Une fausse rumeur démentie - ENA Français
Une fausse rumeur démentie
Tribune libre d'Ayele Yimer
Addis Ababa le 28 mai, 2026 (ENA) Dans la vague de commentaires sur la 7e élection législative nationale éthiopienne publiés dans divers magazines internationaux, on observe une tentative manifeste de jeter le discrédit sur les efforts déployés par l’Éthiopie pour mettre en place un système de gouvernance inclusif et démocratique. L’article publié par l’AFP dans The Africa Report en est un excellent exemple et s’avère tout à fait représentatif. Cet article s’ouvre sur un titre très sensationnaliste qui trahit d’emblée la position partiale de l’auteur. Peut-être que ce parti pris, que l'auteur cherche à dissimuler derrière une agence de presse tout entière au lieu d'être franc et de révéler son identité, est en cause.
Pour étayer la conclusion contenue dans son titre, l'article commence par un mensonge flagrant et affirme que « la réforme économique est au point mort ». Aucune preuve n’est fournie pour étayer cette affirmation. Aucune ne semble nécessaire. Apparemment, lorsqu’on est une agence de presse occidentale, on peut inventer des faits sur les pays africains au fur et à mesure. Peu importe que le FMI ait prévu une croissance du PIB de l’Éthiopie de 9,2 % pour l’année à venir. C’est ainsi que se comportent les économies en stagnation, selon l’AFP.
Puis, passant de l’économie à la sécurité et à la politique, l’article brosse un tableau dans lequel la nation tout entière est en train de se désagréger et de s’effondrer. L’image que l’AFP tente de présenter ne correspond pas au fait que 57 millions d’Éthiopiens votent, dont beaucoup vivent dans des États régionaux censés être en proie à des conflits, comme les régions d’Amhara et d’Oromia.
Il est vrai qu’il existe des problèmes de sécurité et des insurrections de faible intensité dans certaines poches de ces deux régions, qui se trouvent être les deux plus grands États régionaux d’Éthiopie. En effet, certains groupes armés de l’État régional d’Amhara ont ouvertement menacé les électeurs pour les dissuader de s’inscrire et de voter.
Malgré toutes leurs tentatives pour entraver le scrutin, ils n’ont réussi à perturber le processus électoral que dans 8 circonscriptions sur les 137 que compte l’État régional. Dans la région d’Oromia, les élections se déroulent dans toutes les circonscriptions. Mais le récit que l’on pourrait tirer des articles produits en série par des médias tels que l’AFP voudrait vous faire croire que la majeure partie du pays est en proie aux flammes.
Les préjugés et les fausses déclarations dont ces articles sont truffés rendent trop fastidieux le travail consistant à passer en revue chaque affirmation pour les démystifier. Il suffit de noter que l’une des économies les plus dynamiques au monde est apparemment un pays où les réformes économiques sont au point mort, et que l’un des plus grands exercices démocratiques du continent se déroule dans un pays « déchiré par un conflit armé ». Mais le problème avec ces articles est plus profond. Oui, les problèmes et les défis sont exagérés, et les reportages sont inexacts et biaisés, si tant est qu’on puisse parler de « reportages » pour commencer.
Ce qui est troublant dans ces articles, c’est quelque chose qui va au-delà des mensonges et des déformations. C’est l’attitude et la mentalité qui les sous-tendent. Dans l’article que nous avons pris comme exemple, les trois experts cités en tant qu’autorités sont tous des hommes blancs. C’est comme s’il n’existait aucun expert éthiopien capable de s’exprimer sur la situation en Éthiopie. Des hommes blancs qui ne parlent aucune langue locale, dont la plupart n’ont jamais vécu ni travaillé en Éthiopie, sont appelés à porter un jugement sur les dirigeants d’une nation de 130 millions d’habitants.
Ils compensent leur manque de compréhension des complexités du pays en s’appuyant sur des stéréotypes et des clichés éculés. Selon les normes établies et la sagesse conventionnelle des « africanistes », un dirigeant africain doit correspondre à l’un de deux stéréotypes : il ou elle doit être soit un réformateur angélique, soit un dictateur malfaisant. Les « analystes », « experts » et « diplomates » occidentaux se chargent de porter ce jugement, dans leur infinie sagesse. Les médias et les agences de presse, majoritairement détenus par des Occidentaux, diffusent et propagent ce jugement. Ils définissent le récit et dictent les termes.
Permettez-moi d’emprunter les célèbres paroles de Winston Churchill, pionnier de tous ces jeunes hommes blancs privilégiés qui portent un jugement sur les « indigènes », un peu comme certains correspondants occidentaux qui perpétuent cette « vénérable tradition ».
On rapporte que Churchill aurait dit ceci à propos de la Russie : « C'est une énigme, enveloppée d'un mystère, au cœur d'un mystère. » À ceux qui se croient experts en Éthiopie et pensent l’avoir comprise, je réponds : l’Éthiopie est un ቅኔ, enveloppé dans un እንቆቅልሽ, au cœur d’un ሚስጥር. Avant que ces soi-disant experts ne se risquent à écrire un livre, à s’exprimer dans un podcast ou à donner leur avis sur l’Éthiopie et ses dirigeants, je leur suggère de prendre le temps de comprendre le ቅኔ, l’እንቆቅልሽ et le ሚስጥር qu’est l’Éthiopie.
Source: The Pulse of Africa