Une semaine décisive pour l’Éthiopie : dialogue national et dynamique diplomatique - ENA Français
Une semaine décisive pour l’Éthiopie : dialogue national et dynamique diplomatique
Par la rédaction
Juillet 20, 2026 (ENA)
L’Éthiopie a connu une semaine marquée par d’importants développements politiques, diplomatiques et en matière de développement, alors que le pays a ouvert un chapitre potentiellement historique dans ses efforts pour résoudre des divergences politiques de longue date par le dialogue et le consensus.
Le lancement de la Conférence de dialogue national tant attendue a dominé l’actualité nationale, rassemblant des milliers de représentants de l’ensemble de la société éthiopienne dans le but de relever les défis politiques et sociaux les plus complexes du pays par le biais d’une consultation pacifique.
Dans le même temps, les événements survenus dans le nord du pays, en particulier dans la région du Tigray, ont mis en évidence les défis persistants auxquels est confronté le processus de paix en Éthiopie, tandis que d’importants projets d’infrastructure, l’extension des liaisons aériennes, l’activité économique croissante autour du Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) et un agenda diplomatique actif ont souligné les efforts plus larges du pays pour faire progresser la paix, les réformes et la transformation économique.
Dans l’ensemble, les événements de la semaine ont reflété un pays en pleine transition complexe, cherchant à consolider la paix et le dialogue politique sur son territoire tout en développant son engagement économique et diplomatique à l’étranger.
Ouverture d’un dialogue national historique
L’événement marquant de la semaine a été l’ouverture officielle de la Conférence de dialogue national éthiopienne, le 15 juillet à Addis-Abeba.
Cette conférence, d’une durée de trois semaines, a réuni plus de 4 000 représentants des États régionaux, des partis politiques, des organisations de la société civile, des institutions religieuses, des associations professionnelles, des chefs traditionnels, des groupes de jeunes et de femmes, ainsi que des membres de la diaspora éthiopienne.
Organisée par la Commission éthiopienne du dialogue national (ENDC), cette conférence constitue le processus de consultation national le plus vaste jamais mené dans le pays depuis la mise en place du système fédéral actuel.
Présidant la conférence, le Premier ministre Abiy Ahmed a appelé les Éthiopiens à remplacer la confrontation politique par le dialogue et le compromis. Il a déclaré que les désaccords ne devaient plus dégénérer de « propos virulents » en « actions violentes », mais devaient au contraire être résolus par la consultation pacifique, la compréhension mutuelle et la responsabilité collective.
Le Premier ministre a qualifié ce processus d’occasion historique de jeter les bases d’une paix durable, d’une réconciliation nationale et d’un avenir national commun.
Créée en vertu de la proclamation n° 1265/2021, l’ENDC précise que ce dialogue vise à identifier les principaux défis nationaux de l’Éthiopie, à établir un large consensus et à formuler des recommandations susceptibles de renforcer la stabilité politique et l’unité nationale.
Les délégués débattent d’un large éventail de questions, notamment la construction de l’État et l’identité nationale, la structure et la forme du gouvernement, l’administration des villes fédérales telles qu’Addis-Abeba et Dire Dawa, les affaires religieuses, la réforme institutionnelle, l’État de droit et les droits de l’homme.
L’ordre du jour couvre également les défis socio-économiques touchant les agriculteurs, les éleveurs et les communautés vulnérables, la lutte contre la corruption et la bonne gouvernance, ainsi que la consolidation de la paix et la prévention des conflits.
Ce dialogue s’est également imposé comme un événement international majeur, attirant des représentants de gouvernements étrangers, d’organisations internationales et de partenaires au développement qui ont exprimé leur soutien à un processus mené par l’Éthiopie visant à résoudre les divergences politiques par le dialogue.
Un rassemblement témoigne de la pression croissante de l’opinion publique face à l’attitude belliqueuse persistante du TPLF
Alors que le Dialogue national a ouvert une plateforme nationale de consultation politique, les événements survenus dans la région du Tigray ont mis en évidence les défis persistants auxquels est confronté le processus de paix global en Éthiopie.
