Africa Watches : l'Éthiopie

Institutions continentales, appropriation démocratique et importance de la 7e élection législative en Éthiopie

Mais cette attention n’est pas le fruit du hasard.

Elle reflète le rôle politique, diplomatique et symbolique unique de l’Éthiopie au sein de l’Afrique — et, surtout, elle témoigne de la détermination croissante des institutions africaines à s’approprier de plus en plus le développement démocratique du continent.

Le récent déploiement de missions d’observation électorale tant par l’Union africaine (UA) que par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) représente bien plus qu’un simple exercice électoral technique. Il s’agit d’une déclaration continentale plus large sur l’autonomie démocratique africaine, la confiance institutionnelle et l’évolution de la responsabilité politique panafricaine.

L’Éthiopie, une arène démocratique continentale

Peu de pays africains ont le poids continental de l’Éthiopie.

En tant que capitale diplomatique de l’Afrique et siège de l’Union africaine, l’Éthiopie occupe depuis longtemps une place centrale dans l’imaginaire politique africain. Du symbolisme anticolonial d’Adoua à la fondation de l’Organisation de l’unité africaine, l’Éthiopie a historiquement incarné la souveraineté, l’unité africaine et l’indépendance politique.

Aujourd’hui, ce rôle continental s’étend de plus en plus au développement démocratique.

Lorsque l’Éthiopie organise une élection nationale impliquant des dizaines de millions d’électeurs, des dizaines de partis politiques et l’une des sociétés les plus complexes d’Afrique, les implications s’étendent naturellement au-delà de l’Éthiopie elle-même.

C’est pourquoi l’Afrique est attentive.


 

Et, fait significatif, l’Afrique suit de plus en plus ces événements par l’intermédiaire des institutions africaines.

La mission d’observation de l’IGAD et la responsabilité démocratique régionale

L’arrivée de la mission d’observation électorale de l’IGAD (IGAD EOM) à Addis-Abeba constitue un exemple important d’engagement démocratique régional dans la Corne de l’Afrique.

La mission est dirigée par Mme Speciosa Wandira-Kazibwe, ancienne vice-présidente de l’Ouganda, et son adjoint est M. Mohamed Ali Houmed, ancien président de l’Assemblée nationale de Djibouti. La mission comprend 26 observateurs à court terme issus des États membres de l’IGAD, représentant des organismes de gestion électorale, des organisations de la société civile, des groupes de femmes et des organisations de jeunesse.

Cette composition revêt une importance politique.

Cela montre que l'observation électorale en Afrique devient de plus en plus une initiative civique et institutionnelle multidimensionnelle, plutôt qu'un simple exercice diplomatique. La participation des femmes, des groupes de jeunes et des représentants de la société civile témoigne d'une conception plus large selon laquelle la légitimité démocratique ne découle pas uniquement des institutions étatiques, mais aussi de la participation de la société civile.

Les observateurs de l'IGAD devraient se déployer dans plusieurs États régionaux éthiopiens, notamment à Addis-Abeba et à Dire Dawa, où ils observeront les procédures électorales, les processus de vote, les mécanismes de dépouillement et la clôture du scrutin.

Il est important de noter que l’IGAD a indiqué que son évaluation s’appuierait sur plusieurs cadres, notamment :

  • la législation électorale nationale de l’Éthiopie,
  • le projet de protocole de l’IGAD sur la démocratie, la gouvernance et les élections,
  • la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (ACDEG),
  • et les principes internationaux relatifs à l’observation des élections démocratiques.

Cela témoigne de l’institutionnalisation croissante des normes démocratiques africaines au sein des structures de gouvernance régionales.

L’Union africaine et la légitimité démocratique continentale

Parallèlement à l’IGAD, l’Union africaine a également déployé une importante mission d’observation électorale (AUEOM) en Éthiopie.

La mission de l’UA est dirigée par l’ancien président kenyan Uhuru Kenyatta et comprend 73 observateurs à court terme issus de 37 pays africains. Il convient de noter que 61 % des observateurs sont des femmes, ce qui témoigne de manière remarquable de l’importance accordée par l’UA à l’inclusivité et à la représentation des genres dans la gouvernance démocratique.

La mission comprend :

  • des ambassadeurs accrédités auprès de l'Union africaine,
  • des responsables de l'organisation des élections,
  • des représentants de la société civile,
  • des experts électoraux,
  • des spécialistes des droits de l'homme,
  • des experts en matière d'égalité des sexes et de médias,
  • ainsi que des représentants de la jeunesse.

Cette diversité reflète l'évolution de l'approche de l'UA en matière d'observation démocratique — une approche qui considère de plus en plus les élections non seulement comme des compétitions politiques, mais aussi comme des processus civiques au sens large, liés à la gouvernance, à l'inclusion, au constitutionnalisme, à la liberté des médias et à la participation citoyenne.

