Qui est vraiment bien hydraté ?

Par Yimer Ayele (de POA)

                              Le 9 août, 2026 (ENA) 

Contrairement à une idée reçue et à la classification de l’Égypte comme pays souffrant de pénurie d’eau par l’ONU, ce pays dispose d’immenses potentiels hydriques qui restent largement méconnus et mal compris.

 

La sécurité hydrique de l’Égypte est souvent présentée comme précaire, principalement en raison de sa forte dépendance au Nil et des défis posés par le changement climatique et la croissance démographique. Cependant, un examen plus approfondi révèle une multitude de ressources cachées et d’infrastructures stratégiques qui font de l’Égypte un pays riche en eau, doté d’un potentiel inexploité considérable. 

 

Ces ressources comprennent les vastes réservoirs situés en amont du haut barrage d’Assouan, l’immense système aquifère de grès nubien, les progrès réalisés en matière de technologie de dessalement, ainsi que la coopération régionale dans le cadre du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Reconnaître et exploiter ces ressources est essentiel non seulement pour l’avenir de l’Égypte, mais aussi pour redéfinir les enjeux régionaux liés à l’eau en Afrique et au-delà.

 

Au cœur de la résilience hydrique de l’Égypte se trouve le lac Nasser, formé en amont du grand barrage d’Assouan. Ce gigantesque réservoir contient environ 169 milliards de mètres cubes d’eau, faisant office de tampon stratégique tant contre les crues saisonnières que contre les périodes de sécheresse. La capacité du barrage à réguler le débit a, depuis toujours, permis de préserver les besoins en eau de l’Égypte dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie et de l’usage domestique.

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Au-delà du lac Nasser s’étend le système aquifère de grès de Nubie (NSAS), le plus grand réservoir souterrain d’eau fossile connu au monde. S'étendant sur plus de deux millions de kilomètres carrés à travers l'Égypte, la Libye, le Soudan et le Tchad, le NSAS contient environ 150 000 kilomètres cubes d'eau. Cet aquifère souterrain est une ressource silencieuse, mais puissante, qui dépasse de loin le débit du Nil sur cinq siècles, représentant une réserve stratégique que l'Égypte et les pays voisins pourront exploiter pendant des décennies.

 

L’ampleur même de cette ressource met en évidence la richesse hydrique cachée de l’Égypte et son potentiel de résilience à long terme. L’existence de cet aquifère remet en cause le discours sur la pénurie d’eau et ouvre la voie à des stratégies d’extraction sophistiquées et durables, susceptibles de compléter les sources d’eau de surface.

 

Outre ces réserves souterraines et de surface, l’Égypte a réalisé des progrès significatifs en matière de dessalement, produisant quotidiennement environ 1,5 à 2 millions de mètres cubes d’eau dessalée. Le pays a lancé un plan directeur stratégique à l’horizon 2050 qui vise à multiplier la capacité de dessalement en s’appuyant sur des partenariats public-privé, des subventions vertes et des projets d’extension côtière. L’intégration des énergies renouvelables, en particulier de l’énergie solaire, dans les installations de dessalement peut constituer la pierre angulaire d’un avenir durable pour l’Égypte en matière d’eau, s’inscrivant ainsi dans les efforts mondiaux visant à réduire l’empreinte carbone et à exploiter les sources d’énergie vertes.

 

La stratégie de l’Égypte en matière d’eau devrait également inclure la coopération régionale, comme l’illustre le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Ce mégaprojet hydroélectrique, bien qu’il vise principalement la production d’électricité, incarne une collaboration régionale qui profite aux pays en aval. Le barrage contribue à réguler le débit du Nil Bleu, en retenant les sédiments et en réduisant l’envasement en aval qui, historiquement, a dégradé des réservoirs tels que le lac Nasser. Il assure également un débit d’eau plus régulier, ce qui atténue les inondations et les sécheresses extrêmes et prolonge la durée de vie des réservoirs grâce à la rétention des sédiments. Le fait que l’Éthiopie privilégie l’hydroélectricité plutôt que le détournement massif des eaux à des fins d’irrigation illustre une approche durable qui répond aux besoins de l’Égypte et favorise la stabilité régionale.

 

Le discours de l’Égypte sur l’eau doit évoluer vers une approche axée sur la résilience, la gestion stratégique des ressources et la coopération régionale. Il doit s’orienter vers un discours mettant en avant l’immense potentiel caché – de vastes aquifères souterrains, des capacités avancées de dessalement et une gouvernance collaborative de l’eau – qui doit être relayé à l’échelle mondiale. L’idée fausse selon laquelle l’Égypte serait un pays en pénurie d’eau néglige ces ressources et innovations essentielles.

 

Il est essentiel de reconnaître et d’exploiter le véritable potentiel hydrique de l’Égypte pour garantir un développement durable, la stabilité régionale et un avenir résilient pour tous. Il faut dire la vérité au monde entier : l’Égypte n’est pas seulement un pays en pénurie d’eau, mais une nation riche en eau, dotée de ressources énormes et largement inexploitées, capables d’assurer son avenir pour les générations à venir.

 

Cependant, l’Égypte mène activement d’énormes projets de développement du désert — tels que le programme agricole du Nouveau Delta et la nouvelle ville de Jirian — en modifiant le cours naturel du Nil et en réaffectant des milliards de mètres cubes d’eau du Nil pour alimenter de nouvelles zones agricoles et urbaines.

 

Le désert égyptien où les eaux du Nil ont été détournées (notamment via le projet de Toshka ou les déversoirs du lac Nasser) est le désert occidental. Cette vaste région aride connaît une chaleur extrême, ce qui entraîne des taux d’évaporation élevés dans les lacs artificiels et les canaux d’irrigation à ciel ouvert.

 

L’Égypte doit faire preuve de plus de transparence, non seulement concernant les pratiques de gaspillage observables dans la manière dont ce pays d’Afrique du Nord détourne le cours naturel du Nil, mais aussi en révélant la vérité sur les immenses réserves d’eau enfouies sous terre sur de vastes étendues de territoire. Il est spectaculaire de voir comment l’Égypte a réussi à tromper le monde entier en se présentant comme un pays en pénurie d’eau. Ce n’est pas le cas !

Agence des nouvelles éthiopienne
2023