Le 18 juillet, des milliers de manifestants tigréens se sont rassemblés sur la place Meskel à Addis-Abeba sous le slogan « Halte aux enlèvements ; que la paix règne ».
Organisé par le Conseil pour la paix et le changement du Tigray, ce rassemblement a appelé à la mise en œuvre intégrale de l’accord de cessation des hostilités de Pretoria de novembre 2022, à la fin des recrutements forcés présumés au Tigray et au retour des personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Les participants ont accusé l’ancien Front populaire de libération du Tigray (TPLF) de contribuer à l’instabilité persistante dans la région et ont appelé le gouvernement fédéral et la communauté internationale à soutenir une paix et une stabilité durables.
L’un des moments les plus suivis du rassemblement a été la participation de Getachew Reda, président du parti Simret et ancien président de l’administration régionale provisoire du Tigray.
S'adressant aux manifestants, Getachew a accusé le TPLF d'entraver les efforts de développement et a affirmé que celui-ci procédait à des recrutements forcés de jeunes.
Un rassemblement témoigne de la pression croissante de l’opinion publique face à l’attitude belliqueuse persistante du TPLF
Alors que le Dialogue national a ouvert une plateforme nationale de consultation politique, les événements survenus dans la région du Tigray ont mis en évidence les défis persistants auxquels est confronté le processus de paix global en Éthiopie.
Le 18 juillet, des milliers de manifestants tigréens se sont rassemblés sur la place Meskel à Addis-Abeba sous le slogan « Halte aux enlèvements ; que la paix règne ».
Organisé par le Conseil pour la paix et le changement du Tigray, ce rassemblement a appelé à la mise en œuvre intégrale de l’accord de cessation des hostilités de Pretoria de novembre 2022, à la fin des recrutements forcés présumés au Tigray et au retour des personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Les participants ont accusé l’ancien Front populaire de libération du Tigray (TPLF) de contribuer à l’instabilité persistante dans la région et ont appelé le gouvernement fédéral et la communauté internationale à soutenir une paix et une stabilité durables.
L’un des moments les plus suivis du rassemblement a été la participation de Getachew Reda, président du parti Simret et ancien président de l’administration régionale provisoire du Tigray.
S'adressant aux manifestants, Getachew a accusé le TPLF d'entraver les efforts de développement et a affirmé que celui-ci procédait à des recrutements forcés de jeunes.
Les infrastructures et la connectivité vont de l’avant
Le développement économique et l’expansion des infrastructures sont également restés au cœur de l’agenda de l’Éthiopie au cours de la semaine.
Le Premier ministre Abiy Ahmed a inauguré l’aéroport King Tekle Haymanot, rénové, à Debre Markos, dans la région d’Amhara, rétablissant ainsi l’activité d’une installation qui était restée inactive pendant près de trois décennies.
Cette réhabilitation devrait améliorer la connectivité régionale, faciliter les échanges commerciaux, promouvoir le tourisme et renforcer l’intégration économique.
Ethiopian Airlines a quant à elle étendu son réseau international avec le lancement de vols passagers directs entre Addis-Abeba et Port-Louis, à Maurice.
Cette nouvelle liaison renforce encore la position de l’Éthiopie en tant que l’une des principales plaques tournantes aériennes d’Afrique, tout en créant de nouvelles opportunités pour le commerce, le tourisme, l’investissement et les relations d’affaires entre l’Afrique orientale et australe et les marchés mondiaux.
Le GERD a également continué à générer des retombées économiques au-delà de la production d’électricité.
Le Bureau régional de l’agriculture de Benishangul-Gumuz a indiqué que plus de 10 700 tonnes de poissons avaient été pêchées dans le lac Nigat au cours de l’exercice fiscal éthiopien qui vient de s’achever.
