Pourquoi la pression internationale sur l'ancien TPLF doit-elle être maintenue ? - ENA Français
Pourquoi la pression internationale sur l'ancien TPLF doit-elle être maintenue ?
Tribune de Neway Tamiru
28 juin 2026 (ENA)
La paix issue de l'Accord de Pretoria traverse aujourd'hui l'une des périodes les plus délicates depuis la fin des combats dans le nord de l'Éthiopie. Un nombre croissant de gouvernements, d'organisations internationales de défense des droits humains, d'anciens responsables du TPLF ainsi que d'observateurs régionaux partagent désormais une même conviction : seule une pression internationale durable sur les éléments radicaux de l'ancien Front de libération du peuple du Tigray (TPLF) permettra d'éviter une reprise des hostilités.
C'est cette préoccupation qui explique l'intensification de l'attention portée par la communauté internationale.
Sans une pression diplomatique, politique et juridique constante, les risques d'une nouvelle militarisation, de recrutements forcés et d'une escalade des tensions au Tigray pourraient compromettre les acquis de l'Accord de Pretoria et replonger la région dans un conflit aux conséquences dramatiques.
Ce qui apparaissait auparavant comme une crise politique interne est progressivement devenu un sujet de préoccupation internationale majeur.
La réaction qui prend forme dépasse largement le simple cadre des échanges diplomatiques habituels. Elle traduit la prise de conscience que toute déstabilisation du nord de l'Éthiopie menace directement la paix et la sécurité de l'ensemble de la Corne de l'Afrique.
Des restrictions de visas imposées par les États-Unis aux membres radicaux du TPLF et à leurs proches jusqu'aux avertissements formulés par Human Rights Watch concernant les allégations de conscription forcée au Tigray, le message adressé par la communauté internationale devient de plus en plus cohérent.
Ceux qui compromettent le processus de paix doivent répondre de leurs actes et rester soumis à une pression soutenue.
Cette convergence revêt une importance particulière puisqu'elle marque le passage d'une posture d'observation à une logique de prévention. La communauté internationale ne se contente plus d'analyser les conséquences du conflit : elle cherche désormais à identifier les acteurs et les pratiques susceptibles de provoquer une nouvelle guerre.
Le risque d'une remobilisation militaire
Parmi les avertissements les plus explicites figure celui de Human Rights Watch, qui a appelé les membres de l'ancien TPLF, aujourd'hui dissous mais toujours aux commandes du Tigray, à retirer sans délai une proclamation adoptée début juin 2026 leur attribuant d'importants pouvoirs en matière de recrutement militaire obligatoire.
L'organisation estime que cette mesure présente des ressemblances préoccupantes avec le système de service national à durée indéterminée appliqué en Érythrée, alimentant les craintes d'un recours accru à la coercition alors que les populations restent profondément marquées par la guerre de 2020-2022.
« La population du Tigray tente encore de se relever d'un conflit dévastateur de deux années et de ses lourdes conséquences », a rappelé Laetitia Bader, directrice adjointe de la division Afrique de Human Rights Watch.
Elle a souligné que les autorités devraient privilégier la protection des civils plutôt que le renforcement de mesures coercitives susceptibles d'alimenter une nouvelle spirale de violence.
L'organisation fait également état d'informations évoquant des campagnes de recrutement porte-à-porte, la mobilisation forcée d'anciens combattants ainsi que des arrestations ou des sanctions visant les familles refusant la conscription, y compris lorsque des mineurs sont concernés.
Si ces pratiques se poursuivent, elles risquent d'accroître le climat de peur et de provoquer de nouveaux déplacements de populations.
C'est précisément pour éviter un tel scénario qu'une pression internationale durable demeure indispensable.
Washington renforce la logique de responsabilisation
Les États-Unis ont renforcé cette dynamique en imposant des restrictions de visas ciblées aux membres radicaux du TPLF et à leurs familles proches conformément à l'article 212(a)(3)(C) de la loi américaine sur l'immigration et la nationalité.
Plus significatif encore, Washington établit un lien explicite entre la montée des tensions dans le nord de l'Éthiopie et les agissements des éléments radicaux du TPLF, estimant que ces derniers risquent de raviver les affrontements et de déstabiliser l'ensemble de la région.
Les autorités américaines ont également évoqué la reprise des combats entre les Forces de défense du Tigray autoproclamées et les Forces de défense nationale éthiopiennes (ENDF), y voyant un signal préoccupant d'une possible reprise des hostilités.
En affirmant être prêtes à utiliser « tous les moyens disponibles » afin de demander des comptes aux responsables de la remise en cause du processus de paix, les États-Unis réaffirment un principe essentiel : un accord de paix ne peut produire ses effets que s'il est pleinement respecté.
Les inquiétudes exprimées au niveau national
Plusieurs personnalités éthiopiennes ainsi que d'anciens dirigeants du TPLF ont exprimé des préoccupations similaires.
