L’Afrique appelle à une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, tandis que des groupes de réflexion et des diplomates demandent un siège permanent au continent.

Addis-Abeba, le 5 mars 2026 (ENA) : - Des spécialistes de la politique africaine et des diplomates jugent qu’il est temps pour le continent d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) et appellent à une réforme urgente afin de mieux refléter l’évolution des réalités géopolitiques mondiales.

 

Cet appel a été formulé lors d’un forum intitulé « Maintenir l’élan pour la réforme du CSNU dans un contexte géopolitique mondial en mutation », qui a rassemblé diplomates et experts proches de l’Union africaine (UA).

 

Les intervenants ont souligné l’importance du rôle joué par l’Afrique dans la promotion de la paix et de la sécurité internationales, tout en déplorant que le continent demeure largement sous-représenté parmi les membres permanents du Conseil.

 

Lors de son intervention, Solomon Ayele Dersso, directeur d’Amani Africa Media and Research Services, a insisté sur l’urgence d’engager une réforme face à l’aggravation de l’instabilité mondiale.

 

« Nous sommes à un moment charnière de l’histoire mondiale », a-t-il affirmé.

 

S’appuyant sur le poème The Second Coming de W. B. Yeats, Dersso a estimé que le climat géopolitique actuel rappelle l’avertissement du texte : « Le centre ne peut plus tenir ; une simple anarchie est déchaînée sur le monde. »

 

Il a également évoqué plusieurs rapports indiquant que le nombre de conflits à travers le monde atteint aujourd’hui un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, avec des répercussions souvent dramatiques pour les populations civiles.

 

Du Sahel à la région des Grands Lacs, de nombreux pays africains continuent de faire face à des crises humanitaires et socio-économiques majeures.

 

Dersso a par ailleurs remis en question la pertinence du système actuel des Nations Unies, largement hérité de l’ordre mondial de l’après-guerre, avertissant que la légitimité et l’efficacité du Conseil de sécurité sont de plus en plus contestées.

 

« La réforme du CSNU, voire une refonte plus profonde, est devenue indispensable pour que la voix de l’Afrique soit véritablement entendue et pour préserver la paix et la sécurité internationales », a-t-il déclaré.

 

Robert Afriyie, ambassadeur du Ghana en Éthiopie, a rappelé le contexte historique de la revendication africaine en faveur d’une représentation permanente.

 

Lors de la création de l’ONU en 1945, seuls quelques États africains — notamment l’Éthiopie, le Maroc et le Liberia — figuraient parmi les membres de l’organisation.

 

En 1963, alors que le nombre d’États membres atteignait environ 110, un débat s’est ouvert sur l’élargissement du Conseil de sécurité.

 

Cette réforme a conduit à l’augmentation du nombre de sièges non permanents, passé de six à dix, sans toutefois créer de nouveaux sièges permanents.

 

« Soixante ans après la dernière réforme, l’Afrique demeure le seul grand groupe régional dépourvu de représentation permanente, alors même qu’environ 60 % des questions examinées par le CSNU en matière de paix et de sécurité concernent le continent », a souligné Afriyie, estimant que l’Afrique attend depuis trop longtemps une participation équitable aux décisions internationales.

 

Noboru Sekiguchi, ambassadeur du Japon auprès de l’UA, a lui aussi plaidé pour une réforme rapide du Conseil afin qu’il reflète davantage les réalités du XXIe siècle.

 

« Depuis près de 80 ans, la structure du Conseil de sécurité a peu évolué, alors qu’un grand nombre des dossiers inscrits à son agenda concernent directement l’Afrique », a-t-il expliqué.

 

Selon lui, la sous-représentation du continent doit être corrigée, appelant la communauté internationale à remédier à ce qu’il a qualifié d’« inégalité historique ».

 

Il a également réaffirmé le soutien du Japon à cette revendication, précisant que Tokyo, aux côtés du groupe G4, appuie la demande africaine d’une représentation à la fois permanente et non permanente au Conseil.

 

Il a conclu son intervention par un proverbe africain : « Si tu veux aller vite, va seul. Si tu veux aller loin, va ensemble », soulignant que toute réforme significative du Conseil de sécurité nécessitera l’unité et la solidarité du continent africain.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023