Le Commissaire de l’UA plaide pour un renforcement massif des financements afin de moderniser l’agriculture africaine.

Addis-Abeba, le 31 mars 2026 (ENA) : - Le Commissaire de l’Union africaine en charge de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable a lancé un appel pressant en faveur d’une mobilisation accrue de financements pour transformer le secteur agricole en Afrique.

 

Intervenant lors de la deuxième conférence IFC FIG Africa Agri-Finance Clients et Partenaires tenue à Addis-Abeba, Moses Vilakati a rappelé que l’agriculture constitue un pilier essentiel des économies africaines, soutenant à la fois les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire.

 

Il a toutefois mis en garde contre la vulnérabilité croissante du secteur, exposé à des chocs climatiques répétés — sécheresses, inondations, irrégularité des pluies — ainsi qu’aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, à la hausse des coûts des intrants, à l’accès limité au financement et à l’insuffisance des infrastructures.

 

Selon lui, la résilience du secteur agricole doit être pensée à grande échelle, avec des mécanismes de financement adaptés, soulignant que les modèles de crédit classiques ne répondent plus aux risques actuels.

 

Le Commissaire a ainsi préconisé le recours à des instruments innovants tels que les financements sensibles au climat, les assurances indicielles, les solutions financières numériques et mobiles, ainsi que les dispositifs de partage des risques et de financement mixte.


 

Il a également insisté sur la nécessité de renforcer le financement des entrepôts et des chaînes de valeur, afin d’améliorer l’accès au capital et de consolider les systèmes agricoles.

 

Ces orientations s’inscrivent dans le cadre de la stratégie du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA) pour 2026-2035, qui ambitionne notamment d’accroître de 45 % la production agroalimentaire d’ici 2030, de réduire de moitié les pertes post-récolte et de tripler le commerce intra-africain de produits agricoles.

 

Par ailleurs, Moses Vilakati a appelé à la mise en œuvre de projets pilotes à l’échelle régionale et à un renforcement de la coopération entre les différents acteurs : institutions financières de développement, gouvernements, régulateurs, banques, institutions de microfinance, entreprises agroalimentaires, fintechs et organisations de producteurs.

 

Évoquant le poids des importations alimentaires, il a souligné que certains pays consacrent chaque année des montants considérables à l’achat de produits de base, comme le riz, estimant qu’une réorientation partielle de ces dépenses vers la production locale pourrait accélérer la transformation du secteur.

 

Il a ainsi esquissé une vision d’une agriculture africaine modernisée, où les agriculteurs bénéficient de financements accessibles, où les entreprises agroalimentaires prospèrent et où les technologies numériques facilitent l’accès aux données pour les producteurs comme pour les investisseurs.

 

De leur côté, des responsables de la Banque nationale d’Éthiopie ont également souligné l’importance stratégique du financement agricole.

 

Abraham Fekadu, directeur de l’inclusion financière et du développement, a indiqué que cette conférence intervient à un moment clé pour l’Éthiopie, engagée dans une dynamique de consolidation de ses acquis économiques.

 

Il a reconnu que, malgré la contribution croissante du secteur financier à l’économie, l’agriculture reste insuffisamment financée par les institutions formelles, en raison de contraintes structurelles tant du côté de l’offre que de la demande.

 

Selon lui, ces limitations ont freiné la modernisation du secteur, affectant à la fois la sécurité alimentaire et la croissance économique.

 

Il a toutefois mis en avant les réformes entreprises par la banque centrale, notamment l’amélioration des cadres réglementaires, des registres fonciers et d’élevage, ainsi que le développement de nouveaux mécanismes de financement et d’outils de gestion des risques.


 

Une feuille de route nationale pour le financement agricole a également été lancée, visant à accroître les prêts, encourager le partage des risques, améliorer l’intégration des données et développer les services financiers numériques.

 

Malgré ces avancées, il a souligné que des défis structurels persistent, appelant à une meilleure coordination entre les acteurs pour libérer le potentiel du secteur.

 

Par ailleurs, la Société financière internationale a insisté sur la nécessité d’aller au-delà de la simple mobilisation de fonds pour combler le déficit de financement.

 

Son directeur régional pour le secteur industriel, Aliou Maiga, a souligné que les secteurs doivent également être capables d’absorber efficacement les financements, appelant à lever les obstacles structurels à l’investissement.

 

Il a salué le rôle pionnier des banques éthiopiennes dans le financement agricole et les progrès réalisés en matière de coordination avec les partenaires de développement.

 

Enfin, revenant sur la trajectoire économique du pays, il a décrit l’Éthiopie comme un cas remarquable en Afrique, ayant maintenu une croissance soutenue pendant deux décennies grâce à des investissements structurants dans les infrastructures et à des réformes favorables au secteur privé.

 

Selon lui, cette dynamique fait de l’Éthiopie un terrain propice à l’expérimentation de modèles innovants de financement agricole, susceptibles d’être reproduits à l’échelle du continent.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023