambitions de développement plus larges du pays, Addis-Abeba servant une nouvelle fois de plateforme majeure pour l’engagement régional et international.

De l’accueil de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique (CR76) aux débats nationaux renouvelés sur le développement le long du fleuve Abay et à la quête d’un accès souverain à la mer par l’Éthiopie, cette semaine a mis en évidence un thème central : la détermination de l’Éthiopie à faire progresser le développement tout en approfondissant la coopération régionale et l’intégration économique.

Ces développements ont également souligné l’importance croissante du fleuve Abay et de la mer Rouge dans la stratégie économique à long terme de l’Éthiopie, axée sur la sécurité énergétique, la connectivité, le commerce et la prospérité régionale.

L’Éthiopie accueille le principal forum africain sur la santé

Addis-Abeba s’est retrouvée au cœur de la diplomatie sanitaire africaine alors que l’Éthiopie accueillait la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique.

Co-organisée par le ministère éthiopien de la Santé et le Bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique, cette réunion de trois jours a rassemblé le président Taye Atske Selassie, le président de la Commission de l’Union africaine Mahmoud Ali Youssouf, la ministre de la Santé, le Dr Mekdes Daba, ainsi que des délégués de 47 États membres de la région africaine de l’OMS, aux côtés de ministres, de responsables mondiaux de la santé, de partenaires de développement, de bailleurs de fonds et de représentants de l’OMS.

Les participants ont fait le point sur les progrès réalisés concernant les priorités régionales en matière de santé et ont examiné de nouvelles stratégies, résolutions et actions collectives visant à renforcer les systèmes de santé, à faire progresser la couverture sanitaire universelle, à améliorer la sécurité sanitaire et à renforcer la préparation aux situations d’urgence.

Cette réunion a également été l’occasion de mettre en avant les progrès réalisés par l’Éthiopie dans l’extension des services de santé essentiels et le renforcement de sa capacité à répondre aux urgences de santé publique.

Le Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, organe directeur du bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, se réunit chaque année pour définir la politique régionale en matière de santé, examiner les travaux de l’organisation et établir les priorités visant à améliorer les résultats sanitaires sur l’ensemble du continent.

L’avenir sanitaire de l’Afrique doit être dirigé par les Africains

Un message fort est ressorti de cette réunion : la nécessité d’une plus grande appropriation par l’Afrique de l’agenda sanitaire du continent.

Le président Taye Atske Selassie a appelé à une nouvelle approche centrée sur les priorités africaines, une intégration renforcée et des actions mesurables, faisant valoir que le prochain chapitre de l’histoire sanitaire du continent devrait être de plus en plus guidé par les capacités nationales plutôt que par des réponses fragmentées et une dépendance prolongée.

L’aide extérieure, a-t-il noté, peut compléter les objectifs nationaux en matière de santé, mais le soutien au développement devrait répondre aux priorités de l’Afrique plutôt que d’être principalement façonné par des programmes de réforme conçus ailleurs.

« Nous ne devons pas rester les bras croisés et nous adapter à des réformes conçues ailleurs », a déclaré le président Taye, exhortant les pays africains à « façonner eux-mêmes les programmes de réforme » en fonction de leurs propres priorités et de leur propre vision.

Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a également souligné que la souveraineté sanitaire devenait un élément essentiel du programme de développement de l’Afrique.

Il a évoqué les défis persistants et émergents, notamment Ebola, le choléra, la variole du singe, le VIH et la tuberculose, ainsi que le fardeau croissant des maladies non transmissibles. Parallèlement, il a mis en avant les contraintes structurelles auxquelles sont confrontés les systèmes de santé africains, notamment des infrastructures limitées, un financement insuffisant et une pénurie de professionnels de santé qualifiés.

Le Dr Tedros Adhanom, directeur général de l’OMS, a noté que l’Afrique a continué à progresser vers des objectifs sanitaires importants malgré des réductions parmi les plus importantes du financement international de la santé depuis une génération.

Les discussions ont donc dépassé le cadre des urgences de santé publique pour aborder une question plus large : comment l’Afrique peut-elle mettre en place des systèmes de développement résilients, autonomes et durables ?

 

Le fleuve Abay : développement, énergie et coopération régionale

Parallèlement à la diplomatie sanitaire, le fleuve Abay est resté au cœur du discours sur le développement national de l’Éthiopie.

