La CEA appelle à ne plus considérer la santé comme un coût social, mais comme un investissement économique productif - ENA Français
La CEA appelle à ne plus considérer la santé comme un coût social, mais comme un investissement économique productif
Addis Ababa le 25 août, 2026 (ENA) La Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) a exhorté les pays africains à cesser de considérer la santé comme une dépense sociale récurrente pour commencer à la considérer comme un investissement économique stratégique et productif.
S'exprimant au nom du secrétaire exécutif de la CEA, Claver Gatete, lors de l'ouverture de la 76e session du Comité régional de l'OMS pour l'Afrique (CR76) à Addis-Abeba, le chef de cabinet de la CEA, Aboubakri Diaw, a souligné que la santé devait être une priorité dans tous les secteurs gouvernementaux.
« La santé ne relève pas de la seule responsabilité d’un ministère. C’est une priorité pour l’ensemble du gouvernement, un pilier de la transformation économique de l’Afrique », a déclaré M. Diaw.
Évoquant le lieu historique du Mémorial de la victoire d’Adoua, il a souligné que l’esprit d’Adoua rappelle l’autonomie et la solidarité africaines.
« Adoua, c’est avant tout l’histoire de citoyens qui se sont unis pour défendre la souveraineté de leur pays », a-t-il déclaré. « Pourtant, sa portée dépasse largement les frontières de l’Éthiopie, devenant un symbole continental de la dignité, de l’autonomie et de la détermination africaines à façonner notre propre avenir. Cet esprit reste d’actualité pour notre programme de santé aujourd’hui. »
M. Diaw a mis en évidence trois obstacles structurels majeurs auxquels se heurte actuellement le financement durable de la santé sur l’ensemble du continent : de fortes pressions budgétaires dues à la baisse de l’aide extérieure, des dépenses de santé à la charge des patients qui plongent des millions de personnes dans la pauvreté, et un décalage entre la conception des stratégies sanitaires et l’exécution budgétaire effective.
Pour surmonter ces défis, il a affirmé que la simple mobilisation de fonds ne suffisait pas. L’Afrique doit transformer la manière dont elle gère ses ressources financières.
« Le secteur de la santé en Afrique ne souffre pas seulement d’un déficit de financement. Il souffre également d’un déficit de confiance, et la confiance, contrairement au capital, ne s’emprunte pas : elle se construit », a-t-il souligné. « Notre analyse montre que la solution ne consiste pas simplement à lever davantage de fonds. Il s’agit de mieux collecter, mieux mutualiser, mieux acheter et mieux rendre compte. »
Appelant à trois changements fondamentaux, il a exhorté les pays à mettre en place des accords de financement de la santé pris en charge au niveau national et à faire correspondre les priorités nationales à des instruments financiers adaptés. Il a également souligné que le suivi numérique en temps réel et la transparence des données constituaient des éléments essentiels pour débloquer les investissements privés et renforcer la responsabilité.
En illustrant comment la transformation numérique et l’intelligence artificielle peuvent améliorer le suivi des finances publiques, M. Diaw a salué le rôle de premier plan joué par l’Éthiopie dans la mise en œuvre de solutions de santé numériques.
« La santé numérique ne consiste pas simplement à remplacer le papier par des écrans. Il s’agit de remplacer la fragmentation par la visibilité, les détournements par la responsabilité, et l’incertitude par la confiance », a-t-il souligné. « L’Éthiopie peut montrer comment l’identité numérique, l’interopérabilité des informations de santé, le suivi des dépenses en temps réel et la prise de décision assistée par l’IA peuvent améliorer à la fois les résultats sanitaires et la responsabilité budgétaire. »
Dans ses remarques finales, M. Diaw a réaffirmé l’engagement de la CEA à collaborer avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Union africaine et les gouvernements nationaux afin de garantir que la couverture sanitaire universelle génère une stabilité économique durable dans toute l’Afrique.
« La couverture sanitaire universelle deviendra une réalité le jour où le recours aux soins cessera de coûter son avenir à une famille », a-t-il déclaré. « La santé n’est pas ce que nous dépensons lorsque l’Afrique se développe ; la santé, c’est la manière dont l’Afrique se développe. »