Le dialogue national en Éthiopie : une initiative pour mettre fin au conflit et instaurer une paix durable

Par la rédaction 

 

                                        16 juillet, 2026 (ENA)

 

La journée d’ouverture de la Conférence nationale de dialogue éthiopienne, qui s’est tenue le mardi 15 juillet 2026, a transmis deux messages complémentaires. Sur le plan national, elle a présenté ce dialogue comme une occasion décisive de transformer la culture politique de l’Éthiopie en remplaçant les cycles de confrontation par une tradition de consultation, de compromis et de consensus. Sur le plan international, elle a recueilli de vifs soutiens de la part d’éminents hommes d’État africains et d’institutions régionales, élevant ainsi cette initiative au-delà d’un simple exercice national pour en faire un processus d’importance continentale.

 

La cérémonie d’ouverture a réuni plus de 4 000 représentants venus de toute l’Éthiopie, ainsi que le Premier ministre Abiy Ahmed, le président de la Commission du dialogue national éthiopien, le professeur Mesfin Araya, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, le commissaire de l’Union africaine chargé des affaires politiques, de la paix et de la sécurité, l’ambassadeur Bankole Adeoye, et le secrétaire exécutif de l’IGAD, Workneh Gebeyehu. 

 

Si chaque orateur a abordé le dialogue sous un angle différent, leurs messages ont convergé autour de plusieurs thèmes centraux : le rejet de la violence politique, la nécessité d’un dialogue inclusif, l’appropriation du processus par l’Éthiopie, la réconciliation nationale, le renouveau institutionnel et la confiance de l’Afrique dans la capacité de l’Éthiopie à s’imposer comme un modèle de résolution pacifique des conflits.


 

Mettre fin au cycle de la violence politique

 

Le Premier ministre Abiy Ahmed a donné le ton en analysant ce qu’il a qualifié de dilemme politique de longue date en Éthiopie. « Notre vie politique commence par des paroles fortes et se termine par des actes forts. Il faut mettre fin à cette division une fois pour toutes. »

 

Plutôt que de présenter les tensions actuelles comme des événements isolés, le Premier ministre a fait valoir que l’Éthiopie avait développé une culture politique dans laquelle les désaccords dégénèrent régulièrement en violences, car les mécanismes pacifiques de résolution des conflits sont restés insuffisants. Son message central était que l’Éthiopie se trouve aujourd’hui face à une occasion rare de changer fondamentalement cette tradition. « L’occasion qui s’offre à nous aujourd’hui est unique. Nous sommes réunis ici pour écrire l’histoire ensemble. » 

 

Il a exhorté les représentants à faire passer les intérêts nationaux avant les divisions politiques, ethniques et idéologiques, affirmant que les générations futures devraient se souvenir de ce rassemblement comme du moment où l’Éthiopie a délibérément choisi le dialogue plutôt que la division.

 

Le président de la Commission nationale de dialogue éthiopienne, le professeur Mesfin Araya, a pour sa part confirmé ce même diagnostic du point de vue de la Commission nationale de dialogue. « Notre pays a tenté à maintes reprises de régler ses différends par la force, l’exclusion et des arrangements politiques temporaires. Aucune de ces approches n’a permis d’instaurer une paix durable. »


 

Pour la Commission, ce dialogue n’est pas une énième conférence politique, mais une initiative institutionnelle visant à remplacer la force par la consultation comme principale méthode utilisée par l’Éthiopie pour régler les différends relatifs à la gouvernance, aux dispositions constitutionnelles, à l’identité, aux griefs historiques, au partage des ressources et à l’unité nationale.

 

L’un des thèmes les plus marquants de cette première journée a été le rejet unanime de la violence en tant qu’instrument politique. L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a sans doute lancé l’avertissement le plus ferme, en s’appuyant sur la douloureuse expérience historique du Nigeria. « La guerre n’apporte aucun bénéfice », a-t-il déclaré, ajoutant qu’« une guerre civile est plus grave et plus destructrice qu’une guerre contre un ennemi extérieur. Nous devons (donc) nous prémunir contre la guerre civile et les conflits. »

 

Son intervention revêtait une autorité morale particulière, car elle reflétait les leçons tirées de l’une des sociétés post-conflit les plus vastes et les plus complexes d’Afrique. Plutôt que de proposer des observations théoriques, Obasanjo a fait valoir, fort de son expérience, que les guerres civiles laissent des séquelles institutionnelles, sociales et psychologiques plus profondes que les conflits avec des ennemis extérieurs.

