Les nouveaux barrages éthiopiens ne constituent pas une menace, selon l'ancien ministre soudanais des Ressources en eau

Addis Ababa le 19 août, 2026 (ENA) Le professeur Seif al-Din Hamad, expert soudanais en ressources hydriques et ancien ministre des Ressources en eau, a déclaré que les barrages en cascade supplémentaires que l’Éthiopie prévoit de construire sur l’Abay (Nil Bleu) ne constitueraient pas une menace pour les pays en aval.

 

S'exprimant dans l'émission « Muqran al-Nilain » diffusée par la chaîne d'information Al-Nilain, le professeur Hamad a expliqué que l'essentiel était que leur remplissage et leur exploitation soient gérés grâce à une coordination efficace entre les États du bassin du Nil.

 

Il a souligné que les systèmes de barrages en cascade, lorsqu'ils sont correctement conçus et gérés, peuvent contribuer à réguler les débits fluviaux, à réduire les risques d'inondation et à fournir un approvisionnement en eau plus prévisible aux pays en aval.

 

Selon l’ancien ministre, l’expérience internationale montre qu’une série de barrages exploités comme un système intégré peut aider à gérer les variations des débits saisonniers et à améliorer la fiabilité des ressources en eau.

 

« La principale préoccupation n’est pas l’existence de nouveaux barrages, mais plutôt la manière dont nous gérons le remplissage initial et coordonnons nos efforts », a déclaré le professeur Hamad.

 

 

Il a fait valoir que des barrages en cascade correctement coordonnés pourraient apporter des avantages considérables au Soudan en modérant les débits très saisonniers du Nil Bleu. Plutôt que de recevoir des volumes d’eau exceptionnellement élevés pendant la saison des pluies, suivis de débits nettement plus faibles, le Soudan pourrait bénéficier d’un approvisionnement plus régulier tout au long de l’année.

 

Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), a-t-il déclaré, a déjà démontré le potentiel de telles modifications des régimes d’écoulement, créant ainsi des opportunités que le Soudan pourrait exploiter pour l’agriculture, l’hydroélectricité et le transport fluvial.

 

Le professeur Hamad a déclaré que des débits d’eau plus prévisibles pourraient permettre au Soudan d’améliorer les performances des installations hydroélectriques existantes, notamment les barrages de Roseires et de Sennar. 

 

La modernisation des turbines et l’amélioration de l’efficacité opérationnelle, a-t-il noté, pourraient permettre au Soudan de produire davantage d’électricité tout en tirant mieux parti des ressources en eau disponibles.

 

Il a également souligné les avantages potentiels pour le secteur agricole soudanais, notamment grâce à la réduction des coûts de pompage résultant de niveaux fluviaux plus stables.

 

Selon le professeur Hamad, une élévation du niveau du fleuve d’un mètre pendant l’été pourrait réduire les coûts de pompage agricole d’environ 30 %, tandis qu’une élévation de deux mètres permettrait de réduire ces coûts de près de moitié.

 

Il a par ailleurs écarté les inquiétudes concernant la sécurité structurelle du GERD et des infrastructures associées, en soulignant les caractéristiques géologiques du site du barrage et les études techniques sur lesquelles repose sa construction.

 

Le professeur Hamad a indiqué que le site du GERD se trouve à environ 600 kilomètres des failles sismiques associées au rift est-africain et qu’il repose sur du granit solide doté d’une capacité portante importante. 

 

Il a également précisé que les études techniques ont confirmé la solidité structurelle du barrage de Roseires au Soudan et sa capacité à gérer en toute sécurité des débits d’eau régulés.

 

Au-delà des considérations techniques, le professeur Hamad a appelé le Soudan à adopter une approche plus stratégique et institutionnelle de la gestion de ses ressources en eau.

 

Il a fait valoir que l’incertitude entourant la gestion des eaux du Nil devrait céder la place à une coopération technique renforcée, à un partage des données et à une planification coordonnée entre les trois pays.

 

Son analyse offre une perspective différente sur les projets de l’Éthiopie visant à développer la production hydroélectrique, suggérant que la construction de barrages supplémentaires ne doit pas être envisagée uniquement sous l’angle des risques pour les pays en aval. 

 

Grâce à une coordination efficace, a-t-il déclaré, une meilleure régulation du Nil Bleu pourrait ouvrir la voie à une plus grande sécurité hydrique, à une production électrique accrue, à une agriculture plus efficace et à une meilleure intégration économique régionale.

 

La leçon générale, a souligné le professeur Hamad, est que l’avenir du bassin du Nil ne dépend pas simplement des infrastructures construites le long du fleuve, mais de l’efficacité avec laquelle les pays partageant ses eaux coopèrent pour le gérer.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023