L’Éthiopie engage un programme de 6,5 millions d’euros pour sécuriser les migrations de travail. - ENA Français
L’Éthiopie engage un programme de 6,5 millions d’euros pour sécuriser les migrations de travail.
Addis-Abeba, le 30 janvier 2026 (ENA) – L’Éthiopie, en collaboration avec l’Union européenne (UE) et l’Organisation internationale du travail (OIT), a officiellement lancé un programme doté de 6,5 millions d’euros destiné à promouvoir des migrations de main-d’œuvre interrégionales sûres, régulières et organisées.
Baptisée « Renforcement de la coopération interrégionale pour des migrations de main-d’œuvre sûres, régulières et ordonnées », cette initiative vise à consolider les mécanismes de gouvernance des migrations et à garantir la protection des droits des travailleurs éthiopiens à toutes les étapes du processus migratoire.
Le projet réunit les autorités éthiopiennes, l’UE et l’OIT autour d’un cadre commun destiné à améliorer la cohérence des politiques, renforcer les systèmes institutionnels et offrir une meilleure protection aux travailleurs migrants.
Mis en œuvre par l’OIT avec un financement de l’Union européenne pour une durée de quatre ans, le programme entend améliorer la gestion des migrations de travail dans un contexte où l’emploi à l’étranger demeure une source majeure de revenus pour de nombreux Éthiopiens et un levier important du développement économique national.
S’exprimant lors de la cérémonie de lancement, le directeur du Bureau international du Travail (BIT) en Éthiopie, Khumbula Ndaba, a rappelé que la gouvernance des migrations de main-d’œuvre constitue un domaine complexe, impliquant de multiples acteurs institutionnels, des politiques transversales et des dynamiques transfrontalières.
Tout en saluant les avancées réalisées par l’Éthiopie dans l’adoption de cadres politiques visant à protéger les travailleurs migrants et à encourager des voies de migration sûres, il a relevé que plusieurs défis persistent, notamment l’accès limité aux canaux réguliers, le décalage entre les compétences disponibles et les besoins des marchés du travail de destination, ainsi que l’insuffisance des services d’information et de protection.
« Les enjeux liés aux migrations ne peuvent être résolus par des actions isolées ; ils nécessitent des réponses coordonnées, fondées sur des données fiables et portées par des institutions solides », a souligné M. Ndaba.
Il a précisé que le nouveau projet adopte une approche globale visant à renforcer les structures de gouvernance et les capacités institutionnelles aux niveaux fédéral et régional, tout en promouvant une gestion des migrations de travail respectueuse des droits humains et sensible au genre.
Les priorités du programme incluent le renforcement des capacités institutionnelles, le développement et la reconnaissance des compétences, l’amélioration de l’accès à une information fiable et à des services de protection, ainsi que la promotion de pratiques de recrutement équitables à travers des cadres réglementaires opérationnels et transparents afin de prévenir l’exploitation.
Selon Ndaba, cette initiative quadriennale marque une étape déterminante vers l’établissement d’un système durable de gouvernance des migrations de main-d’œuvre, aligné sur les engagements internationaux de l’Éthiopie.
De son côté, Berhanu Aleka, chef de projet des systèmes d’information sur le marché du travail au ministère du Travail et des Compétences, a indiqué que le gouvernement avait renforcé ses actions en faveur de l’emploi des migrants dans le cadre des réformes en cours.
Il a souligné que le programme contribuera de manière significative à relever les défis auxquels sont confrontés les migrants, notamment ceux liés à la traite des êtres humains, tout en remerciant l’Union européenne et l’OIT pour leur appui constant et leur partenariat durable.
Pour sa part, Lubomira Mieresova, chargée de programme Migration et Création d’emplois à la Délégation de l’UE en Éthiopie, a affirmé que ce projet constitue un instrument clé pour promouvoir des migrations de travail sûres, régulières et ordonnées depuis l’Éthiopie.
Réitérant l’engagement de longue date de l’UE en faveur d’une gouvernance des migrations de travail fondée sur des données probantes et des bénéfices partagés, elle a souligné qu’une migration bien gérée peut devenir un puissant moteur de développement pour les migrants, leurs pays d’origine et de destination.
Elle a également mis en avant le fort potentiel humain de l’Éthiopie, notant qu’environ deux millions de jeunes intègrent chaque année le marché du travail.
Reconnaissant les progrès notables accomplis par le gouvernement éthiopien en matière de gouvernance des migrations de travail, Mme Mieresova a indiqué que le projet s’appuie sur les réformes existantes, les structures institutionnelles en place et les engagements politiques déjà pris.
S’appuyant sur des expériences régionales antérieures, notamment le Programme pour une meilleure gestion régionale des migrations financé par le Royaume-Uni, elle a insisté sur l’importance de la coopération régionale, de la coordination interministérielle et du dialogue avec les pays de destination.
Les enseignements tirés de ces initiatives ont contribué à façonner le nouveau programme, en particulier dans les domaines du recrutement équitable, des mécanismes de protection et de l’élaboration de politiques fondées sur les données.
Mieresova a enfin rappelé que la migration irrégulière ne doit pas constituer l’unique option pour les individus, soulignant les risques élevés qu’elle comporte, notamment l’exploitation et le travail forcé, susceptibles de survenir à différentes étapes du parcours migratoire.