Les observateurs surveilleront :

  • l'ouverture des bureaux de vote,
  • le déroulement du scrutin,
  • le dépouillement des bulletins de vote,
  • les opérations de compilation des résultats,
  • ainsi que le déroulement général du scrutin.

La mission de l'UA évaluera le scrutin sur la base :

  • de la Déclaration de l'OUA/UA sur les principes régissant les élections démocratiques en Afrique,
  • de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance,
  • ainsi que d'autres instruments régionaux et internationaux relatifs à la démocratie.

 


 

C'est extrêmement important, car cela démontre la capacité croissante de l'Afrique à définir, surveiller et défendre les normes démocratiques par le biais de ses propres institutions continentales.

L'Afrique observe de plus en plus l'Afrique

Pendant des décennies, les élections africaines ont souvent été interprétées et validées principalement par des acteurs extérieurs et des missions d'observation étrangères.

Aujourd’hui, cependant, une transformation majeure est en cours.

L’Afrique renforce de plus en plus la confiance institutionnelle dans ses propres mécanismes de contrôle démocratique.

Le déploiement simultané de missions d’observation de l’UA et de l’IGAD en Éthiopie symbolise cette transition.

Les institutions africaines ne sont plus de simples spectateurs passifs des processus démocratiques qui se déroulent au sein des États membres. Elles deviennent des acteurs démocratiques actifs, capables de :

  • surveiller les élections,
  • réaliser des évaluations,
  • promouvoir la gouvernance constitutionnelle,
  • encourager la participation politique pacifique,
  • et renforcer la responsabilité électorale.

Cette évolution revêt une importance capitale pour l’avenir de la gouvernance panafricaine.

Aucun continent ne peut consolider pleinement sa souveraineté démocratique en s’appuyant exclusivement sur une validation externe de ses processus politiques. Une culture démocratique durable nécessite une appropriation régionale, une maturité institutionnelle et des systèmes de responsabilité ancrés localement.

C’est précisément ce que représente de plus en plus la participation de l’UA et de l’IGAD.

Les élections en Éthiopie : un moment démocratique pour le continent

La 7e élection générale en Éthiopie est donc bien plus qu’un simple exercice constitutionnel national.

Il s’agit :

  • de l’un des plus grands processus électoraux d’Afrique,
  • de l’une des entreprises démocratiques les plus exigeantes sur le plan institutionnel du continent,
  • et de l’un des exemples contemporains les plus évidents de la mise en œuvre de la démocratie africaine par les institutions africaines.

Son ampleur à elle seule est extraordinaire :

  • plus de 50 millions d’électeurs inscrits,
  • environ 45 partis politiques,
  • des milliers de bureaux de vote,
  • et une infrastructure électorale nationale s’étendant sur l’un des pays les plus vastes et les plus diversifiés d’Afrique.

Mais au-delà des chiffres se cache une portée continentale plus profonde.

Cette élection témoigne de la confiance croissante de l’Afrique dans la démocratie.

Elle démontre que les institutions africaines disposent de plus en plus :

  • de l’expertise,
  • des structures organisationnelles,
  • de la légitimité politique,
  • et des mécanismes institutionnels nécessaires pour s’engager sérieusement dans une gouvernance démocratique selon les conditions propres à l’Afrique.

La démocratie au-delà de la certification extérieure

Ni les missions de l’UA ni celles de l’IGAD ne traduisent une hostilité à l’égard de l’engagement international. Elles témoignent plutôt de la normalisation de l’appropriation démocratique par l’Afrique.

L'avenir démocratique de l'Afrique s'en trouvera renforcé lorsque les institutions africaines deviendront elles-mêmes les principales garantes :

  • de la crédibilité électorale,
  • des normes démocratiques,
  • de la gouvernance constitutionnelle,
  • et de la responsabilité politique.

Ce processus est désormais clairement en marche.

Lorsque les observateurs de l’UA et de l’IGAD surveillent les élections en Éthiopie, ils ne se contentent pas d’observer le scrutin.

Ils participent à la construction d’une architecture démocratique africaine de plus en plus ancrée dans les institutions continentales plutôt que dans la dépendance vis-à-vis de l’extérieur.

Un message continental

En fin de compte, l’importance des missions de l’UA et de l’IGAD en Éthiopie dépasse le cadre des procédures du jour du scrutin.

Ils véhiculent un message plus large :

celui d’une Afrique de plus en plus capable de se regarder en face, de s’évaluer et de renforcer ses propres systèmes démocratiques grâce à des institutions africaines, à l’expertise africaine et à une appropriation politique africaine.

Alors que des millions d’Éthiopiens s’apprêtent à voter, l’Afrique ne se contente pas d’observer une énième élection nationale.

L’Afrique assiste à l’émergence continue d’un continent plus sûr de ses institutions et plus conscient de sa propre identité politique.

Et c’est peut-être là l’une des évolutions démocratiques les plus importantes qui se produisent aujourd’hui en Afrique.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023