 

Le secrétaire exécutif de l’IGAD, Workneh Gebeyehu, a poussé ce raisonnement au-delà de la seule question de la sécurité. « Aucune nation ne s’est jamais construite ni n’a jamais prospéré par le biais d’un conflit. »

 

Ses propos ont établi un lien direct entre la paix et le développement national, suggérant que les pays ne parviennent à un progrès durable que lorsqu’ils privilégient le dialogue, le compromis et les intérêts nationaux collectifs plutôt que la confrontation. 

 

Associées à celles du Premier ministre Abiy et du professeur Mesfin, commissaire en chef du Dialogue national éthiopien, ces déclarations ont formé un message remarquablement cohérent selon lequel l’avenir de l’Éthiopie ne peut être assuré par la force, mais uniquement par un dialogue politique soutenu.


 

Écouter plutôt que l’emporter

 

L’un des traits marquants de la cérémonie d’ouverture a été l’accent mis sur la nécessité de changer non seulement les résultats politiques, mais aussi le comportement politique lui-même. Le président de la Commission du dialogue national éthiopien a fait valoir que le désaccord est une caractéristique normale des sociétés démocratiques. « Avoir des points de vue différents est naturel. Le problème commence lorsque nous tentons de faire taire les divergences par la violence au lieu de les résoudre par la discussion. »

 

Il a en outre souligné que le dialogue ne devait jamais être considéré comme une compétition entre gagnants et perdants. « Le dialogue ne consiste pas à vaincre autrui. Il s’agit de trouver un terrain d’entente tout en respectant les différences. »

 

De même, le Premier ministre Abiy a encouragé à plusieurs reprises les participants à écouter avec patience et sincérité plutôt que de tenter d’imposer des positions prédéterminées. Cela représente un changement conceptuel significatif, passant d’une politique à somme nulle à une gouvernance fondée sur le consensus, où les désaccords politiques sont gérés de manière institutionnelle plutôt que par la violence.


 

Modèle continental

 

Les intervenants africains invités ont systématiquement élargi le champ du dialogue au-delà du paysage politique national éthiopien. Obasanjo a qualifié la conférence d’« événement d’une importance historique non seulement pour l’Éthiopie, mais pour l’Afrique tout entière ».

 

Il a replacé l’expérience de l’Éthiopie dans le cadre d’un effort continental plus large visant à démontrer que les pays africains peuvent résoudre leurs propres défis politiques par le dialogue plutôt que par des conflits prolongés.

 

Le commissaire de l’Union africaine chargé des affaires politiques, de la paix et de la sécurité, l’ambassadeur Bankole Adeoye, a renforcé cette position du point de vue institutionnel de l’Union africaine. « Le Dialogue national éthiopien constitue le fondement d’une paix durable et de la réconciliation nationale. »

 

Sa déclaration reflète la préférence politique générale de l’Union africaine pour des processus politiques inclusifs et menés sous l’égide des pays eux-mêmes, en tant que mécanismes de prévention des conflits et de relèvement post-conflit.

 

De même, le secrétaire exécutif de l’IGAD, Workneh Gebeyehu, a qualifié la conférence de moment historique décisif. « Cette conférence historique est un événement majeur qui ouvrira un nouveau chapitre dans la longue et fière histoire de l’Éthiopie. »

 

Collectivement, ces interventions ont transformé la conférence, qui n’était au départ qu’un exercice de réconciliation nationale, en ce que de nombreux dirigeants africains considèrent clairement comme un point de référence continental potentiel pour la gestion d’une diversité politique complexe.

 
 

Appropriation éthiopienne et solutions africaines

 

Un autre point de convergence majeur a été l’insistance sur le fait que l’Éthiopie elle-même doit s’approprier à la fois le dialogue et ses résultats. L’ambassadeur Adeoye a qualifié à plusieurs reprises ce processus d’« initiative nationale », soulignant que le rôle de l’Union africaine est de soutenir les choix politiques de l’Éthiopie plutôt que de les dicter.

