Une semaine historique pour l’Éthiopie : révolution verte, souveraineté numérique et consensus national

Rédaction

 

                                              10 août 2026 (ENA)

Certaines semaines se mesurent à l’aune des événements qu’elles engendrent. D’autres restent dans les mémoires pour la direction qu’elles révèlent.

 

Pour l’Éthiopie, la semaine écoulée a été marquée par une série d’événements dont la portée a largement dépassé celle de simples annonces. Des millions de citoyens se sont rassemblés sous une pluie battante pour semer les graines d’un avenir écologique ; le pays a franchi la barre des 50 millions d’utilisateurs dans son système national d’identité numérique ; des efforts renouvelés ont été déployés pour forger un consensus politique ; et une vaste campagne de lutte contre la criminalité économique a été lancée. Cette semaine a ainsi offert l’image d’un pays qui pose progressivement les fondations de son prochain chapitre.

 

Que ce soit dans les domaines de l’environnement, de la technologie, de la gouvernance, de la sécurité ou des infrastructures, un fil conducteur s’est dégagé : la recherche d’une plus grande capacité nationale, d’une plus grande résilience et d’une plus grande autonomie.

 

Semer l’espoir, un jeune arbre à la fois

 

C’est sans doute dans le cadre de l’initiative « Green Legacy » (Héritage vert) de l’Éthiopie que l’ampleur de cette mobilisation nationale a été la plus visible.

 

Au cours d’une campagne remarquable de 12 heures menée sous le thème « Semons l’espoir », l’Éthiopie a planté plus de 805,3 millions de jeunes arbres, établissant ainsi un nouveau record environnemental. L’opération a couvert quelque 291 400 hectares et a mobilisé pas moins de 26,2 millions de citoyens à travers tout le pays.

 

L’ampleur de l’opération était impressionnante. Mais sa signification la plus profonde résidait dans ce qui se cachait derrière ces chiffres.

Des millions d’Éthiopiens se sont mobilisés malgré les pluies saisonnières torrentielles, transformant ce qui aurait pu n’être qu’une campagne environnementale ordinaire en une démonstration nationale de participation citoyenne et de responsabilité collective.

 

Le Premier ministre Abiy Ahmed a su saisir l’esprit de cette journée en déclarant :

 

« Malgré le défi redoutable que représentait la plantation de jeunes arbres tout au long de la journée sous des pluies torrentielles, plus de 26,2 millions d’Éthiopiens se sont mobilisés pour semer l’espoir en l’avenir. Cet esprit extraordinaire prouve que lorsque nous nous unissons autour d’une vision commune, aucun obstacle n’est insurmontable. »

 

Cette réussite a également inscrit cette semaine dans la trajectoire plus large de l’initiative « Green Legacy ». Plus de 6,5 milliards de jeunes plants ont déjà été plantés au cours de l’année éthiopienne en cours, il en reste donc 1,5 milliard à planter pour atteindre l’objectif saisonnier de 8 milliards de jeunes plants.

 

Pourtant, cette initiative va de plus en plus au-delà de la simple plantation d’arbres.

 

Dans toutes les régions, les responsables gouvernementaux et les communautés locales ont associé cette campagne à la conservation des sols, à la réhabilitation des bassins versants, à la sécurité alimentaire et à la protection des infrastructures hydrauliques essentielles. Les membres du gouvernement et les dirigeants régionaux ont également profité de cette mobilisation pour renforcer les efforts de lutte contre l’envasement autour des barrages.

 

Ce qui a commencé comme une campagne de plantation d’arbres prend de plus en plus la forme d’une stratégie nationale de résilience climatique, visant à relier la restauration de l’environnement à la sécurité économique et écologique à long terme du pays.

 

Renforcer les frontières numériques de l’Éthiopie

 

Alors que l'Éthiopie accélère sa transformation numérique, le gouvernement prend des mesures pour sécuriser les infrastructures qui la sous-tendent. Cette semaine, la proclamation n° 1426/2026 relative à la cybersécurité des infrastructures critiques a été présentée comme une avancée majeure vers la protection des systèmes numériques stratégiques face aux cybermenaces croissantes.

 

 

La directrice générale de l’INSA, Tigist Hamid, a déclaré que cette loi établissait un cadre complet pour la surveillance des risques cybernétiques et la coordination des réponses dans 12 secteurs critiques, notamment la finance, les télécommunications, la santé, l’énergie, l’eau, les transports et les services publics.

 

La proclamation impose aux opérateurs d’infrastructures critiques de renforcer les évaluations des risques, les audits de cybersécurité et la gouvernance en matière de sécurité, tout en créant un fonds dédié à la cybersécurité afin de soutenir la résilience, l’innovation et le développement des compétences.

 

À mesure que l’identité numérique, les paiements électroniques et les services publics en ligne se développent, ce nouveau cadre vise à garantir que la transformation numérique de l’Éthiopie s’accompagne d’une protection renforcée de ses données nationales, de ses systèmes critiques et de sa souveraineté numérique.

La recherche d’un consensus

 

Au-delà de la technologie et de la restauration de l’environnement, le projet le plus déterminant de l’Éthiopie reste d’ordre politique : trouver un cadre durable pour un consensus national.

 

Cet effort a franchi une nouvelle étape cette semaine, alors que les consultations menées dans le cadre du Dialogue national ont réuni plus de 4 000 délégués représentant différents secteurs de la société au Centre international des congrès d’Addis-Abeba.

 

L’importance de ce rassemblement ne réside pas seulement dans le nombre de participants, mais aussi dans les questions difficiles qui y sont abordées.