Le réservoir soutient de plus en plus la pêche, le tourisme, le transport intérieur et l’emploi par le biais de coopératives de pêche organisées, ce qui démontre l’impact économique plus large des grands projets d’infrastructure.
La diplomatie au premier plan
Tout au long de la semaine, l’Éthiopie a mené une politique diplomatique active, renforçant ses relations avec ses partenaires internationaux tout en faisant progresser ses priorités stratégiques dans la Corne de l’Afrique et au-delà.
La visite de Kaja Kallas, haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, a compté parmi les événements diplomatiques les plus marquants de la semaine.
Lors de ses entretiens avec le Premier ministre Abiy Ahmed et le ministre des Affaires étrangères Gedion Timothewos, les discussions ont porté sur le renforcement des relations entre l’Éthiopie et l’UE, l’élargissement de la coopération économique, la promotion de la paix et de la sécurité régionales, ainsi que le soutien au programme de réformes de l’Éthiopie.
Mme Kallas a réaffirmé l’engagement de l’Union européenne à élargir la coopération dans les domaines de l’investissement, des énergies renouvelables, de la gouvernance numérique et des matières premières critiques, tout en encourageant la mise en place d’un environnement d’investissement plus prévisible et plus favorable aux entreprises.
Elle a également assisté à la Conférence sur le dialogue national, qu’elle a qualifiée d’initiative inclusive et issue de la base, susceptible de contribuer à une paix durable, à la réconciliation et à l’unité nationale.
Le Premier ministre Abiy a également eu des entretiens avec le président nouvellement élu de la Banque africaine d’import-export, le Dr George Elombi, ainsi qu’avec des membres du conseil d’administration de la banque.
Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération financière sous l’impulsion de l’Afrique, l’élargissement des opportunités d’investissement et le soutien à la transformation économique à long terme du continent.
L’Éthiopie a encore élargi son engagement international en assumant la présidence de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
La ministre d’État aux Finances, Semereta Sewasew, a déclaré que la présidence éthiopienne se concentrerait sur l’élargissement des opportunités économiques, la mobilisation de financements durables et le renforcement des partenariats entre les 79 États membres de l’organisation.
Les relations avec les pays du Golfe ont également occupé une place importante dans l’agenda diplomatique de l’Éthiopie.
Le Premier ministre Abiy s’est rendu au Qatar pour présenter les condoléances de l’Éthiopie et rendre hommage à l’ancien émir et « Père de l’émir» du Qatar, Son Altesse le cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani, réaffirmant ainsi l’amitié de longue date entre les deux pays.
Parallèlement, l’Éthiopie a poursuivi son dialogue avec l’Arabie saoudite concernant la situation des ressortissants éthiopiens faisant l’objet de poursuites judiciaires dans le royaume.
Le ministère des Affaires étrangères a indiqué que près de 2 000 Éthiopiens avaient bénéficié d’amnisties royales accordées par les autorités saoudiennes et a réaffirmé l’engagement du gouvernement à protéger les droits et le bien-être des citoyens éthiopiens à l’étranger.
Le Premier ministre Abiy s’est également entretenu avec le président du Bénin, Romuald Wadagni, à Addis-Abeba. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur engagement à élargir la coopération bilatérale et à renforcer le partenariat de longue date entre l’Éthiopie et le Bénin.
L’accès à la mer et le GERD restent des priorités stratégiques
La quête de longue date de l’Éthiopie pour un accès fiable à la mer est également restée un sujet majeur des débats nationaux et internationaux.
Des universitaires et des experts en politique ont décrit l’accès maritime comme une nécessité stratégique nationale plutôt que comme une simple aspiration politique, faisant valoir qu’un pays comptant plus de 130 millions d’habitants et dont l’économie connaît une expansion rapide a besoin d’un accès fiable aux voies commerciales internationales.
L’ancienne administratrice en chef de l’État régional du Tigray, Gebru Asrat, a appelé à l’élaboration d’une stratégie nationale soigneusement planifiée, fondée sur des bases juridiques et guidée par la diplomatie, comprenant notamment la création d’une institution spécialisée chargée de coordonner les dimensions techniques, juridiques et historiques des intérêts maritimes de l’Éthiopie.
