L'Éthiopie défend la justice et l'égalité en rejetant la demande raccourcie du TPLF.

Par Kungu Al-mahadi Adam

 

Le Conseil électoral national a récemment rejeté la demande du Front de libération du peuple du Tigray (TPLF) de réintégrer son statut de parti politique sans passer par la procédure d'enregistrement standard.

 

Cette décision souligne l'engagement de l'Éthiopie à respecter l'État de droit, à garantir la responsabilité politique et à promouvoir un système démocratique privilégiant l'équité et la transparence.

 

La demande de réintégration du TPLF découle de son retrait de la liste des partis politiques en 2021, suite à sa désignation comme organisation terroriste par le gouvernement éthiopien.

 

Cette désignation n'était pas arbitraire ; Il s'agissait d'une réponse à la rébellion armée du TPLF contre le gouvernement fédéral, qui a plongé la région du Tigré et au-delà dans un conflit dévastateur.

 

Les actions du groupe, notamment les attaques contre des bases militaires fédérales et l'incitation à la violence, ont causé d'immenses souffrances, déplaçant des millions de personnes et déstabilisant la région.

 

Permettre à une telle entité de contourner le processus d'enregistrement légal enverrait un message dangereux : la violence politique peut être récompensée par des exemptions de responsabilité.

 

Les lois électorales éthiopiennes sont claires. Tout groupe souhaitant opérer en tant que parti politique doit satisfaire à des exigences strictes, notamment la collecte de signatures, la démonstration de son engagement envers les principes démocratiques et le respect du cadre juridique du pays.

 

Ces règles visent à garantir que les acteurs politiques agissent dans le respect de la loi et de la souveraineté de l'État.

 

La tentative du TPLF de contourner ce processus constitue non seulement un affront au système juridique éthiopien, mais aussi le reflet du sentiment persistant de droit acquis par le groupe, fruit de décennies de domination sous le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE).

 

Les critiques de la décision de la NEBE pourraient arguer que refuser la réintégration du TPLF risque d'aliéner la population tigréenne et d'entraver les efforts de réconciliation.

 

Cependant, cet argument néglige un point fondamental : les partis politiques ne sont pas synonymes de groupes ethniques. La population du Tigré, comme tous les Éthiopiens, mérite d'être représentée par des moyens légaux et démocratiques.

 

Permettre au TPLF de contourner l'enregistrement donnerait injustement la priorité à un groupe au détriment des autres, portant ainsi atteinte au principe d'égalité de traitement devant la loi. De plus, cela saperait la confiance du public dans le processus électoral en laissant entendre que certains acteurs sont au-dessus de tout contrôle.

 

L'accord de paix de Pretoria de 2022, qui a mis fin au conflit du Tigray, est souvent cité par les partisans du TPLF comme base de réintégration.

 

Pourtant, cet accord n'accorde pas automatiquement au TPLF un statut politique. Il met plutôt l'accent sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration, ainsi que sur l'engagement à résoudre les différends par des moyens légaux et pacifiques.

 

L'insistance du TPLF sur un traitement spécial contredit l'esprit de l'accord et risque de raviver les tensions plutôt que de favoriser l'unité.

 

Le rejet par l'Éthiopie de la demande du TPLF crée également un précédent essentiel en matière de responsabilité politique. Partout en Afrique, où les antécédents d'insurrections armées et de violences politiques ne sont pas rares, les nations doivent établir des limites claires à la participation politique.

 

Permettre à des groupes de passer du militantisme à la politique sans un contrôle rigoureux risque de légitimer la violence comme voie d'accès au pouvoir. L'insistance de l'Éthiopie sur un nouveau processus d'enregistrement envoie un message à tous les acteurs politiques : le respect de la loi est non négociable.

 

Le TPLF a le choix. Il peut démontrer son engagement en faveur de la démocratie en remplissant les conditions d'enregistrement, en engageant un dialogue transparent et en renonçant à son recours passé à la coercition.

 

Il peut également continuer à exiger un traitement de faveur, s'aliénant ainsi davantage l'évolution du paysage politique éthiopien.

 

La décision de la NEBE autorise le TPLF à emprunter la voie légale, s'il le souhaite, tout en préservant l'intégrité des institutions démocratiques éthiopiennes.

 

L'Éthiopie se trouve à un tournant critique. Alors que le pays traverse une transition politique complexe, des décisions comme celle de la NEBE renforcent l'importance de bâtir un système fondé sur l'équité, la responsabilité et le respect de l'État de droit.

 

En rejetant la demande de réintégration du TPLF sans nouvelle procédure d'enregistrement, l'Éthiopie ne ferme pas la porte à la participation politique ; elle garantit que tous les acteurs y entrent par la même porte.

 

Il s'agit d'une victoire pour la démocratie et d'un pas vers un avenir plus inclusif et plus stable.

 

L'auteur est un journaliste ougandais qui a couvert et suivi avec constance le conflit à Tigray.

 

adamkungu7@gmail.com

Agence des nouvelles éthiopienne
2023