Le parcours de l'Éthiopie vers une nouvelle ère de développement - ENA Français
Le parcours de l'Éthiopie vers une nouvelle ère de développement
Par le Rédacteur
Le discours du Premier ministre Abiy Ahmed lors du sommet national « Ethiopia Delivers », organisé sous le thème « De la réforme au changement durable », a été bien plus qu’une simple réflexion sur les réalisations accomplies. Il a présenté une vision stratégique pour l’avenir de l’Éthiopie. Au cœur de ce discours se trouvait un message fort : les réformes ne sont pas des fins en soi, mais les fondements sur lesquels repose une transformation nationale durable.
« La construction de l’État-nation est une responsabilité collective permanente », a souligné le Premier ministre, mettant en avant une philosophie qui considère le développement comme un projet intergénérationnel plutôt que comme une série de réalisations isolées. Guidée par le principe du Medemer (synergie) grâce à l’effort collectif, la transformation de l’Éthiopie depuis 2018 s’est attachée à tisser un lien entre la modernisation économique, la réforme institutionnelle, le développement des infrastructures, la gestion responsable de l’environnement et l’engagement diplomatique au sein d’une trajectoire nationale unique.
Alors que le pays passe de la phase de lancement des réformes à celle de leur consolidation, la question centrale n’est plus de savoir si le changement a commencé, mais comment ces acquis peuvent être pérennisés et se traduire par une prospérité durable.
Relancer l’économie grâce à des réformes structurelles
Lorsque le gouvernement actuel est arrivé au pouvoir en 2018, l’Éthiopie était confrontée à des pressions croissantes liées à la dette, à une pénurie de devises étrangères et à d’importants défis macroéconomiques. En réponse, le gouvernement a lancé l’un des programmes de réformes économiques les plus ambitieux de l’histoire du pays.
Les secteurs stratégiques, qui fonctionnaient depuis longtemps sous le régime du monopole d’État, ont été progressivement ouverts à la participation du secteur privé. Des réformes historiques dans le domaine des télécommunications ont permis l’arrivée d’opérateurs internationaux sur le marché éthiopien, renforçant ainsi la concurrence et attirant les investissements. Des réformes monétaires, notamment la libéralisation du taux de change, ont été mises en œuvre pour remédier à des distorsions économiques de longue date et renforcer la confiance des investisseurs.
Ces mesures ont ouvert la voie à d’importants accords de financement avec des institutions internationales, notamment la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, contribuant ainsi à stabiliser l’économie tout en créant les conditions propices à une croissance à long terme.
Le Medemer et la quête de la cohésion nationale
Au cœur de la transformation politique de l’Éthiopie se trouve la philosophie du Medemer. Bien plus qu’un simple slogan politique, elle a servi de cadre conceptuel guidant les efforts visant à favoriser l’unité nationale et le progrès collectif.
La création du Parti de la prospérité en 2019 a marqué une restructuration significative du paysage politique éthiopien, rassemblant divers acteurs régionaux et politiques sous une seule et même plateforme nationale. Parallèlement, la mise en place de la Commission éthiopienne du dialogue national a ouvert une voie institutionnelle permettant de répondre aux griefs historiques par le dialogue et l’engagement constitutionnel.
Ensemble, ces initiatives reflètent un effort plus large visant à renforcer la cohésion nationale, condition préalable au développement durable et à la stabilité à long terme.
Transformation agricole et sécurité alimentaire
Peu de secteurs illustrent mieux les ambitions de développement de l’Éthiopie que l’agriculture. Grâce à un programme de production de blé irrigué à grande échelle, le pays a profondément transformé son approche de la production alimentaire.
En développant les infrastructures d’irrigation, la mécanisation et les techniques agricoles modernes, l’Éthiopie est passée d’une dépendance vis-à-vis du blé importé à l’autosuffisance, et exporte désormais ses excédents vers les marchés voisins.
Pour approfondir cette transformation, Aliko Dangote, président du groupe Dangote, a porté l’engagement total de son conglomérat en Éthiopie de 2,5 milliards de dollars à plus de 4 milliards de dollars, à la suite d’une visite de travail à Gode, dans la région somalienne de l’Éthiopie, où il a été reçu par le Premier ministre Abiy. Ce projet devrait permettre de réduire la dépendance vis-à-vis des intrants agricoles importés et de renforcer les fondements de la sécurité alimentaire à long terme.
Libérer le potentiel énergétique
L’énergie s’est imposée comme une pierre angulaire de la stratégie de développement de l’Éthiopie. L’inauguration de la première phase du projet de gaz naturel liquéfié dans la région de Somali constitue une avancée majeure vers l’industrialisation et la diversification des exportations.
Parallèlement, les énergies renouvelables restent au cœur de la vision de l’Éthiopie. Le projet éolien Aysha II, qui compte parmi les plus importants de la région, témoigne de la volonté du pays de concilier croissance économique et durabilité environnementale.
Ensemble, ces investissements font progresser la transition de l’Éthiopie vers une plus grande indépendance énergétique et une meilleure compétitivité industrielle.
