Se présenter comme victime tout en fragilisant la paix : comment le TPLF compromet l’Accord de Pretoria

Extrait de The Pulse of Africa (POA)

 

Addis-Abeba, 15 juin 2026 (ENA) : -  Le proverbe amharique « ጅራፍ ራሱ ገርፎ ራሱ ይጮኻል » (celui qui frappe avec le fouet est aussi celui qui crie) reflète avec justesse la posture politique actuelle du Front populaire de libération du Tigré (TPLF).

 

Plusieurs mois après la conclusion de l’Accord de cessation permanente des hostilités (CoHA) à Pretoria, en Afrique du Sud, une réalité frappante s’est imposée.

 

Tandis que le gouvernement fédéral éthiopien a multiplié les initiatives de reconstruction, de réconciliation et de réintégration, le TPLF semble renouer avec des pratiques marquées par le non-respect des engagements, la déstabilisation et les rapprochements avec des acteurs extérieurs, tout en cherchant à apparaître comme victime auprès de la communauté internationale.

 

Pour saisir les difficultés qui entourent le processus de paix, les partenaires internationaux doivent aller au-delà des déclarations et examiner les violations concrètes et documentées de l’Accord de Pretoria attribuées au TPLF, tout en les comparant aux efforts du gouvernement fédéral en faveur de la stabilité.

 

Violations répétées de l’Accord de Pretoria

 

L’Accord de Pretoria établissait un cadre juridique précis destiné à restaurer l’ordre constitutionnel et à garantir la sécurité. Pourtant, plusieurs dispositions fondamentales ont été enfreintes de manière répétée par le TPLF.

 

Maintien illégal des « Forces de défense du Tigray » (TDF)

 

L’article 6 relatif au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration stipule clairement qu’une seule force de défense doit exister en Éthiopie.

Il prévoit le désarmement total des combattants du TPLF, considérant qu’une armée régionale parallèle représente une menace pour la souveraineté nationale.

 

Malgré cela, le TPLF poursuit le recrutement, l’organisation et les démonstrations de force sous l’appellation « TDF », une structure qui ne possède aucun statut légal au regard de la Constitution éthiopienne ni de l’Accord de Pretoria.

 

Lorsque les autorités fédérales prennent des mesures sécuritaires pour préserver l’intégrité territoriale, le TPLF dénonce aussitôt une prétendue injustice et affirme que ses « forces » sont ciblées. Une interrogation demeure alors : si le TPLF adhère réellement à la paix, pourquoi maintenir une force armée parallèle illégale ?

 

Alliances avec des groupes extrémistes et atteinte à la souveraineté

 

L’article 3, consacré aux principes fondamentaux, engage les parties à respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité de la République fédérale démocratique d’Éthiopie. L’article 9 interdit par ailleurs toute alliance asymétrique avec des acteurs internes ou externes hostiles à l’ordre constitutionnel.

 

Au lieu de s’inscrire pleinement dans le cadre national, le TPLF aurait développé des contacts discrets avec certains acteurs étrangers et noué des alliances controversées avec des réseaux extrémistes et terroristes présents dans le pays. En collaborant avec des groupes cherchant à affaiblir le gouvernement central, le mouvement aurait manqué à son engagement de respecter l’ordre constitutionnel, privilégiant les pressions extérieures plutôt que les mécanismes institutionnels.

 

Entrave au retour des déplacés et instrumentalisation de leur situation

 

L’article 10 portant sur les mesures transitoires vise à faciliter le retour volontaire et sécurisé des personnes déplacées ainsi qu’à assurer leur réintégration administrative locale.

 

Selon plusieurs critiques, le TPLF a, à travers ses communications officielles et certaines décisions administratives régionales, freiné le retour ordonné des populations déplacées.

 

Au lieu de coopérer pleinement avec les institutions fédérales chargées de leur réinstallation, le mouvement aurait utilisé leur situation à des fins politiques et dans une logique de modification des réalités démographiques locales, compliquant ainsi l’application de l’article 10.

 

Contestation et affaiblissement de l’administration intérimaire

 

Le même article 10 prévoit également l’établissement d’une Administration régionale intérimaire (ARI) inclusive jusqu’à l’organisation d’élections supervisées par la Commission électorale nationale d’Éthiopie (CENE).

 

Plutôt que de soutenir une administration tournée vers la reconstruction et la réhabilitation, les rivalités internes au sein du TPLF ont donné lieu à des tentatives de remise en cause, de modification ou de démantèlement de l’ARI par des moyens coercitifs et politiques.

Le refus de respecter les limites de ce mécanisme transitoire a contribué à ralentir la gouvernance régionale et à retarder la fourniture de services essentiels aux habitants du Tigray.