L’Éthiopie considère l’Abay, l’un des principaux affluents du Nil, comme une ressource essentielle pour développer la production d’électricité, soutenir l’industrialisation et renforcer la transformation économique.

L’inauguration du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) a marqué une étape majeure dans cette trajectoire de développement. Ce projet, qui constitue la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique, a été présenté par l’Éthiopie comme la pierre angulaire de son ambition d’élargir l’accès à l’électricité, d’accélérer le développement industriel et de renforcer sa position en tant que pôle énergétique régional.

Le GERD a également intensifié le débat régional plus large sur l’utilisation équitable et raisonnable des eaux partagées du Nil.

L’Éthiopie soutient que la mise en valeur de ses ressources en eau doit se faire conformément aux principes d’une utilisation équitable et raisonnable, tout en reconnaissant les intérêts et les préoccupations des autres pays du bassin du Nil.

Dans ce contexte, l’ancien ministre de l’Eau, Shiferaw Jarso, a déclaré à l’ENA que l’Éthiopie devait rester ferme dans la poursuite de ses intérêts de développement sur le fleuve Abay. Il a également appelé l’Égypte à indemniser l’Éthiopie pour l’utilisation de ses ressources en eau, invoquant la contribution de l’Éthiopie, qui représente environ 86 % du débit du Nil via le système de l’Abay.

Shiferaw a fait valoir que l’opposition persistante de l’Égypte n’empêcherait pas l’Éthiopie de développer de nouvelles infrastructures hydrauliques et a réitéré la position de longue date de l’Éthiopie concernant l’utilisation équitable des eaux du Nil.

De même, le professeur Yacob Arsano, chercheur spécialisé dans les ressources en eau, a souligné que les accusations portées par l’Égypte contre l’Éthiopie au sujet du fleuve Abay (Nil), alors que l’Égypte ne contribue en rien au débit de ce fleuve, sont sans fondement et totalement inacceptables.

Il a souligné que l’Éthiopie ne dispose d’aucune part allouée des eaux du Nil en vertu de l’Accord de 1959 sur les eaux du Nil, auquel l’Éthiopie n’était pas partie. « L’Éthiopie a le droit légitime d’utiliser ses ressources en eau à des fins de développement tout en garantissant une utilisation équitable et raisonnable des eaux du Nil », a souligné le professeur Yacob.

Il a déclaré que l’Égypte a historiquement cherché à entraver le développement et le progrès de l’Éthiopie, notamment en soutenant des groupes internes, afin d’empêcher le pays d’exploiter ses abondantes ressources naturelles.

 

Accès à la mer Rouge : d’une nécessité stratégique à une opportunité régionale

La quête d’un accès souverain à la mer par l’Éthiopie est également restée un élément important du discours sur le développement du pays.

Pour le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, qui est enclavé, l’accès aux voies commerciales maritimes a des implications économiques significatives en matière de logistique, de compétitivité commerciale, d’industrialisation et de connectivité régionale.

Fethi Mahdi, vice-président de la commission permanente des relations extérieures et des affaires de paix de la Chambre des représentants du peuple, a déclaré à l’ENA que la demande d’accès à la mer formulée par l’Éthiopie allait au-delà de la manutention et du transbordement de marchandises.

Il a souligné que cette question reposait sur des fondements économiques plus larges, citant des études des Nations unies indiquant que les pays enclavés peuvent être confrontés à d’importants désavantages économiques par rapport aux pays disposant d’un accès direct à la mer.

L’Éthiopie a à plusieurs reprises présenté sa quête d’un accès à la mer sous l’angle de la souveraineté, de l’intérêt mutuel, du dialogue pacifique et du partenariat avec les pays voisins.

L’accent est de plus en plus mis non plus sur la seule question de l’accès, mais sur les possibilités économiques plus larges que la connectivité maritime pourrait ouvrir pour la Corne de l’Afrique : expansion des échanges commerciaux, infrastructures intégrées, investissements, corridors industriels et renforcement des marchés régionaux.

En ce sens, l’ambition maritime de l’Éthiopie pourrait devenir non seulement un projet économique national, mais aussi une opportunité d’intégration économique régionale et de prospérité partagée.