« Green Legacy » : le développement par la gestion responsable de l’environnement
Le programme « Green Legacy » figure parmi les initiatives éthiopiennes les plus reconnues à l’échelle internationale ; il a intégré la durabilité environnementale dans le programme de développement global du pays.
Cette campagne a mobilisé des millions de citoyens pour planter des milliards d’arbres, restaurer des paysages dégradés et lutter contre la désertification et la vulnérabilité climatique. Au-delà de ses avantages environnementaux, cette initiative a généré des opportunités économiques liées à la conservation et aux projets liés au carbone.
Depuis son lancement, l’Éthiopie a planté environ 48 milliards de jeunes arbres à l’échelle nationale, contribuant ainsi au reboisement, à la restauration des écosystèmes et aux efforts en faveur de l’action climatique. Fort de cette dynamique, le pays s’est fixé l’objectif ambitieux de planter 8 milliards de jeunes arbres supplémentaires au cours de cette saison des pluies, renforçant ainsi sa vision d’un avenir plus vert et plus durable sur le plan environnemental.
Le tourisme, moteur de la croissance
Le programme de développement de l’Éthiopie a également transformé le secteur du tourisme. Des projets phares tels que le parc naturel d’Entoto et le parc de l’Amitié ont redéfini les espaces de loisirs urbains, tandis que des initiatives telles que « Dine for the Nation » et « Dine for Ethiopia » ont accéléré les investissements dans des destinations touristiques de classe mondiale.
Des projets tels que Gorgora, Koisha et Wenchi positionnent l’Éthiopie comme une destination émergente pour le tourisme de luxe, l’écotourisme et le tourisme d’affaires, créant ainsi des emplois tout en mettant en valeur le patrimoine culturel et naturel du pays.
Le GERD et le leadership énergétique régional
Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) reste l’un des symboles phares des ambitions de développement de l’Éthiopie. Ayant franchi le cap de la production d’électricité, ce barrage redéfinit le paysage énergétique du pays tout en renforçant l’intégration régionale.
Grâce à des accords d’exportation d’électricité conclus avec les pays voisins, le GERD renforce le rôle de l’Éthiopie en tant que pôle énergétique régional et crée de nouvelles opportunités de coopération économique à travers l’Afrique de l’Est.
Réinventer l’Éthiopie urbaine
L’initiative nationale de développement des corridors transforme les centres urbains éthiopiens grâce à des investissements massifs dans les routes, les infrastructures piétonnes, les espaces publics, les réseaux d’assainissement et l’embellissement de l’environnement.
Ces projets ne se limitent pas à une simple modernisation des infrastructures ; ils s’inscrivent dans une démarche plus large visant à créer des villes plus propres, plus efficaces et plus agréables à vivre, capables de soutenir la croissance économique future.
Se tourner vers l’avenir numérique
Consciente que sa compétitivité future dépend de l’innovation, l’Éthiopie a accéléré ses investissements dans les sciences et les technologies.
La création de l’Institut éthiopien d’intelligence artificielle témoigne de la volonté de tirer parti des technologies émergentes dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de l’éducation et des prévisions climatiques. Parallèlement, le Musée des sciences et des technologies d’Addis-Abeba sert de plateforme pour inspirer l’innovation et former la prochaine génération de chercheurs et d’entrepreneurs.
Ces initiatives témoignent de l’ambition de l’Éthiopie de devenir un acteur de l’économie mondiale de la connaissance plutôt qu’un simple consommateur de technologies.
L’influence diplomatique croissante de l’Éthiopie
Parallèlement à sa transformation nationale, l’Éthiopie a renforcé son rayonnement international. En tant que siège de l’Union africaine et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, Addis-Abeba continue de faire office de capitale diplomatique du continent.
Le fait que le pays ait remporté l’organisation du Sommet des Nations Unies sur le climat de 2027 témoigne également de la reconnaissance internationale croissante du rôle de premier plan joué par l’Éthiopie dans les domaines des énergies renouvelables et de l’action pour le climat.
Parallèlement, le pays a élargi ses partenariats stratégiques avec des nations telles que la Turquie, l’Inde et la Malaisie, tandis que son adhésion au groupe des BRICS marque une étape importante vers la diversification de ses relations économiques et géopolitiques.
De la réforme au changement durable
L’histoire de l’Éthiopie depuis 2018 ne se résume pas à une simple série de réformes. C’est l’histoire d’une nation qui cherche à institutionnaliser sa transformation et à convertir ses acquis à court terme en progrès durables.
Comme l’a souligné le Premier ministre Abiy Ahmed lors du sommet « Ethiopia Delivers », la construction de l’État est une responsabilité qui transcende les générations. Le défi à relever consiste non seulement à préserver les acquis déjà obtenus, mais aussi à veiller à ce qu’ils deviennent les fondements d’une Éthiopie plus prospère, plus résiliente et plus unie.
Le chemin menant de la réforme au changement durable est encore en cours. Pourtant, la trajectoire suivie suggère que l’Éthiopie se concentre de plus en plus non seulement sur la transformation du présent, mais aussi sur la construction de l’avenir.