Rendre à l'Éthiopie son accès à la mer : une injustice qu'il est grand temps de réparer

D'après une analyse de Pulse of Africa (POA)

Par Mathias Bule 

                              Le 16 août, 2026 

La perte par l’Éthiopie de son territoire autrefois souverain, le port d’Assab, a été marquée par des accords louches et compliquée par la présence et l’implication des forces coloniales dans la région de la Corne de l’Afrique.

 

La quête de l’Éthiopie pour retrouver un accès à la mer n’est pas simplement une ambition territoriale ; il s’agit d’une revendication fondamentale ancrée dans des siècles d’asservissement colonial, de tromperie juridique et de trahison politique. L’histoire du port perdu d’Assab témoigne de manière frappante de la façon dont les puissances impériales, par le biais d’accords clandestins et de traités manipulateurs, ont délibérément et systématiquement privé une nation souveraine de ses droits maritimes. Cette injustice doit être reconnue, rectifiée et enfin corrigée.

 

Son histoire moderne commence en 1869, lorsque des sultans afars locaux vendirent une bande de terre à Assab à Giuseppe Sapeto, représentant la Società Rubattino italienne. La transaction fut conclue en secret, pour la somme dérisoire de 6 000 lires italiennes, sans que l’Éthiopie n’en ait connaissance ni n’ait donné son accord. À l’époque, le gouvernement central éthiopien, sous l’empereur Ménélik II, ignorait tout de cette transaction. Cette vente était un acte clandestin commis par les autorités locales en quête d’avantages économiques, mais elle fut exploitée par les puissances coloniales pour permettre à l’Italie de prendre pied dans la Corne de l’Afrique. L’annexion d’Assab par l’Italie en 1882 marqua le début d’un empire colonial qui allait dominer la région pendant des décennies. Cet acte précoce de spoliation territoriale constituait une violation flagrante de la souveraineté de l’Éthiopie, mais il jeta les bases d’injustices futures.

 

Le chapitre le plus tristement célèbre de la perte de l’accès à la mer par l’Éthiopie est le traité de Wuchale de 1889. Rédigé dans le contexte de l’expansion italienne dans la région, ce traité comportait une erreur de traduction trompeuse. La version italienne déclarait l’Éthiopie protectorat, la privant de fait de sa souveraineté, tandis que la version amharique était censée préserver l’indépendance de l’Éthiopie. Cette supercherie linguistique visait à faciliter la colonisation italienne. Bien que l’Éthiopie ait par la suite annulé le traité à la suite de sa victoire lors de la bataille d’Adoua, l’Italie avait déjà consolidé son contrôle sur Assab et les territoires environnants grâce à des traités ultérieurs signés en 1900, 1902 et 1908. Ces accords ont officialisé les frontières coloniales de l’Italie et fait d’Assab une partie essentielle de l’Érythrée italienne, coupant ainsi l’Éthiopie de son littoral historique.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale a tenté de rectifier les injustices coloniales en mettant fin à la domination italienne et en fédérant l’Érythrée à l’Éthiopie en vertu de la résolution 390A de l’ONU. Cependant, selon certains politologues et historiens, ce processus a été entaché de négligence et d’opportunisme politique. Au cours des négociations des années 1950, les dirigeants éthiopiens n’ont pas su faire valoir le statut d’Assab en tant que port éthiopien indépendant. Au lieu de cela, ils ont traité l’Érythrée dans son ensemble — y compris Assab — comme un simple territoire à intégrer, ignorant l’importance stratégique du port ainsi que son identité ethnique et historique distincte. Cette omission constituait une grave négligence, qui a laissé Assab vulnérable à une perte future.

 

 

Le dernier coup dur est survenu avec le renversement du régime militaire éthiopien en 1991. Les groupes rebelles qui ont pris le pouvoir — le Front populaire de libération du Tigré (TPLF/EPRDF) et le Front populaire de libération de l’Érythrée (EPLF) — ont combattu aux côtés les uns des autres contre les forces coloniales et impérialistes. Pourtant, leur décision précipitée et non légiférée de céder Assab à l’Érythrée en 1993 a constitué une trahison de la souveraineté de l’Éthiopie. Le gouvernement de transition, dirigé par Meles Zenawi, a agi sans ratification parlementaire ni consultation publique. En conséquence, l’Éthiopie s’est retrouvée enclavée, privée de son accès souverain à la mer et de ses infrastructures portuaires vitales. Il ne s’agissait pas seulement d’une perte territoriale ; c’était un coup porté à l’indépendance économique, à la fierté nationale et à la sécurité stratégique de l’Éthiopie.

 

Le récit historique de l’Éthiopie est celui de la résilience et de la souveraineté. La perte d’Assab n’était pas un destin inévitable, mais le résultat de la cupidité coloniale, de la tromperie diplomatique et de la négligence politique.

 

 

Il est temps que l’Éthiopie retrouve l’accès à la mer qui lui revient de droit — un élément essentiel de sa souveraineté et de sa prospérité future. Le rétablissement des droits maritimes de l’Éthiopie ne consiste pas seulement à rectifier des injustices historiques, mais constitue également une étape cruciale vers la dignité nationale et l’indépendance économique. Les mers de l’Éthiopie sont son droit de naissance, et l’heure est venue de se battre pour cet héritage — la justice n’en exige pas moins.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023