 

Les relations entre la Thaïlande et l’Éthiopie prennent un élan stratégique

 

L’engagement diplomatique de l’Éthiopie s’est également renforcé cette semaine avec la visite officielle du vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères thaïlandais, Sihasak Phuangketkeow.

 

Cette visite a reflété la volonté de la Thaïlande d’approfondir ses relations bilatérales avec l’Éthiopie tout en élargissant son engagement envers l’Afrique par le biais de l’Union africaine, dont le siège se trouve à Addis-Abeba.

 

M. Phuangketkeow a déclaré que sa visite poursuivait deux objectifs stratégiques : renforcer le partenariat de la Thaïlande avec l’Éthiopie et élargir l’engagement de la Thaïlande envers l’Afrique par le biais de l’UA.

 

Cette évolution souligne l’importance persistante d’Addis-Abeba en tant que pont diplomatique entre l’Afrique et le reste du monde.

Au-delà des relations politiques traditionnelles, l’Éthiopie et la Thaïlande ont la possibilité d’étendre leur coopération dans les domaines du commerce, de l’investissement, de la technologie, du tourisme, de l’agriculture, de l’industrie manufacturière et de la connectivité, ce qui pourrait permettre de relier l’expertise et les marchés de l’Asie du Sud-Est aux opportunités économiques croissantes de l’Afrique.

Ces relations revêtent donc une importance qui dépasse le cadre de la diplomatie bilatérale, d’autant plus que les deux parties recherchent de nouveaux partenariats dans une économie mondiale de plus en plus interconnectée.

 

 

L’Éthiopie promeut une croissance centrée sur la jeunesse par le biais des BRICS

 

L’Éthiopie a également mis à profit la plateforme des BRICS pour faire avancer ses priorités économiques et de développement, en appelant à un renforcement des investissements en faveur de la population jeune africaine.

Lors de la réunion des ministres de la Jeunesse des BRICS à Visakhapatnam, en Inde, la délégation éthiopienne a plaidé en faveur de mécanismes de financement dédiés aux entreprises dirigées par des jeunes et d’un accroissement des investissements dans les technologies numériques et vertes.

 

Avec plus de 70 % de la population éthiopienne âgée de moins de 30 ans, la délégation a souligné que les jeunes devaient être considérés non seulement comme les bénéficiaires du développement, mais aussi comme les moteurs de l’innovation, de l’esprit d’entreprise, de la productivité et de la transformation économique.

 

Cet appel en faveur d’un financement dédié et d’investissements conjoints reflète la volonté plus large de l’Éthiopie de mettre sa population jeune en relation avec les opportunités émergentes dans les domaines de la technologie, du développement vert et de l’entrepreneuriat.

Une semaine placée sous le signe du développement et de la diplomatie

 

Dans l’ensemble, cette semaine a offert un aperçu du programme de développement de plus en plus interconnecté de l’Éthiopie.

 

L’organisation du principal forum africain sur la santé a renforcé le rôle d’Addis-Abeba en tant que centre de la diplomatie continentale. Les discussions sur le fleuve Abay ont mis en évidence la détermination de l’Éthiopie à développer ses ressources énergétiques et hydriques. La recherche d’un accès à la mer a souligné l’importance économique de la connectivité maritime, tandis que les échanges avec la Thaïlande et les pays du BRICS ont démontré les efforts de l’Éthiopie pour diversifier ses partenariats et mobiliser de nouvelles opportunités en matière d’investissement, de technologie et de commerce.

 

Ces évolutions témoignent d’une vision stratégique plus large, dans laquelle le développement, la diplomatie et l’intégration économique se renforcent mutuellement de plus en plus.

 

Pour l’Éthiopie, le défi à venir ne consiste pas simplement à poursuivre ses objectifs de développement national, mais à les traduire en plateformes de coopération capables de générer des retombées positives au-delà de ses frontières.

 

Le fleuve Abay peut devenir le fondement d’une transformation énergétique et économique ; une meilleure connectivité maritime peut renforcer le commerce régional ; la coopération en matière de santé peut renforcer la résilience du continent ; et l’investissement dans la jeunesse peut stimuler la prochaine génération de croissance africaine.

En fin de compte, l’évolution du discours de l’Éthiopie en matière de développement consiste de plus en plus à transformer sa géographie stratégique et ses ressources naturelles en moteurs d’opportunités économiques, tout en établissant des partenariats capables de convertir les défis régionaux en solutions communes.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023