La Commission nationale du dialogue est une référence africaine en matière de résolution des conflits : Commissaire Yonas Adaye. - ENA Français
La Commission nationale du dialogue est une référence africaine en matière de résolution des conflits : Commissaire Yonas Adaye.
Addis-Abeba, le 23 janvier 2026 (ENA) : - La Commission nationale du dialogue éthiopienne (ENDC) s’impose progressivement comme une expérience de référence sur le continent, incarnant un modèle africain de gestion et de résolution des conflits politiques et identitaires profondément enracinés.
En privilégiant des mécanismes endogènes plutôt que des médiations extérieures, le processus de dialogue national a contribué à positionner l’Éthiopie comme un acteur potentiel de premier plan en matière de consolidation durable de la paix et de stabilité nationale en Afrique.
Dans un entretien exclusif accordé à Pulse of Africa, Yonas Adaye, commissaire au Dialogue national éthiopien, a expliqué que cette initiative a été conçue pour s’attaquer aux causes structurelles et systémiques des crises récurrentes que connaît le pays.
Il a cité notamment les différends constitutionnels, les faiblesses de gouvernance, la marginalisation sociale, la corruption ainsi que la politisation de l’identité ethnique.
« Le dialogue national ne vise pas à éteindre des crises ponctuelles, mais à traiter les racines profondes des conflits qui persistent depuis des décennies », a-t-il souligné.
Selon le commissaire, ce processus inclusif, à l’échelle nationale et centré sur le citoyen, cherche à restaurer la cohésion sociale par un dialogue ouvert, fondé sur le respect mutuel et la recherche collective de solutions durables.
Contrairement aux élections ou aux accords de paix temporaires, il s’attaque aux problématiques de longue date qui fragilisent la coexistence et la stabilité du pays.
Yonas Adaye a par ailleurs insisté sur le caractère fondamental de l’appropriation nationale, estimant que l’échec de nombreuses initiatives de dialogue en Afrique et au Moyen-Orient tient à leur influence extérieure ou à leur captation par des élites politiques.
À l’inverse, le dialogue éthiopien est, selon lui, enraciné dans les réalités locales et porté par la voix des citoyens.
Bien que soutenue par les institutions publiques, la Commission mène de vastes consultations impliquant les communautés locales, les partis politiques, la société civile, les institutions religieuses, les médias ainsi que la diaspora éthiopienne.
Les échanges avec les Éthiopiens de l’étranger ont notamment révélé un large consensus sur la nécessité de réformes constitutionnelles, ainsi que de vives préoccupations concernant les effets du fédéralisme ethnique sur l’unité nationale.
Les questions de gouvernance, de corruption, de politiques identitaires et de double nationalité ont également été largement évoquées lors de ces consultations.
Selon le commissaire, le dialogue national devrait déboucher sur des résultats majeurs, parmi lesquels un consensus sur les enjeux fondamentaux, le rétablissement de la confiance entre l’État et la société, ainsi que l’ancrage durable d’une culture politique du dialogue, en rupture avec les logiques de confrontation et de violence armée.
Il a également souligné que la cohésion interne de l’Éthiopie constitue un facteur clé de stabilité régionale, renforçant la crédibilité de sa politique étrangère et favorisant la coopération pacifique autour des ressources partagées, des corridors commerciaux et de l’intégration régionale.
« Les défis africains doivent être résolus par des solutions africaines », a affirmé Yonas Adaye, appelant à ce que les valeurs de solidarité et de coopération guident les efforts de paix sur le continent.
Abordant la question de la mise en œuvre des recommandations issues du dialogue, il a estimé que la légitimité politique en Éthiopie dépend de plus en plus de la capacité de l’État à répondre aux attentes des citoyens.
« Lorsque la voix du peuple est entendue, l’application des recommandations devient un enjeu de crédibilité nationale », a-t-il conclu.
Alors que le processus de dialogue national se poursuit, de nombreux observateurs africains et internationaux suivent attentivement cette expérience, y voyant un possible modèle de prévention des conflits, de réconciliation et de renouveau institutionnel en Afrique.