Refondation des bases de l’économie éthiopienne

Par Gezmu Edicha

 

Comment les réformes économiques redessinent la trajectoire de croissance de l’Éthiopie ?

 

Il existe, dans l’histoire des nations, des moments charnières où les ajustements progressifs ne suffisent plus, laissant place à une redéfinition en profondeur des orientations. Pour l’Éthiopie, le 2 avril 2018 s’inscrit comme l’un de ces tournants majeurs.

 

L’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed n’a pas seulement marqué une alternance politique, mais a enclenché une remise en question structurelle du modèle économique du pays.

 

Ce moment a ouvert la voie à une nouvelle vision du développement, rompant avec certaines approches établies.

 

Pendant longtemps, la croissance éthiopienne s’est appuyée sur un modèle porté par l’investissement public et fortement ancré dans l’agriculture.

 

Cette stratégie a permis des avancées notables, notamment en matière d’infrastructures et d’expansion économique globale.

 

Toutefois, derrière ces succès, des fragilités structurelles se sont progressivement installées : pénurie chronique de devises, pression croissante de la dette et limites d’un appareil productif peu diversifié.

 

C’est dans ce contexte qu’a émergé l’Agenda de réforme économique domestique, conçu non seulement comme un ensemble de politiques, mais comme un véritable repositionnement stratégique.

 

L’objectif était double : stabiliser le cadre macroéconomique tout en amorçant une transformation vers une économie plus diversifiée et compétitive.

 

Dès 2018, les autorités ont engagé des mesures pour corriger les déséquilibres accumulés.

 

La priorité a été donnée à la maîtrise des finances publiques, à l’amélioration des recettes internes et à la restructuration des entreprises publiques.

 

Parallèlement, des ajustements monétaires, dont une dévaluation, ont été introduits pour renforcer la compétitivité extérieure, tandis que la coopération avec les institutions financières internationales s’intensifiait.

 

Mais au-delà de la stabilisation, l’ambition centrale réside dans la transformation structurelle. Des secteurs clés, tels que les télécommunications et la logistique, ont commencé à s’ouvrir à l’investissement privé.

 

Des réformes visant à améliorer le climat des affaires ont également été engagées afin d’attirer davantage de capitaux, tant nationaux qu’étrangers.

 

Ce processus s’est néanmoins déroulé dans un environnement complexe, marqué par des tensions internes et des chocs externes, notamment la pandémie de COVID-19 et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.

 

Les résultats ont ainsi été contrastés, avec des avancées notables mais aussi des défis persistants, notamment en matière d’inflation, de devises et d’équilibre budgétaire.

 

Malgré ces contraintes, la dynamique de changement est claire. L’un des axes majeurs des réformes est la diversification de l’économie.

 

 Si l’agriculture demeure essentielle, elle n’est plus considérée comme l’unique moteur de croissance. L’industrie manufacturière, les mines, le tourisme et le numérique s’imposent progressivement comme des piliers complémentaires.

 

Dans le secteur industriel, une mutation progressive est en cours, avec un accent croissant sur la production locale pour réduire la dépendance aux importations.

 

Des initiatives comme « Made in Ethiopia » illustrent cette volonté de renforcer les capacités nationales et de retenir davantage de valeur au sein de l’économie.

 

Le secteur des services, quant à lui, gagne en importance stratégique.

 

L’aviation et la logistique, portées notamment par Ethiopian Airlines, s’inscrivent dans une ambition plus large de positionner le pays comme un hub régional de connectivité et de commerce.

 

Parallèlement, la relation entre l’État et le marché évolue. Si l’État conserve un rôle central, les réformes favorisent progressivement une plus grande participation du secteur privé, introduisant davantage de concurrence et stimulant l’investissement.

 

La gestion macroéconomique reste toutefois un défi clé. Les tensions inflationnistes et les déséquilibres extérieurs exigent des réponses coordonnées. 

 

Au fond, la transformation en cours ne suit pas une trajectoire linéaire. Les défis structurels persistent, mais l’orientation générale a changé.

 

L’Éthiopie s’éloigne d’un modèle dominé par l’État pour évoluer vers une économie plus ouverte, diversifiée et résiliente.

 

Ce qui distingue particulièrement cette phase de réforme, c’est sa portée à long terme. L’objectif n’est pas de générer des gains immédiats, mais de refonder les bases de la croissance en renforçant les capacités productives et la résilience face aux chocs.

 

Dès lors, la question n’est plus de savoir si le changement est engagé, mais jusqu’où il pourra aller. L’Éthiopie semble aujourd’hui engagée dans une transformation profonde, cherchant à concilier ambition économique, durabilité et adaptation aux réalités d’un monde en mutation.

 

La réforme est encore en cours, mais sa direction devient de plus en plus nette, et ses effets commencent déjà à redessiner le paysage économique du pays.

 

La suite de cette analyse permettra d’explorer plus en détail les implications de cette transformation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Agence des nouvelles éthiopienne
2023