L’Union africaine à 70 ans : Du combat pour l’indépendance à l’essor continental

Par Molla Mitiku (traduit vers français)

Soixante-dix ans après sa création officielle, l’Union africaine reste l’institution politique collective la plus durable du continent africain.

 

Née dans le contexte de la lutte anticoloniale et façonnée par des décennies de réformes, de conflits et d’expérimentations institutionnelles, elle se trouve aujourd’hui à un tournant crucial.

 

En 2026, sa légitimité se mesurera non plus à ses déclarations, mais à sa capacité à traduire la diplomatie continentale en résultats concrets pour la paix, la prospérité et la dignité des 1,4 milliard d’Africains.

 

Héritage et parcours historique

L’histoire de l’UA reflète le long combat de l’Afrique pour retrouver sa place dans un système mondial qui l’avait longtemps marginalisée.

 

Du panafricanisme intellectuel des débuts au contexte géopolitique complexe du XXI siècle, l’Union incarne la volonté de transformer une histoire commune de résistance en un projet collectif de puissance et d’autonomie.

 

Initialement créée pour mettre fin au colonialisme et défendre la souveraineté nouvellement acquise, son mandat s’est progressivement élargi pour inclure la prévention des conflits, l’intégration économique, la résilience climatique et la défense des intérêts africains à l’échelle mondiale.

 

L’UA doit cependant concilier souveraineté nationale et responsabilité partagée en matière de paix, de développement et de reddition de comptes.

L’unité continentale et le panafricanisme

 

Héritière institutionnelle du panafricanisme, l’Union africaine puise ses racines dans les mouvements transnationaux nés à la fin du XIX siècle parmi les Africains et la diaspora, confrontés à l’esclavage, au racisme et à la domination coloniale.

 

L’indépendance du Ghana en 1957, sous le leadership de Kwame Nkrumah, a marqué un tournant, affirmant que la liberté politique sans unité économique exposerait l’Afrique à une dépendance extérieure.

 

Le compromis entre visions ambitieuses et prudentes des dirigeants africains a conduit à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963, centrée sur la décolonisation et le respect des frontières héritées du passé.

 

De l’OUA à l’UA : acquis et limites

Pendant près de quarante ans, l’OUA a servi de bouclier diplomatique, soutenant les mouvements anticoloniaux en Afrique australe et contribuant à des succès historiques, comme la fin de l’apartheid en Afrique du Sud et l’indépendance de plusieurs États.

 

Mais la non-ingérence et le respect strict des frontières ont limité sa capacité à prévenir les conflits internes et à protéger les populations, comme en témoignent le génocide rwandais de 1994 et les guerres civiles en Libéria et Sierra Leone.

 

La création de l’UA en 2002 a marqué un tournant, avec l’introduction du principe de non-indifférence, permettant l’intervention en cas de génocide, crimes de guerre ou crimes contre l’humanité.

 

L’Architecture africaine de paix et de sécurité, incluant le Conseil de paix et de sécurité et la Force africaine en attente, a permis des missions au Burundi, au Darfour et en Somalie, illustrant à la fois le potentiel et les limites des opérations de maintien de la paix, encore largement dépendantes des financements extérieurs.

 

L’Éthiopie : pilier historique et contemporain

L’Éthiopie occupe une place centrale dans l’histoire et l’actualité de l’unité africaine.

 

Seule nation à avoir vaincu une puissance coloniale européenne lors de la bataille d’Adwa en 1896, elle est devenue un symbole de résistance et a inspiré des leaders panafricains tels que Kwame Nkrumah et Nelson Mandela.

 

Son rôle diplomatique fut décisif lors de la fondation de l’OUA, et Addis-Abeba demeure aujourd’hui le siège de l’UA et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique.

 

Le pays contribue également à la sécurité africaine, fournissant depuis plus de sept décennies des Casques bleus pour l’ONU et les missions de l’UA.

 

L’intégration économique constitue un autre pilier, avec Ethiopian Airlines reliant de nombreuses capitales africaines et le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) exportant de l’électricité vers plusieurs pays voisins.

 

L’Éthiopie a également adopté précocement la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA) et mène des initiatives climatiques ambitieuses, comme l’Initiative Héritage Vert.

 

Agenda 2063 et ambitions économiques

L’Agenda 2063, « L’Afrique que nous voulons », vise à transformer le continent en une entité intégrée et prospère.

 

La ZLECAf est au cœur de cette stratégie, avec pour objectif de porter le commerce intra-africain de 15-18 % à plus de 50 % d’ici 2045, en réduisant les droits de douane et en harmonisant les chaînes de valeur régionales.

 

Les défis restent importants : déficit de financement des infrastructures, corridors de transport limités, pénuries d’énergie et obstacles non tarifaires persistants.

 

L’UA mise sur des infrastructures « molles », comme le Système panafricain de paiement et de règlement, pour faciliter le commerce et stimuler la croissance inclusive.

 

Défis politiques et enjeux de l’eau

À l’occasion de son 70 anniversaire, l’UA doit faire face à une instabilité politique croissante, avec la résurgence de coups d’État et l’érosion démocratique.

 

Dans ce contexte, la 39 session ordinaire de l’Assemblée, en février 2026, a choisi pour thème : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ». Ce choix souligne l’importance cruciale de l’eau pour la sécurité, le développement agricole, l’énergie et la stabilité sociale, au cœur de l’industrialisation et des projets transfrontaliers tels que le GERD.

 

Un carrefour décisif

À 70 ans, l’Union africaine se tient à un moment charnière entre ambition et responsabilité. Les visions de Nkrumah et Haïlé Sélassié, fondées sur l’unité, la dignité et la prospérité partagée, restent d’actualité.

 

La capacité de l’UA à transformer ces aspirations en actions concrètes — de la souveraineté sanitaire à la gestion du nexus eau-énergie-alimentation — déterminera la trajectoire du continent pour les générations à venir.

 

Les décennies à venir révéleront si l’Union devient un moteur effectif de changement ou si elle reste une vision ambitieuse en quête de réalisation tangible pour ses peuples.

Agence des nouvelles éthiopienne
2023