Dialogue national en Éthiopie : la souveraineté populaire au cœur de la construction de l'avenir

Par Tewodros Habenom

Le 6 juillet 2026 (ENA)

À quelques jours de l'ouverture de la Conférence du dialogue national, prévue le 15 juillet, l'Éthiopie s'apprête à franchir une étape déterminante de son histoire politique.

 

Mise en place en 2021 dans un contexte marqué par de profondes tensions politiques et sécuritaires, la Commission nationale du dialogue a été créée pour répondre à une interrogation majeure : comment permettre à un pays confronté à des divisions historiques et à des conflits internes de bâtir une paix durable et une unité nationale ?

La réponse retenue repose sur un principe fondamental : donner aux citoyens eux-mêmes le pouvoir de définir l'avenir de leur nation.

 

Durant plusieurs décennies, les grandes orientations politiques de l'Éthiopie ont été élaborées selon une logique dominée par les élites, où les accords politiques et les compromis nationaux étaient essentiellement négociés entre dirigeants.

 

L'expérience a toutefois montré que ces arrangements conclus au sommet demeurent souvent fragiles. S'ils peuvent contribuer à désamorcer des crises ponctuelles, ils peinent à résoudre durablement les causes profondes des divisions lorsqu'ils ne reflètent pas les aspirations de l'ensemble de la population.

 

Le processus actuel de dialogue national rompt avec cette approche traditionnelle. Il privilégie une démarche participative dans laquelle la souveraineté populaire constitue le fondement même de la reconstruction de l'État et de la consolidation de la paix.

 

Au-delà de la cérémonie d'ouverture, cette conférence est l'aboutissement d'un long travail engagé depuis plusieurs années.

 

Depuis sa création, la Commission a mené un vaste processus de consultations à travers plus de 1 200 woredas du pays. Cette démarche ne s'est pas limitée à une simple collecte d'opinions, mais a permis d'associer des communautés longtemps absentes des grands débats nationaux.

 

Cette phase préparatoire a favorisé l'émergence d'une nouvelle culture du dialogue. En organisant des consultations structurées dans un climat apaisé, la Commission a encouragé les citoyens à exprimer leurs préoccupations dans un cadre éloigné des tensions politiques immédiates.

 

Les nombreuses consultations menées sur le terrain démontrent ainsi que les thèmes qui seront examinés lors de la conférence sont directement issus des préoccupations exprimées par les Éthiopiens eux-mêmes.

 

Une représentation nationale élargie

 

L'une des principales caractéristiques du dialogue réside dans l'élargissement de la participation au-delà des seules élites politiques.

 

En donnant la parole à l'ensemble des composantes de la société, la Commission a veillé à ce que la conférence reflète la diversité sociale, culturelle et régionale du pays.

 

Le président de la Commission, le professeur Mesfin Araya, a souligné que les thèmes retenus résultent directement des contributions recueillies auprès des citoyens.

 

Les participants représentent un large éventail de la société éthiopienne : chefs religieux et traditionnels, représentants des jeunes, organisations de femmes, acteurs de la société civile ainsi que de nombreuses autres catégories sociales.

 

Dans cette approche, les préoccupations d'un agriculteur ou d'un éleveur bénéficient de la même considération que celles des responsables politiques.

 

Cette représentation élargie renforce la légitimité morale du dialogue et contribue à faire de la transparence une réalité concrète.

 

Une organisation indépendante appuyée par l'expertise

 

L'autonomie de la Commission constitue également un élément central du processus.

 

Le gouvernement se limite aux aspects logistiques, financiers et sécuritaires afin de garantir un environnement neutre permettant aux participants d'échanger librement leurs points de vue.

 

Pour améliorer la qualité des débats, la Commission a également prévu des séances d'information animées par des experts indépendants et des chercheurs spécialisés.

 

Leur mission consiste à fournir des analyses objectives et des données scientifiques sur les principaux défis économiques, sociaux et institutionnels du pays.

 

Cette contribution vise à favoriser des discussions fondées sur des faits plutôt que sur des considérations émotionnelles, permettant ainsi aux délégués de prendre des décisions éclairées.

 

Les priorités du futur contrat social

 

Les travaux de la conférence porteront sur plusieurs grands thèmes issus directement des consultations populaires organisées à travers le pays.

 

Les discussions aborderont notamment les fondements de l'État, les symboles nationaux, les questions constitutionnelles, le fonctionnement du système fédéral ainsi que l'organisation administrative.

 

Les participants examineront également les enjeux liés à la gouvernance des villes fédérales, à la coexistence religieuse, à l'indépendance du pouvoir judiciaire et au renforcement de la protection des droits humains.

 

En parallèle, les préoccupations quotidiennes des populations occuperont une place importante, notamment les difficultés rencontrées par les agriculteurs et les éleveurs, l'amélioration de la gouvernance publique ainsi que les mécanismes destinés à promouvoir une paix durable et une véritable réconciliation nationale.

 

Cette articulation entre les grandes réformes institutionnelles et les réalités vécues par les citoyens illustre la volonté de construire un dialogue étroitement lié aux attentes de la population.

 

Vers une nouvelle culture politique

Au-delà des conclusions qui seront adoptées, le principal objectif du dialogue national est de transformer durablement la culture politique du pays.

 

Pendant de nombreuses années, la compétition politique s'est souvent inscrite dans une logique d'exclusion et de confrontation. Le dialogue ambitionne désormais d'installer une culture fondée sur le consensus, le pluralisme et la recherche de solutions communes.

 

Le président de la Commission, Mesfin Araya, continue d'ailleurs d'inviter toutes les parties qui restent en dehors du processus, y compris les groupes armés, à rejoindre cette initiative nationale, à condition qu'elles s'engagent dans une démarche exclusivement pacifique.

 

L'avenir de l'Éthiopie ne saurait être déterminé par la force ni réservé à une minorité de décideurs.

 

Il repose sur une responsabilité collective partagée par l'ensemble des citoyens.

 

En donnant au peuple la possibilité de participer directement à la définition de son avenir, l'Éthiopie affirme sa conviction que le dialogue, la participation et le consensus constituent les meilleurs fondements d'une paix durable, d'une stabilité renforcée et d'une unité nationale solide.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023