 

L’engagement constant du gouvernement fédéral pour la paix

 

Malgré les difficultés rencontrées, le gouvernement fédéral éthiopien affirme avoir largement dépassé les obligations prévues par l’Accord de Pretoria afin de favoriser la reconstruction et la réintégration du Tigré au sein du pays.

 

Rétablissement accéléré des infrastructures et des services

 

Dès la signature de l’accord, les autorités fédérales ont mobilisé des milliards de birrs pour remettre en état les services essentiels.

 

Télécommunications et électricité : Ethiopian Electric Power et Ethio Telecom ont restauré des milliers de kilomètres de lignes électriques et de câbles à fibre optique endommagés, permettant le rétablissement rapide de l’électricité et des communications à Mekelle ainsi que dans les localités voisines.

 

Banques et transport aérien : Les services bancaires ont repris leurs activités, réinjectant des ressources financières dans l’économie locale. Ethiopian Airlines a rétabli sans délai ses liaisons commerciales régulières vers Mekelle et Shire, reconnectant la région avec le reste du pays et l’extérieur.

 

Une vision de prospérité partagée à travers « Gebeta LeHager »

L’ambition du gouvernement fédéral pour le Tigré dépasse la simple reconstruction matérielle et vise une croissance inclusive. Dans le cadre de l’initiative « Gebeta LeHager » (Dîner pour les générations futures) lancée par le Premier ministre Abiy Ahmed, le site spectaculaire de Gheralta a été retenu comme projet touristique national majeur.

 

Représentant plusieurs milliards de birrs d’investissements, ce programme devrait générer des milliers d’emplois, stimuler l’industrie touristique et faire du Tigré une destination internationale de premier plan. Toutefois, des tensions sécuritaires localisées et des provocations attribuées au TPLF auraient à plusieurs reprises ralenti sa mise en œuvre.

 

Un changement de discours qui révèle une contradiction

 

La communauté internationale est invitée à se rappeler l’esprit de coopération qui avait marqué les premiers mois suivant l’accord, notamment à travers la tribune conjointe du président de l’ARI, Getachew Reda, et de l’ambassadeur Redwan Hussein, publiée entre autres par Al Jazeera.

 

Dans ce texte, les deux responsables présentaient l’Accord de Pretoria comme une illustration des « solutions africaines aux problèmes africains ».

 

Ils affirmaient ensemble que la guerre était terminée, qu’aucune alternative crédible à la paix n’existait et que les autorités fédérales et régionales partageaient un destin commun au sein d’un même État souverain.

 

Aujourd’hui, les actes du TPLF apparaissent, selon ses critiques, en contradiction avec les principes défendus à l’époque par Getachew Reda aux côtés des responsables fédéraux.

 

Alors que les déclarations communes invitaient à tourner la page de la confrontation, le refus de désarmer totalement, le maintien d’armes lourdes et l’adoption de mesures régionales jugées hostiles seraient incompatibles avec l’esprit et les dispositions de l’accord signé.

 

La voie à suivre : faire prévaloir la légalité

La communauté internationale est appelée à regarder au-delà des stratégies de communication du TPLF. Selon cette lecture, les faits démontrent que le gouvernement fédéral est demeuré attaché à la paix, au dialogue et au respect de la Constitution.

 

À l’heure actuelle, le TPLF évoluerait en dehors du cadre juridique national.

Après son insurrection armée, son enregistrement officiel a été annulé par la Commission électorale nationale d’Éthiopie (NEBE).

 

D’un point de vue légal, il s’agirait donc d’une organisation ne bénéficiant plus d’une reconnaissance officielle au sein de l’État.

 

Malgré cette situation exceptionnelle sur le plan constitutionnel, le gouvernement fédéral affirme avoir privilégié la patience et l’ouverture. Alors que l’Éthiopie poursuit un dialogue national historique, l’espace politique reste accessible.

 

Les autorités invitent toutes les factions à renoncer aux armes, à abandonner les structures illégales et à défendre leurs idées par des moyens pacifiques, démocratiques et conformes à la loi.

 

Les difficultés persistantes auxquelles fait face la population du Tigré ne pourront être résolues que lorsque ses dirigeants rompront avec les cycles de conflit, de provocation et de victimisation. Les habitants du Tigré ont besoin d’écoles, d’hôpitaux et d’opportunités économiques, plutôt que d’une force armée reconstituée ou d’un isolement prolongé.

 

Le TPLF doit cesser de se présenter comme victime tout en alimentant l’instabilité. Une paix durable exige le courage du désarmement, le respect sincère des engagements et la volonté d’emprunter le chemin de la réconciliation nationale.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023