L’histoire politique de l’Éthiopie a été façonnée par des interprétations divergentes du pouvoir, de l’identité, de la représentation et des opportunités économiques. Le Dialogue national vise à faire évoluer ces désaccords, en les faisant passer de la confrontation à une discussion structurée — et, à terme, vers une culture politique capable de gérer les différences sans les transformer sans cesse en crises.

 

Au cours d’une longue interview télévisée, le Premier ministre Abiy Ahmed est revenu sur les racines historiques des luttes populaires et sur les échecs qui ont contribué à les engendrer.

 

Il a fait valoir que la compréhension du passé est essentielle, non pas pour perpétuer les anciennes divisions, mais pour s’attaquer aux problèmes structurels qui les ont engendrées.

 

« Les luttes populaires historiques de notre passé visaient fondamentalement à remédier aux défaillances de la gouvernance au niveau du système et à la marginalisation économique — et non à démanteler l’unité nationale. Une véritable construction de l’État exige que nous reconnaissions ces réalités historiques tout en canalisant de manière constructive nos efforts vers la construction d’un avenir démocratique partagé et équitable. »

 

Cette distinction est au cœur de la recherche de consensus menée par le pays : reconnaître les griefs sans leur permettre de devenir des lignes de fracture politiques permanentes.

 

Le défi consiste désormais à traduire ce dialogue en institutions, en accords et en une culture politique capable de préserver l’unité du pays tout en tenant compte de sa diversité.

 

Protéger le front économique

 

La transformation économique de l’Éthiopie est également confrontée à une lutte contre les réseaux qui cherchent à exploiter les faiblesses du système. Cette semaine, le gouvernement a pris des mesures décisives à l’encontre d’individus, d’entreprises et de fonctionnaires accusés de corruption et d’activités économiques illégales sapant la réforme macroéconomique en cours.

 

Le ministre chargé de la Communication gouvernementale, Enatalem Melese, a déclaré que ces réseaux avaient contribué à la pénurie de devises étrangères, aux pressions inflationnistes, au commerce de contrebande et aux pénuries artificielles de biens de première nécessité. Cette vague de répression a déjà conduit à la mise sous scellés de plus de 7 000 entreprises et entrepôts, tandis que 169 personnes accusées de transferts d’argent illégaux, d’activités de hawala et de transactions monétaires au marché noir ont été traduites en justice.

Les autorités ont également ciblé le commerce illicite de l’or, la corruption liée aux carburants et aux engrais, la fraude fiscale, les flux financiers illégaux et les ventes d’électricité non autorisées, des centaines de suspects faisant l’objet d’enquêtes ou de poursuites judiciaires.

 

L'ampleur de cette opération souligne un message central du programme de réforme : la transformation économique nécessite non seulement de nouvelles politiques et de nouveaux investissements, mais aussi des institutions capables de protéger le système contre la corruption, les marchés illicites et le détournement des ressources nationales.

 

Énergie, eau et perspectives régionales

 

Les ambitions de l’Éthiopie en matière d’infrastructures ont continué de s’inscrire dans le cadre de son rôle régional plus large, notamment dans les domaines de l’énergie et de l’eau.

 

À la suite des dernières étapes franchies concernant le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, les ingénieurs spécialisés dans les ressources en eau et les analystes du secteur de l’énergie ont souligné l’importance de maintenir cette dynamique par la poursuite du développement hydroélectrique le long du bassin de l’Abay.

 

Cet argument va au-delà de la production d’électricité nationale.

 

Une capacité de production supplémentaire, combinée à des infrastructures de transport d’électricité renforcées, pourrait consolider la position de l’Éthiopie en tant que fournisseur majeur d’électricité pour les pays voisins et contribuer à l’intégration progressive des marchés de l’électricité en Afrique de l’Est.

 

L’équation stratégique est de plus en plus claire : les ressources en eau et en énergie de l’Éthiopie ne sont pas seulement des atouts pour le développement national ; elles peuvent également devenir des instruments d’intégration économique régionale.

 

Parallèlement, les progrès réalisés dans les systèmes locaux d’approvisionnement en eau potable et les réseaux de surveillance des maladies ont ajouté une nouvelle dimension au programme de résilience du pays.

De la santé publique à la protection de l’environnement, l’objectif commun est de plus en plus celui de la préparation : mettre en place des systèmes capables d’absorber les chocs avant qu’ils ne se transforment en crises nationales.

 

 

Une semaine qui a révélé une orientation

 

Pris séparément, les événements de la semaine pourraient sembler appartenir à des mondes totalement différents.

 

La plantation d’arbres relève de l’environnement. L’identité numérique relève de la technologie. Le dialogue national relève de la politique. L’application des mesures économiques relève de la sécurité. L’hydroélectricité relève des infrastructures.

 

Mais considérés dans leur ensemble, ils racontent une histoire plus cohérente.

 

Ils mettent en lumière un pays qui cherche à renforcer les fondements de sa souveraineté — de la restauration de ses terres et de la protection de ses ressources en eau à la sécurité de ses systèmes numériques, en passant par l’intégrité de son économie et des institutions grâce auxquelles les divergences politiques sont gérées.

 

La plus grande réussite d’une telle semaine n’est donc peut-être pas un bilan, un programme ou une consultation en particulier.

C’est la prise de conscience naissante que la transformation nationale nécessite des capacités sur tous les fronts à la fois.

 

Un environnement plus vert. Une population plus connectée. Des institutions plus solides. Une économie plus sûre. Une plus grande capacité énergétique. Et, surtout, une culture politique capable de transformer la diversité de l’Éthiopie, pour qu’elle cesse d’être une source de confrontations récurrentes et devienne le fondement d’un objectif commun.

 

C’est ce qui a donné tout son sens à cette semaine. Ce n’était pas simplement une semaine marquée par des étapes importantes. C’était une semaine qui a offert un nouvel aperçu de l’Éthiopie que l’on construit pour demain.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023