Des chercheurs du Sud se réunissent pour redéfinir la production du savoir - ENA Français
Des chercheurs du Sud se réunissent pour redéfinir la production du savoir
Addis-Abeba, le 17 avril 2026 (ENA) : - Des universitaires venus d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’autres régions se sont réunis au siège de l'Union africaine cette semaine du 13 à 17 avril lors d’une conférence consacrée à la construction de partenariats capables de remettre en cause la domination des systèmes de savoir occidentaux et de renforcer la voix du Sud global.
Les échanges ont mis l’accent sur la décolonisation de l’éducation, le développement des coopérations Sud-Sud et la nécessité de corriger les déséquilibres de pouvoir afin de produire des connaissances ancrées dans les réalités locales.
Dans un entretien accordé à ENA, la professeure Aarti Srivastava, de l’Institut national indien de planification et d’administration de l’éducation, a plaidé pour une convergence entre l’Afrique, l’Asie du Sud et l’Amérique latine autour d’une plateforme commune.
Elle a souligné la volonté des régions historiquement marginalisées de s’imposer davantage sur la scène mondiale, rappelant les héritages coloniaux partagés sous les empires britannique, français, portugais et espagnol.
Elle a également insisté sur l’importance de produire des savoirs issus des perspectives des populations marginalisées, s’appuyant sur l’idée selon laquelle le savoir constitue un levier de pouvoir, afin de légitimer pleinement la place des pays du Sud dans l’ordre mondial.
De son côté, Proscovia Namubiru Ssentamu, vice-rectrice adjointe aux affaires académiques du nouvel Institut national ougandais de formation des enseignants, s’est montrée confiante quant aux perspectives ouvertes par ce dialogue.
Elle a appelé à déconstruire les rapports de pouvoir, non seulement entre le Nord et le Sud, mais aussi au sein même des partenariats du Sud, en vue de favoriser une transformation durable du continent africain.
La rencontre, qui a rassemblé des recteurs d’université, des responsables publics et des experts du développement, vise à déboucher sur des recommandations politiques destinées à l’Union africaine ainsi qu’aux échelons régionaux et nationaux, tout en proposant des modèles de coopération adaptables.
En conclusion, Proscovia Namubiru Ssentamu a insisté sur la nécessité pour l’Afrique d’accroître significativement ses investissements en recherche et développement, actuellement limités à 0,5 % du budget, afin d’assurer la pérennité de ses initiatives.
Elle a notamment plaidé pour la mise en place de fonds de recherche continentaux permettant de soutenir des travaux innovants, adaptés à la diversité linguistique et culturelle du continent, et favorisant des partenariats intra-africains inclusifs plutôt qu’une dépendance à l’aide extérieure.
Enfin, Akiyo Yonezawa, de l’Université de Tohoku au Japon, a mis en avant les bénéfices mutuels en matière de science, de technologie et de mobilité des talents.
Face aux défis démographiques en Asie, il a salué le dynamisme des coopérations universitaires africaines ainsi que leurs liens historiques avec le Japon, soulignant notamment le rôle clé de chercheurs formés au Japon dans la conduite de projets de recherche en Afrique.
Il a également plaidé pour une meilleure valorisation de la diversité des civilisations africaines et asiatiques, à travers des cadres d’analyse en sciences humaines et sociales adaptés aux spécificités de chaque région. »