Le GERD, quant à lui, a continué de faire l’objet d’une propagande infondée de la part des responsables égyptiens dans le cadre de leur guerre de l’information contre l’Éthiopie.
L’analyste politique américain Andrew Korybko a fait valoir que l’Éthiopie dispose du droit souverain d’utiliser le fleuve Abay au sein de son territoire internationalement reconnu. Il a déclaré qu’une paix durable dans le bassin du Nil dépendait du dialogue, du respect mutuel et de solutions menées par l’Afrique plutôt que de la confrontation.
Par ailleurs, les accusations égyptiennes à l’encontre de l’Éthiopie concernant le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) continuent de faire fi des faits historiques et des principes d’utilisation équitable et raisonnable ainsi que de coopération consacrés par le droit international, a déclaré le député Mohammed Al-Arousi à l’ENA.
Il a en outre fait valoir que les revendications de l’Égypte négligent les droits légitimes au développement des pays situés en amont du bassin du Nil et leur droit souverain d’utiliser les ressources en eau partagées conformément au droit international.
L’Éthiopie a également poursuivi ses consultations avec les pays voisins et les organisations régionales sur la paix, la sécurité et l’intégration économique, renforçant ainsi le rôle d’Addis-Abeba en tant que pôle diplomatique de la Corne de l’Afrique.
La diplomatie climatique est restée une autre priorité stratégique, alors que se poursuivent les préparatifs en vue de l’accueil par l’Éthiopie de la COP32 en 2027.
Le cadre de dialogue bilatéral structuré entre l’Éthiopie et les États-Unis, récemment signé, témoigne également des efforts visant à approfondir la coopération dans les domaines du commerce, de l’investissement, de la défense, ainsi que de la paix et de la sécurité régionales.
Une semaine placée sous le signe de la réconciliation nationale et de l’engagement international
Dans l’ensemble, les événements de cette semaine ont mis en évidence les efforts déployés par l’Éthiopie pour faire progresser la réconciliation nationale tout en renforçant sa diplomatie économique, en attirant les investissements et en développant des partenariats stratégiques à travers l’Afrique et au-delà.
Le lancement du Dialogue national a marqué une tentative potentiellement transformatrice visant à résoudre des décennies de désaccords politiques par la consultation et le consensus plutôt que par la confrontation.
Cependant, les événements survenus dans la région du Tigré ont également montré que des défis importants subsistent pour mettre pleinement en œuvre les accords de paix, rétablir la confiance et répondre aux griefs régionaux.
Au-delà de la politique intérieure, l’Éthiopie a continué à faire valoir ses intérêts stratégiques sur des questions telles que le GERD et l’accès maritime, tout en renforçant ses relations avec l’Union européenne, les institutions financières africaines et les pays du Golfe.
Parallèlement, les investissements dans les infrastructures, l’extension des liaisons aériennes et les retombées économiques croissantes générées par le GERD ont reflété l’importance que le gouvernement continue d’accorder au développement à long terme et à la transformation économique.
Alors que le Dialogue national se poursuivra dans les semaines à venir, sa capacité à formuler des recommandations concrètes, à renforcer la confiance du public et à aborder les questions politiques les plus complexes de l’Éthiopie sera suivie de près tant au niveau national qu’à l’étranger.
Ses résultats, associés aux efforts continus de l’Éthiopie pour approfondir la coopération régionale, élargir ses partenariats stratégiques et accélérer la transformation économique, pourraient jouer un rôle décisif dans l’orientation du pays vers davantage de paix, de stabilité et de développement.
Pour l’Éthiopie, cette semaine a été l’occasion de rappeler avec force l’ampleur des défis à venir, mais aussi la détermination croissante du pays à les relever par le dialogue sur le plan national, le développement sur le terrain et la diplomatie à l’étranger.