La ligne rouge de la souveraineté : Shabia met à l'épreuve la retenue de l'Éthiopie en faveur de la paix - ENA Français
La ligne rouge de la souveraineté : Shabia met à l'épreuve la retenue de l'Éthiopie en faveur de la paix
Par Jibril Lammo
Le 6 août, 2026 (ENA)
Dans tout État souverain, l’entrée ouverte de commandants militaires étrangers sur le territoire national pour participer à des événements publics avec des forces non étatiques entraînerait une riposte militaire défensive immédiate. Aucun gouvernement au monde n’autorise des responsables militaires étrangers à opérer librement à l’intérieur de ses frontières sans autorisation explicite de l’État. Or, les événements récents survenus dans la région du Tigré, en Éthiopie, où des personnalités liées au régime érythréen auraient pénétré ouvertement sur le territoire et auraient été accueillies par une faction du TPLF sous le couvert d’une cérémonie publique, constituent un écart dramatique et flagrant par rapport aux normes internationales fondamentales.
Dans ce qui semble être un mépris flagrant du droit international, le régime d’Asmara s’est engagé sur une voie dangereuse qui risque de pousser l’Éthiopie et l’Érythrée vers une nouvelle confrontation dévastatrice. De telles actions pourraient être interprétées comme une grave provocation aux conséquences sérieuses pour la sécurité régionale. Cette alliance contre nature n’est pas seulement une crise éthiopienne ; c’est un danger régional.
Ce spectacle public n’est pas simplement une violation de l’étiquette diplomatique. Il s’agit d’une atteinte directe à la souveraineté de l’Éthiopie et d’un mépris délibéré de l’esprit de l’accord de paix de Pretoria de 2022. Cet accord a explicitement établi l’autorité exclusive du gouvernement fédéral en matière de défense nationale, de relations extérieures et d’intégrité territoriale.
Promesses non tenues contre engagement federal
Le Tigré a toujours fait partie intégrante de l’Éthiopie et le restera à jamais. Cependant, en organisant des cérémonies publiques pour accueillir des personnalités militaires étrangères, certains acteurs déchus du TPLF ont affiché un mépris flagrant pour l’accord de paix qui a mis fin au conflit dans le nord de l’Éthiopie. Alors que la communauté internationale avait auparavant salué l’accord de Pretoria comme une avancée historique vers la stabilité, le silence qui entoure ces violations manifestes révèle un double standard frappant.
À l’opposé, le gouvernement fédéral éthiopien a pleinement respecté ses engagements pris dans le cadre de l’accord de paix de Pretoria. L’administration fédérale a rétabli les services de base, remis en état les réseaux électriques, facilité le retour des personnes déplacées à l’intérieur du pays et versé régulièrement les budgets régionaux afin de favoriser la stabilisation et la reprise.
L’erreur stratégique d’Asmara
Alors que les dirigeants d’Asmara sont restés hostiles à une résolution pacifique depuis le début, leur collaboration avec certains éléments au sein de la région du Tigré risque de replonger cette dernière dans le chaos.
La vision initiale promettait de transformer l’Érythrée en « Singapour de la Corne de l’Afrique ». Sans coopération économique avec l’Éthiopie, cette vision s’est effondrée. Au lieu de collaborer avec l’Éthiopie pour promouvoir le développement économique national, le régime d’Asmara a dépensé des ressources vitales — illégalement prélevées sur ses citoyens — pour financer des forces anti-éthiopiennes et nouer des alliances avec des acteurs déstabilisateurs.
Cette politique d’endiguement a appauvri l’Érythrée. Privés de perspectives d’avenir, des centaines de milliers de jeunes Érythréens ont fui vers l’Éthiopie en traversant la frontière. La population de jeunes Érythréens à Addis-Abeba a tellement augmenté qu’elle rivalise désormais avec celle d’Asmara elle-même. Plutôt que de créer de l’espoir, des emplois et une sécurité économique dans le pays, le régime a consacré son énergie à des stratégies d’encerclement, collaborant avec des acteurs extérieurs tels que l’Égypte et des réseaux régionaux agissant par procuration pour déstabiliser l’Éthiopie au cours de l’une des périodes les plus transformatrices de son histoire économique.
Transformation économique et dynamique régionale
Ces tentatives de déstabilisation interviennent à un moment charnière. L’Éthiopie connaît actuellement un essor économique historique, passant d’une économie agricole traditionnelle à une puissance industrielle et tirée par les ressources naturelles. Après des décennies de dépendance vis-à-vis du café, principale source de devises étrangères du pays, l’Éthiopie se tourne désormais vers l’exploitation minière à forte valeur ajoutée, les exportations d’or, le développement du gaz naturel et la production industrielle, ce qui pourrait la hisser parmi les plus grands producteurs d’engrais de la région.
Cette dynamique a été mise en avant à l’échelle internationale, notamment par l’émission « Connecting Africa » de CNN, qui a souligné la transformation de l’Éthiopie, portée par ses infrastructures. Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, d’une puissance de plus de 5 150 mégawatts, est la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique ; il fournit une énergie propre à l’industrie nationale et aux exportations régionales. Parallèlement, le mégaprojet de l’aéroport international de Bishoftu, d’un montant de 12 milliards de dollars et porté par Ethiopian Airlines, est conçu pour accueillir jusqu’à 110 millions de passagers et près de quatre millions de tonnes de fret par an, ce qui pourrait transformer le commerce intra-africain dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Parallèlement aux investissements stratégiques dans l’écotourisme et les sites du patrimoine naturel tels que le parc national des montagnes de Bale, ces développements annoncent une trajectoire économique porteuse d’espoir non seulement pour l’Éthiopie, mais aussi pour l’ensemble du continent.
En tant que pilier de la Corne de l’Afrique, la trajectoire économique et la sécurité nationale de l’Éthiopie revêtent une importance capitale. Un conflit en Éthiopie risquerait de déstabiliser l’ensemble de la région, ce qui irait à l’encontre des intérêts collectifs de l’Afrique et de la communauté internationale au sens large. Ne vous y trompez pas : l’Éthiopie continuera à poursuivre son développement, à surmonter les obstacles stratégiques et à jouer un rôle constructif dans le corridor de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique.
Un appel à la responsabilité internationale
Aucune nation souveraine ne tolérerait une ingérence militaire extérieure sur son territoire. La retenue dont fait preuve l’Éthiopie face à ces graves provocations ne doit pas être confondue avec de la faiblesse. Elle reflète un choix délibéré de donner la priorité à une paix durable et d’épargner à ses citoyens une nouvelle guerre catastrophique. Mais la patience unilatérale ne peut à elle seule garantir une stabilité à long terme alors que les principes fondamentaux du droit international et de la souveraineté sont remis en cause.
La communauté internationale ne doit pas rester indifférente. Préserver le principal moteur économique de la Corne de l’Afrique exige un engagement ferme en faveur de l’intégrité territoriale de l’Éthiopie, la mise en œuvre intégrale de l’accord de paix de Pretoria et le retrait de toute présence militaire étrangère non autorisée du territoire éthiopien. Une stabilité durable ne peut être atteinte par une retenue unilatérale, mais par le respect constant de la souveraineté nationale, du droit international et de l’ordre fondé sur des règles.