 

 Le secrétaire exécutif de l’IGAD, M. Workneh, a poussé cet argument plus loin en mettant en avant les traditions historiques de réconciliation propres à l’Éthiopie. « Il n’est pas nécessaire de chercher à l’étranger des solutions à nos problèmes. L’Éthiopie dispose de nombreuses expériences positives et exemplaires qui peuvent guider ce processus. »

 

Cela reflète une philosophie africaine de plus en plus répandue selon laquelle une paix durable a le plus de chances de voir le jour lorsque les pays s’appuient sur leurs institutions endogènes, leurs traditions culturelles et des mécanismes acceptés localement, plutôt que de se fier exclusivement à des formules politiques conçues de l’extérieur.

 

Au-delà de la résolution immédiate du conflit, les intervenants ont présenté le dialogue comme un projet de construction de l’État à long terme. M. Obasanjo a fait valoir que la conférence devrait aboutir à « une Éthiopie forte et unie », capable de rallier ses citoyens autour d’une vision nationale commune tout en positionnant le pays comme l’un des États phares de l’Afrique.

 

Le Premier ministre Abiy a également établi un lien entre l’unité nationale et les intérêts stratégiques de l’Éthiopie, suggérant que la fragmentation politique avait, historiquement, permis à des acteurs extérieurs d’exploiter les divisions internes. La réconciliation nationale a donc été présentée non seulement comme un objectif politique, mais aussi comme une composante essentielle de la souveraineté nationale et de l’influence régionale.

 

Le professeur Mesfin a également souligné que cette conférence devait être considérée comme le début plutôt que comme la conclusion d’un processus bien plus long. « Cette conférence n’est pas une fin en soi. C’est le début d’un parcours national vers la compréhension, la confiance et une paix durable. »

 

Ses propos ont mis en évidence la maturité institutionnelle de l’ENDC qui, après près de quatre ans de consultations à l’échelle nationale, de recueil des priorités et d’engagement des parties prenantes, est désormais entrée dans sa phase de délibérations de fond.


 

Stabilité régionale et enjeux continentaux

 

L’Union africaine et l’IGAD ont clairement indiqué que la stabilité de l’Éthiopie avait des répercussions bien au-delà de ses frontières. Pour l’Union africaine, la paix dans ce pays est étroitement liée à la stabilité de la Corne de l’Afrique, notamment compte tenu de la position stratégique de l’Éthiopie, de son influence diplomatique et de son rôle en tant que pays hôte du siège de l’UA.

 

De même, l’IGAD a réaffirmé son engagement à accompagner l’Éthiopie tout au long du processus de dialogue, reconnaissant que les événements survenant en Éthiopie ont inévitablement des répercussions sur la sécurité régionale, le commerce, les migrations et l’intégration politique.

 

Leurs prises de position traduisent donc à la fois une solidarité avec l’Éthiopie et la reconnaissance du fait qu’un dialogue fructueux renforcerait la stabilité régionale au sens large.

Conclusion

La journée d’ouverture de la Conférence nationale de dialogue éthiopienne a défini à la fois la philosophie politique et les ambitions stratégiques qui devraient guider le processus dans les semaines à venir. Les messages délivrés par les intervenants ont mis l’accent sur la transformation de la culture politique éthiopienne en remplaçant la confrontation par la consultation, en reconnaissant les griefs historiques, en renforçant les institutions et en encourageant le compromis plutôt que la coercition.

 

Ces messages nationaux ont été renforcés par une voix continentale unifiée. L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a apporté une perspective historique en mettant en garde contre les conséquences dévastatrices d’un conflit civil et en exhortant les Éthiopiens à bâtir une nation unie autour d’aspirations communes. Le commissaire de l’Union africaine, l’ambassadeur Bankole Adeoye, a affirmé que ce dialogue constituait un fondement, s’inscrivant dans une démarche nationale, pour une paix et une réconciliation durables, tandis que le secrétaire exécutif de l’IGAD, Workneh Gebeyehu, a mis en avant les traditions de consultation propres à l’Éthiopie et a appelé le pays à démontrer que le dialogue reste la seule voie viable vers le renouveau national.

 

Dans leur ensemble, ces discours révèlent un consensus naissant selon lequel le Dialogue national éthiopien est bien plus qu’une simple conférence politique. Il s’agit d’une tentative ambitieuse visant à redéfinir la manière dont l’un des plus anciens États d’Afrique gère la diversité, résout les différends et forge un consensus national. Son succès final ne dépendra pas du caractère symbolique de son ouverture, mais de la volonté des participants de traduire ce dialogue en accords durables, en réformes institutionnelles et en une vision commune capable d’assurer une paix durable pour les générations futures.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023