Les systèmes de justice traditionnels jouent un rôle clé dans l’élargissement de l’accès à la justice, d’après la ministre Hana.

Addis-Abeba, le 26 mars 2026 (ENA) : - La ministre de la Justice, Hana Arayaselassie, a affirmé que les méthodes traditionnelles de règlement des conflits demeurent cruciales pour améliorer l’accès à la justice au sein des communautés africaines.

 

S'exprimant lors d'une conférence régionale de haut niveau à Addis-Abeba, le ministre a appelé à un soutien institutionnel plus fort pour les systèmes de justice de proximité, soulignant leur rôle essentiel pour atteindre les populations mal desservies.

 

Ce forum de deux jours a rassemblé des décideurs politiques, des praticiens du droit et des universitaires de toute l'Afrique afin d'explorer des stratégies pratiques permettant aux citoyens de faire valoir leurs droits et de résoudre leurs litiges dans la dignité.

 

Hana a souligné le potentiel de transformation des systèmes indigènes, notant que "les mécanismes traditionnels offrent une occasion unique de rendre la justice à grande échelle".

 

Elle a souligné l'importance d'intégrer les pratiques coutumières dans les cadres juridiques formels afin de promouvoir "des solutions africaines aux défis africains".

 

L'Éthiopie, a-t-elle dit, a déjà pris des mesures importantes pour reconnaître officiellement les systèmes traditionnels dans le cadre de ses réformes du secteur de la justice.

 

Citant une étude réalisée en 2020, la ministre a révélé que plus de 40 % des litiges dans le pays sont résolus par des mécanismes communautaires.

 

Elle a ajouté que le gouvernement a promulgué des lois et élaboré des modèles de législation pour aider les États régionaux à adapter ces systèmes aux contextes culturels et sociaux locaux.

 

Cette reconnaissance officielle a permis de combler le fossé entre les institutions de l'État et les valeurs des communautés, de préserver les cultures et les langues indigènes et d'élargir l'accès à la justice grâce à des procédures peu coûteuses, efficaces et largement respectées.

 

Selon la ministre, au cours des cinq dernières années, plus de trois millions d'affaires ont été résolues dans les régions où de tels cadres juridiques sont en place.

 

La conférence sert également de plateforme aux pays africains pour échanger leurs expériences en matière de renforcement de la résolution coutumière des litiges.


 

Les principales discussions portent sur l'intégration des femmes, la protection des droits de l'homme, la consolidation de la paix, la justice réparatrice et le financement des systèmes de justice axés sur les personnes.

 

Le président de la Cour suprême fédérale d'Éthiopie, Tewodros Mihret, a souligné l'importance de renforcer les systèmes coutumiers pour améliorer l'accès à la justice.

 

Il a noté que l'accès à la justice est un droit constitutionnel fondamental, rappelant l'article 37, qui garantit à tout individu le droit de porter une affaire devant un tribunal ou un autre organe compétent.

 

Les tribunaux coutumiers, a-t-il dit, peuvent jouer un rôle essentiel pour combler le déficit de justice en offrant des solutions accessibles, abordables et culturellement pertinentes qui contribuent à préserver l'harmonie sociale.

 

M. Tewodros a également observé que les mécanismes alternatifs de résolution des conflits, tels que l'arbitrage, la médiation et les systèmes traditionnels, gagnent du terrain, en particulier dans les affaires civiles et commerciales.

 

 Il a toutefois souligné que la reconnaissance des systèmes coutumiers ne devait pas se faire au détriment de la protection des droits de l'homme et a insisté sur la nécessité de faire respecter l'État de droit.

 

Pour sa part, Samuel Doe, représentant résident du Programme des Nations unies pour le développement en Éthiopie, a décrit les systèmes traditionnels comme étant fondamentaux dans la façon dont des millions de personnes vivent la justice au quotidien.

 

"Pendant des siècles, avant les tribunaux et les bureaucraties modernes, les communautés se sont appuyées sur les anciens, les chefs religieux et les conseillers coutumiers pour régler les différends, rétablir les relations et maintenir la paix", a-t-il déclaré.

 

M. Doe a appelé à un investissement accru dans le renforcement des capacités des anciens, des médiateurs communautaires et des auxiliaires juridiques afin de garantir que les décisions soient cohérentes, responsables et conformes aux droits fondamentaux.

 

Il a également établi un lien entre le soutien aux systèmes de justice traditionnels et la réalisation des objectifs de développement durable, citant leur rôle dans la réduction de la violence, l'allègement de la pression sur les tribunaux officiels et le renforcement de la cohésion sociale.

 

Il a réaffirmé l'engagement du PNUD à soutenir les efforts visant à rapprocher les systèmes de justice coutumiers et formels tout en promouvant la justice réparatrice et en sauvegardant les droits de l'homme.

 

Agence des nouvelles éthiopienne
2023