Le professeur Kindeya Gebrehiwot, ancien chef du secrétariat du Cabinet de la première administration régionale intérimaire du Tigré, a estimé que la remise en cause de cette administration, désignée par le gouvernement fédéral, pourrait à nouveau fragiliser le nord de l'Éthiopie.
Selon lui, la résistance grandissante observée au sein même du Tigré reflète une profonde lassitude de la population face à la guerre ainsi qu'un fort attachement à une solution politique.
Il s'est également alarmé des informations faisant état de recrutements forcés, affirmant que de nombreux jeunes refusent toute nouvelle mobilisation qu'ils considèrent comme porteuse d'une catastrophe supplémentaire.
Aregawi Berhe, président fondateur et ancien dirigeant du TPLF, estime lui aussi que les efforts entrepris par le gouvernement fédéral pour stabiliser la région grâce à l'Accord de Pretoria n'ont pas été accompagnés d'une volonté comparable de la part des éléments radicaux.
Selon lui, certains responsables considèrent davantage l'accord comme une occasion de reconstruire leurs capacités militaires que comme un véritable cadre de paix.
L'ancien président de l'administration intérimaire du Tigray, Getachew Reda, soutient pour sa part que la portée réelle des récentes restrictions de visas américaines réside moins dans les sanctions elles-mêmes que dans l'identification des responsables de la montée des tensions.
À ses yeux, Washington désigne clairement la faction du TPLF dirigée par Debretsion Gebremichael comme principal facteur d'instabilité dans la région.
« L'importance de la restriction de visas ne réside pas dans la restriction elle-même, mais dans le fait que le gouvernement américain a attribué la responsabilité de la montée des tensions en Éthiopie au camp de DT », a-t-il déclaré.
Il estime également que cette décision constitue un avertissement adressé aux acteurs extérieurs susceptibles d'apporter leur soutien aux éléments radicaux du TPLF.
Le conseiller à la sécurité nationale éthiopien, Redwan Hussien, a exprimé des inquiétudes comparables.
Dans une tribune cosignée avec Getachew Reda et publiée par Al Jazeera, il affirme que les éléments radicaux du TPLF ont profité de l'Accord de Pretoria pour reconstituer progressivement leurs capacités militaires.
Selon leur analyse, une reprise du conflit dépasserait rapidement le cadre du nord de l'Éthiopie et mettrait en péril la stabilité de toute la Corne de l'Afrique.
Les accusations les plus préoccupantes proviennent toutefois d'Aregawi Berhe concernant le recrutement continu d'enfants.
Il affirme que de nombreux vétérans ont quitté l'organisation après avoir perdu confiance dans sa direction, contraignant ainsi la faction radicale à recruter une nouvelle génération de combattants.
« Ils enlèvent des enfants de 13 ou 14 ans », affirme-t-il, ajoutant que de nombreuses familles ont préféré envoyer leurs enfants vers d'autres régions d'Éthiopie ou à l'étranger afin d'échapper au recrutement forcé.
Ces affirmations rejoignent les préoccupations exprimées par Human Rights Watch concernant la mobilisation forcée et l'augmentation des déplacements de populations.
Une convergence internationale de plus en plus nette
Les analyses de Human Rights Watch, du gouvernement américain, d'anciens dirigeants du TPLF, d'anciens responsables de l'administration intérimaire du Tigray ainsi que des autorités éthiopiennes chargées de la sécurité convergent désormais de manière remarquable.
Pris dans leur ensemble, ces constats conduisent à une conclusion commune : la remobilisation militaire, les pratiques de recrutement coercitif attribuées à l'ancien TPLF et les tentatives visant à fragiliser l'Accord de Pretoria constituent une menace non seulement pour le nord de l'Éthiopie, mais également pour la stabilité de toute la Corne de l'Afrique.
L'intensification de la pression internationale dépasse donc largement le cadre de simples démarches diplomatiques ou de critiques relatives aux droits humains.
Elle reflète une volonté croissante de préserver les acquis de Pretoria en renforçant la pression politique, diplomatique et juridique sur ceux qui sont accusés de préparer une nouvelle confrontation.
Prévenir une nouvelle catastrophe exigera une vigilance internationale permanente, une implication diplomatique résolue ainsi qu'un soutien clair au dialogue politique. Les leçons du passé sont sans équivoque : l'inaction entraîne un coût humain considérable. Celles du présent le sont tout autant : préserver la paix suppose d'agir avant qu'un nouveau conflit n'éclate.
La pression internationale exercée contre les éléments radicaux de l'ancien TPLF ne relève donc pas du symbole. Elle constitue avant tout un instrument de prévention.
Elle traduit une prise de conscience de plus en plus partagée : le prix de l'inaction dans le nord de l'Éthiopie ne se mesurerait pas seulement en instabilité politique, mais également en souffrances humaines à grande échelle.
C'est pourquoi la pression internationale sur l'ancien TPLF doit être maintenue. La paix demeure fragile, et prévenir une nouvelle guerre sera toujours moins coûteux que d'en gérer les conséquences.